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Monde

L’enchanteresse Bou Saâda, malgré l’usure du temps…

L’enchanteresse Bou Saâda, malgré l’usure du temps…

Bou Saâda, une commune de la wilaya de M’Sila, située à 241 km au sud-ouest d’Alger. Considérée comme « la porte du désert », elle est surnommée « la Cité du Bonheur ». Bou Saâda a inspiré nombre d’artistes depuis des siècles, notamment l’artiste peintre Etienne Dinet, devenu plus tard Nasreddine à la faveur de sa conversion à l’islam « voulue et assumée ».

Charmés par la beauté de ses reliefs et malgré une avancée effrénée du béton, les visiteurs de Bou Saâda trouveront toujours dans cette ‘’oasis’’, mi-saharienne, mi-tellienne, des curiosités à l’exemple de sa zaouïa d’El Hamel, de ses musées et de sa légendaire hospitalité. Reportage.

A quelques encablures de la ville, de petites dunes de sable s’offrent à nous, annonçant ainsi que l’on est à l’orée du désert. Des montagnes rocheuses, aux couleurs brunâtres, arides mais ô combien reposantes pour le regard.

Ces reliefs qui dominent et contournent Bou Saâda ont pour noms « Djebel Kerdada » et « Djebel Azzeddine ». A l’horizon, le « mirage » apparaît, époustouflant, nous souhaitant la bienvenue.

A l’entrée de la ville, l’on remarque de plus en plus de constructions et de chantiers, comme partout en Algérie. « De nos jours les gens préfèrent cimenter le sol que de travailler la terre », nous confie Aïssa, notre guide.

Du sviti à piquer la lèvre…

Dans les rues de la ville, les panneaux indiquant les lieux de restaurations typiques de la région ne manquent pas. « Personne ne peut repartir de Bou Saâda sans avoir goûté à nos plats traditionnels que nos femmes préparent pour nos invités », nous dit un quadragénaire, propriétaire d’un petit restaurant très discret aménagé en khaïma et joliment décoré, situé dans un mini-centre commercial artisanal.

Avec un sourire tiré de la légendaire hospitalité des gens du Sud, le serveur nous propose les deux plats locaux par excellence : « La chekhchoukha », et le fameux « sviti ». Ce dernier est servi dans un « mahress », sorte de pilon d’environ 50 centimètres de hauteur.

Ce mets est préparé à base de galette, la « kessra », et de piment en sauce rouge et est accompagné de l’ben. Mais le clou de ce mets est incontestablement ‘’lahrour’’, le piquant qui vous fait pleurer tant il est fort. Un délice !

Pèlerinage chez Dinet

Le musée est situé en plein centre-ville, un lieu incontournable dédié entièrement à l’artiste orientaliste amoureux de la région et enfant adoptif de cette ville.

Alphonse-Étienne Dinet, artiste peintre et écrivain français né le 28 mars 1861 à Paris, dans le 1er arrondissement, était issu d’une famille catholique bourgeoise. Il débarqua pour la première fois en Algérie en 1886 où il apprit à lire et à écrire l’arabe.

Il se convertit à l’islam en 1913 et se donna le nom de Nasreddine Dinet. Il mourut le 24 décembre 1929 et fut enterré à Bou Saâda.
Le musée se compose de deux parties : la maison de l’artiste et la bâtisse nouvellement construite.

La visite qui se fait avec un guide est agréable, très enrichissante. Elle permet aux visiteurs d’approcher et d’apprécier avec grande émotion les originaux –bien entretenus et particulièrement sécurisés- de Dinet.

Le musée est non seulement un trésor de tableaux, mais fut aussi la demeure de Nasreddine. Notre guide connaît parfaitement l’histoire du grand artiste peintre, n’omettant aucun détail de sa vie, racontant les anecdotes les plus insolites.

