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Nationale

Législatives à Béjaïa : La déferlante des indépendants fait trembler les partis

Législatives à Béjaïa : La déferlante des indépendants fait trembler les partis

À Béjaïa, les certitudes partisanes volent en éclats. Pour les législatives du 2 juillet, une montée en puissance sans précédent de listes indépendantes, portées par des figures locales et des maires (P/APC) influents, bouscule l’hégémonie des formations historiques. Entre « légitimité partisane » et « notoriété de terrain », la bataille pour les 9 sièges de la wilaya s’annonce comme un tournant politique majeur.

Les chiffres donnés par Samir Boulares, responsable locale de l’autorité nationale indépendante des élections (ANIE), traduisent cet engouement. Sur 36 retraits de dossier, on dénombre 24 partis politiques et 12 listes indépendantes, a-t-il indiqué sur Radio Soummam.

Cette dynamique pourrait sérieusement redistribuer les cartes, menaçant l’hégémonie historique de certaines formations politiques. Des élus de terrain partent à l’assaut de l’APN. De fait, l’élection prochaine se distingue par l’engagement massif de P/APC et d’élus locaux qui délaissent leurs bannières habituelles pour des listes indépendantes. Khaled Tazaghart, ancien député et ex-cadre du FFS jouissant d’une grande estime chez les populations locales, fait son grand retour sur la liste indépendante « Forum Socialiste ».

La liste « Tadukli » ou « Union », portée par sept P/APC, en l’occurrence le P/APC de Tazmalt, Fateh Redjdal, le P/APC d’Akbou, Mouloud Salhi, les P/APC de Toudja, Amizour (Moussaoui Settar), El-Kseur, Amalou, et Darguina. Des P/APC ayant à leur actif plusieurs mandats électifs.

Des candidats redoutables pour les partis politiques. Et c’est le cas du P/APC d’Akbou ayant une grande assise populaire à Akbou et ses environs, et ce sans oublier l’appui des P/APC de Chellata, Bouhamza, Ighram, Feraoune, Béni Djellil et Taskriout à cette liste. Le P/APC de Tazmalt, Fateh Redjdal, jouit aussi d’une très bonne assise locale. « Mon objectif est clair. Ma candidature vise à porter la voix des communes là où les décisions se prennent », a-t-il affirmé.

La liste « Espoir de Béjaïa » est conduite par l’élu APW Farid Brahimi, qui a constitué une liste indépendante avec d’autres élus dont Saïd Hamamine, élu APW et ancien P/APC, et un autre élu APW très populaire à Béjaïa. Misant sur la proximité, c’est une liste redoutable pour les partis politiques si elle venait à être validée.

Farid Brahimi présente sa candidature comme un acte de responsabilité et de foi envers les citoyens, en particulier la jeunesse, Il affirme rejeter les simples slogans au profit d’une action concrète et d’un engagement sincère au sein des institutions législatives.

Son programme repose sur l’adoption de lois justes, le contrôle rigoureux de l’action du gouvernement (reddition de comptes) et la transmission sans filtre des préoccupations citoyennes aux autorités. Il souhaite renforcer la proximité avec les habitants pour rétablir la confiance dans l’action politique. Il appelle les forces vives de Béjaïa à « s’unir autour de ce projet pour porter ensemble un changement possible par l’union des volontés ».

Une autre liste indépendante « Force d’engagement » est conduite par un élu APW, en l’occurrence Abdelkrim Benzanati, qui est aussi président de la commission Hydraulique. Celui-ci a lancé un appel aux citoyennes et aux citoyens de la wilaya de Béjaïa sollicitant leur soutien pour valider sa candidature et sa liste.

Il se présente comme une alternative basée sur l’engagement concret plutôt que sur les slogans, visant un changement réel, la construction d’un avenir meilleur pour la région et permettant au peuple de reprendre son destin en main par l’unité et l’action collective. Il lance un appel au ralliement citoyen pour « transformer l’espoir en changement à travers une candidature indépendante ».

Les candidats de la liste indépendante « La Voix du Peuple » ou « Sawt Echaâb » annonce aussi avoir finalisé avec succès la collecte des signatures, appelant les citoyens à « une large mobilisation autour de son programme, axé sur la prospérité et le développement national ».

Ces candidats ont réussi à reléguer au second plan les partis traditionnels de la région dont ils étaient, la plupart d’entre, issus. De leur côté, les partis classiques sont en quête de second souffle. Ils ont fait appel à d’anciens cadres et P/APC. C’est le cas du RCD qui a eu recours à l’ancien P/APC de Chemini, Madjid Oudak, ainsi qu’à un cadre du parti, en l’occurrence Ahcen Tansaouet. Le FFS mise aussi sur des compétences locales pour garder sa notoriété. Face à cette « vague indépendante », les formations politiques historiques tentent de verrouiller leurs bases.

La mouhafadha du FLN à Béjaïa a multiplié les réunions de concertation pour unifier ses rangs. Sous la houlette du mouhafedh Khaled Bestani, élu lui aussi, les secrétaires de kasmas et des membres du comité central, le parti mise sur la discipline organique pour mener sa campagne.

Le FFS et le RCD se trouvent plus que jamais sous pression. Pour sa part, le FFS cherche à reconquérir son électorat tandis que le RCD tente un retour après une absence prolongée. Tous deux voient leurs espaces traditionnels grignotés par des candidats indépendants, parfois issus de leurs propres rangs.

Dans cet imbroglio, le RND mise sur le député de Tazmalt, Massinissa Ouari, et l’ancien P/APC de Tizi N’berber, Lounès Mohli, pour se faire une place, glaner des sièges, faire face à l’irruption des indépendants. Le FFS multiplie les meetings.

Le dernier en date a été animé samedi dernier à Kherrata par le premier secrétaire national du parti Youcef Aouchiche, qui a bien senti, avec la participation massive des indépendants à la prochaine compétition électorale nationale, le danger. Cependant, la pression montera d’un cran après le 18 mai, date butoir pour le dépôt officiel des candidatures.

C’est à ce moment que s’opérera la véritable « décantation » après l’examen des dossiers et l’épuisement des recours, fixant ainsi la liste définitive des prétendants à l’hémicycle du boulevard Zighoud-Youcef.

Le duel entre la « légitimité partisane » et la « notoriété locale » des indépendants sera l’enjeu majeur de cette élection. A Béjaïa, l’électeur devra choisir entre la fidélité aux sigles historiques et l’espoir d’un renouveau porté par des élus de proximité.



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