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Nationale

L’économie au ralenti

L’économie au ralenti

L’information est passée timidement, presque sans vagues. Selon des chiffres du ministère des Finances, les versements au Fonds de régulation des recettes (FRR) ont chuté de plus de 80 % durant les 10 premiers mois de l’année 2015. Ils se sont établis à 255,95 milliards de dinars contre 1307,36 milliards durant la même période de 2014.

La différence est de taille et cela montre fort bien l’énorme baisse de la fiscalité pétrolière qui alimentait ce Fonds depuis quinze ans. Ainsi, les prélèvements opérés à partir de ce FRR, destinés à financer le déficit du Trésor public, ont atteint 1 850 milliards de dinars entre janvier et octobre 2015 contre presque 3 000 milliards durant la même période de 2014.

Des chiffres officiels qui donnent la pleine mesure des effets de la crise que va ressentir d’abord le budget de l’Etat et dont les dommages pourraient encore prendre de l’ampleur si les cours du brut restaient volatils et ne subissaient aucune autre remontée significative durant les prochains mois.

Pour les analystes comme pour l’opinion publique, le pays est entré dans une phase de ralentissement économique. L’équation est toute simple : le pays enregistre une chute de ses recettes pétrolières, une aggravation de son déficit budgétaire et de sa balance commerciale. En plus de ce constat, il y a les effets indirects de la crise, comme le recours massif aux réserves de changes et au fameux FRR pour rééquilibrer notre balance des paiements.

Avec le désinvestissement, c’est le chômage qui va augmenter et se répercuter directement sur le pouvoir d’achat des ménages et atteindra, par conséquent, nos entreprises publiques et privées, notamment dans certains secteurs dont il est difficile de mesurer le degré de productivité ou ses taux de croissance.

Il sera difficile de convaincre nos ménages de ne pas dépenser ou de ne pas épargner si l’ambiance générale est à la morosité et que le discours gouvernemental parle d’austérité. Le président Bouteflika lui-même avait invité récemment les citoyens à changer de modèle de consommation et à éviter les comportements de gaspillage ou de déperdition des ressources.

 Pour de nombreux économistes, les vrais effets de la crise seront bien visibles durant cette année 2016. Cela a commencé par la loi de finances (LF) avec les augmentations des prix des carburants, des taxes sur la consommation énergétique domestique et industrielle.

Ce sont les PME et les PMI qui vont ressentir ces effets, avant que les ménages ne subissent les effets sur leurs salaires, leurs pensions et leur pouvoir d’achat. Avec l’inflation, probablement suite au glissement de la monnaie nationale par rapport aux devises étrangères, le ralentissement économique sera réel, car l’Etat va éviter les investissements publics lourds et reportera de nombreux projets budgétivores.

C’est sans doute cela qui va pousser le gouvernement à lancer le chantier de révision de la politique sociale, le ciblage des subventions et de soutien en faveur des populations démunies. D’où les risques politiques que brandissent certains observateurs, en évoquant les réformes structurelles et les dégâts qui vont suivre.

Et c’est justement sur ce plan que certains pensent que le gouvernement Sellal n’a pas suffisamment communiqué sur la crise et l’austérité et qu’il a montré des signes de faiblesses en voulant imposer quelques décisions, timides de surcroît, à travers le Parlement. C’est ce ratage communicationnel qui a créé les faux débats et les grandes polémiques sur la LF.

C’est encore cette « absence » médiatique qui poussa certains ministres à balbutier parfois des énormités ou à faire le jeu de la cacophonie. C’est cette réalité qui a fait réagir Bouteflika en instruisant son exécutif de faire des efforts d’explication et de parler le langage de la vérité.

C’est cette attitude qui poussa encore le patron du RND, Ahmed Ouyahia, à « malmener » le gouvernement Sellal. Tout le monde, parmi les observateurs les plus avisés, s’accorde à dire aujourd’hui que la priorité n’est plus dans la recherche d’une entente « hypothétique » autour de la nouvelle Constitution, dont le destin politique est déjà scellé, mais plutôt dans la recherche d’une autre perspective : celle d’un consensus à construire autour des réformes économiques et sociales en temps de crise.

Comment faire pour faire adhérer la population aux règles de la rigueur ? Comment la convaincre sur des mesures draconiennes ? Sur la baisse des transferts sociaux ou le changement de notre pacte social ? Comment faire pour répartir les sacrifices entre toutes les couches sociales ? Comment créer d’autres moteurs de croissance et obtenir le soutien de la population et des grands acteurs politiques et sociaux ?

Il semble que ce sont ces interrogations qui posent des défis à un cabinet dépassé par l’ampleur de la crise. Il n’y a qu’à voir l’effacement total des partis politiques partisans de la mouvance présidentielle dans les dernières manifestations de colère à Béjaïa, Tizi Ouzou ou Ras El Ma près de Batna. Où est le fameux Front de soutien au programme de Bouteflika que Saâdani a créé avec une trentaine de formations politiques ?

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