Lors de notre passage sur les lieux, au beau milieu du mois d’avril, le musée accueillait d’autres expositions, à titre temporaire et signés par des artistes nationaux. A côté du musée se trouve « Al dharih », le tombeau de Nasreddine Dinet, un lieu de « pèlerinage » pour les touristes, nationaux ou étrangers.

Il était une fois … Ferrero

Le moulin Ferrero est un site historique, situé à 2 km de la commune de Bou Saâda. Ce vestige fut une imposante bâtisse à trois niveaux construite par Antoine Ferrero, un Piémontais (nord de l’Italie) qui émigra en Algérie en 1867.

D’abord à Bougie (actuellement Béjaïa) où il fut employé dans diverses minoteries, ce qui lui a permis par la suite d’édifier son propre « moulin » qui portera son nom pour la postérité, à Bou Saâda. Plus tard, il acquit un autre moulin à M’sila, dit le moulin des Rosiers.

En 1930 le moulin Ferrero cessa de fonctionner. C’est à cet endroit d’ailleurs que plusieurs cinéastes américains et français vinrent tourner des scènes de films, à l’instar de la superproduction hollywoodienne « Samson et Dalila » ou encore « d’Homme à Homme ».

Ce site offrait une excellente impression de « gorges perdues dans l’aridité du désert « .

Une eau fraîche coulait entre les montagnes rocheuses hiver comme été, et le long de l’oued, un jardin avec des milliers de palmiers dattiers formant l’oasis de Bou Saâda. Aujourd’hui c’est un ruisselet laissant constater que la nature empêche la sècheresse. De nos jours, une promenade aux alentours du Moulin n’est pas particulièrement attrayante, et ce, par une fréquentation très discrète de touristes. 

Des femmes assises sous les arbres à l’abri du soleil semblent se plaire dans cet îlot de quiétude. « Nous venons souvent ici pour nous retrouver entre familles et alliés, cela nous permet de sortir du carcan familial ; c’est un lieu de sérénité et de calme, c’est conseillé pour prendre le thé », nous confie Khadra, une femme de la région âgée de 70 ans.

Et d’ajouter avec une pointe de nostalgie : « Autrefois, la source suffisait à faire boire tous les douars environnants et même à l’irrigation de cette oasis, mais depuis quelques années, l’eau se raréfie de plus e plus. Avec le manque de pluie, à Dieu ne déplaise, elle risque de se tarir « .

Lalla Zeinab, la sainte héritière

Destination incontournable pour tout visiteur de Bou Saâda, la zaouïa d’El-Hamel est située à 10 km de la ville, sur la route de Djelfa.

Fondée en 1864 par Sidi M’hamed Ben Belgacem, ce haut lieu de la confrérie Rahmania a vu la disparition de son fondateur en 1897. Aujourd’hui la zaouïa d’El Hamel est une véritable institution religieuse qui prône un discours éclairé, sage et plein de science et de savoir. 

Notre guide a insisté sur le fait qu’à la mort de Sidi M’Hamed, la gestion « spirituelle » du site fut léguée à l’unique héritière, sa fille Lalla Zeïnab. « C’était une première dans l’histoire des zaouïas du Maghreb.

Une femme à la tête d’une institution soufie. L’histoire parle de Lalla Zeïnab comme d’ »une héroïne et personnalité religieuse influente du pays des Ouled Naïl ». Réhabilitée et restaurée au début du premier mandat du président de la République, Abdelaziz Bouteflika, la zaouïa se compose d’un institut de sciences islamiques de rite malékite (Coran, fiqh, langue arabe…) et possède une très grande bibliothèque, riche de mille cinquante (1050) manuscrits dont certains datent de plus de sept siècles.

Elle dispense, outre les préceptes religieux, l’astrologie et la philosophie. Enthousiasmés par la sérénité des lieux, non sans faire le « plein « de spiritualité, nous quittâmes la tranquille zaouïa pour la très bruyante Alger…

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