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Nationale

Le Tamazight, cheval de Troie de la «Contre-Révolution»

Le Tamazight, cheval de Troie de la «Contre-Révolution»
L'union identitaire sacrée face aux clivages idéologiques

Parmi les points clivant de la révision constitutionnelle, la place de l’identité amazighe dans l’affirmation de la nation algérienne. Un courant de pensée idéologique de tendance islamo-panarabiste refuse de débattre le texte proposé sous prétexte qu’il ouvre la brèche d’une dé-arabisation ainsi qu’une dé-islamisation  de la société algérienne.

La surenchère de ce courant provoque néanmoins une polarisation idéologique entre les tenants d’une prétendue «badissiya-novembariya» gardienne des valeurs originelles de la nation, face à leurs opposants tantôt taxés de «laïcs», tantôt de «francophiles». Le sous-entendu est clair, ce projet de révision constitutionnelle ne doit pas passer, car proposé par des forces antinationales.

Malgré la clarté du propos dans le préambule concernant la profondeur identitaire de la nation algérienne, qui confirme la centralité de la proclamation du 1er novembre 1954, et qui qualifie de «composantes fondamentales de son identité» que son «l’Islam, l’Arabité et l’Amazighité», les différents courants islamistes ; du MSP de Mokri au PJD de Djaballah en passant par l’Association des Oulémas musulmans algériens, tous considèrent la constitutionnalisation et la promotion de l’identité amazighe comme un danger à l’unité de la nation et à ses valeurs.

Des derniers concentrent leurs attaques contre l’article 4. Justement, que stipule ledit article ? Faisant suite à l’article 3 qui consacre la langue arabe comme langue nationale et officielle, et que celle-ci «demeure» la langue officielle de l’Etat, l’article 4 stipule que «Tamazight est également langue nationale et officielle. L’Etat œuvre à sa promotion et à son développement dans toutes ses variétés linguistiques en usage sur le territoire national. Il est créé une Académie algérienne de la langue Tamazight, placée auprès du Président de la République. L’Académie qui s’appuie sur les travaux des experts, est chargée de réunir les conditions de la promotion de Tamazight en vue de concrétiser, à terme, son statut de langue officielle».

Pourquoi donc cet acharnement contre cet article ? La réponse est simple. Les tenants de ce courant idéologique partent de l’idée que la promotion de Tamazight est un danger pour la pérennité de la langue arabe, considérée comme encore menacée par l’usage de la langue française dans les administrations et de larges pans de la vie quotidienne, et ce pour des raisons historiques liées à la colonisation. Pis, ces partis (ies) véhiculent une idée dangereuse selon laquelle l’identité Amazigh est antinomique avec l’Islam et l’Arabité. La démagogie est telle que ces derniers oublient que les grandes puissances de l’islam actuel ne sont pas arabes. L’Iran, la Turquie, le Pakistan, la Malaisie et l’Indonésie n’ont pas renié la religion musulmane sous prétexte qu’ils ne sont pas arabes ethniquement et linguistiquement, mieux, ils ont continué à renforcer leurs langues nationales en faisant fi de l’Arabe, ce qui ne fait pas d’eux des sous-musulmans ou des non-musulmans !

Autre argument qui défavorise la thèse des champions de l’anti-amazighité, la constitutionnalisation de cette langue dans la mouture constitutionnelle de Bouteflika en 2016. La consécration de Yennayer, fête nationale, était une volonté d’apaisement dans la réappropriation par la société algérienne de l’entièreté de ses valeurs identitaires. La présente révision constitutionnelle consacre définitivement et dans la sérénité la place de l’Amazighité au sein du triptyque identitaire de l’Algérie au côté de l’Islam et l’Arabité. L’article 223 sanctuarise le caractère national et officiel de Tamazight en le mettant hors toute velléité de révision constitutionnelle future.

Reste la volonté politique dans l’élargissement de la culture amazighe via l’Académie algérienne de la langue Tamazight. Cette dernière sera appelé à prendre en charge tous les aspects liés à la langue et la culture amazighes loin des tiraillements politiques, politiciens et idéologiques. De ce travail scientifique découlera les chantiers de l’enseignement, de la retranscription de la langue via le caractère tifinagh, arabe ou latin, mais surtout généraliser cette culture au niveau national pour la déconfiner de la seule Kabylie dont la légende veut qu’elle représente exclusivement cette culture.

L’Amazighité, au même titre que les deux autres socles de l’identité algérienne aura à gagner si le débat était dépassionné. La polarisation voulue par les tenants du purisme linguistique arabe et de l’islam politique a non seulement passionné le débat mais l’a dévoyé en usant et abusant de formule sophistes et démagogiques afin de diaboliser cette culture. Peut-être que la cible est tout autre, l’échec souhaité de la révision constitutionnelle par ces partis (ies) sera utile pour leurs intérêts et ceux de la «contre-révolution». La question de Tamazight n’est autre qu’un leurre stratégique car les enjeux seraient tout autres.

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