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Op-Ed

Le système du visa de circulation et la poussée migratoire d’origine africaine

L’Afrique est au centre de luttes d’influence des puissances en raison de ses innombrables ressources, alors que la question migratoire place ce continent, dans la situation du parent pauvre au sein de la grande famille onusienne, et ce, faute de positions convergentes et de projets de coopération entre les Etats qui le composent.

  Un zodiac conduisant des migrants vers les côtes italiennes

Malgré leur nombre, les pays africains ne pèsent pas comme ils le devraient sur l’échiquier mondial ; ils avancent en rangs dispersés sur des questions d’intérêt commun, comme la question migratoire au sujet de laquelle, ils font montre d’un profil bas. L’indécent silence qui transparait dans la tenace ligne dite de non ingérence dans les affaires internes, ne les absout pas de leur responsabilité morale face à la détresse humaine de milliers de fuyards.
Certes, les mouvements migratoires interafricains ne font pas les vagues qui dérangent.
Ces mobilités instinctives de survivants sont pourtant récurrentes au gré des crises multiples qui frappent le continent, promis pourtant par d’enthousiastes pronostiqueurs à devenir l’Eldorado futur de l’humanité tout entière.
Entre temps, ces errances migratoires, qui se font dans la débandade de troupeaux effarouchés et dans les effusions de sang, sèment le chaos aux indistinctes frontières auxquelles s’accrochent les partisans du fait accompli haussé au rang de principe de paix, celui de l’intangibilité des frontières. Exit donc, l’histoire des peuples et de leurs droits ancestraux.

L’alliance fraternelle de Kaddafi
À quelques exceptions près , les états africains dont surtout les plus aisés, rechignent à offrir le refuge aux populations poussées à l’exode même si ce dernier est seulement temporaire.
Qui se risquerait par les temps qui courent aux extravagances de feu Kaddafi qui voulait rien moins que de bâtir une alliance fraternelle entre africains et se faire sacrer leur empereur !


Feu Moammar Kaddafi, l’un des concepteurs de l’UA

La problématique des migrations sert encore d’alibi pour justifier le renvoi sine die, du traitement de contentieux territoriaux empoisonnés par les calculs froids des uns et les affects ulcérés ou sur-joués des autres.
En s’en tenant à un dépeçage du continent au cordeau ne donne-t-on pas à la décolonisation un goût d’inachevé ?

Ailleurs et pas si loin que cela, sur le continent européen, les dirigeants issus des droites dures et dont les pays ne sont pourtant pas des zones attractives pour les migrants, on arbore le ton hystérique, la parole bassement démagogique et d’une vulgaire théâtralité, pour désigner non pas les Etats qui orchestrent les déplacements de civils, mais les indigentes populations africaines en déshérence. Ces dernières, étant qualifiées de redoutable péril menaçant selon leur intime conviction, non seulement la démocratie de l’espace Shengen mais, la sécurité et la paix dans le monde.
Ainsi, de la migration humine, phénomène naturel qui aurait commencé il y a 60 000 ans et qui aurait permis, via de riches brassages, le peuplement humain des aires géographiques habitables de la terre, on ne parle désormais que de la crise migratoire et, de ce qu’elle représenterait comme risques et menaces sur le caractère paisible et stable des aires d’occupation par les primo occupants qui s’y sont enracinés et identifiés à l’exclusion d’autres.

A l’exemple de la Turquie sur un autre tragique théâtre, des officines africaines en pôle position dans cette question, en ont fait un fonds de commerce dont les retombées financières ne nécessitent pas un investissement de production mais une substantielle assistance technique et un partenariat opérationnel pour mieux militariser le contrôle aux frontières outre mer. L’objectif est de circonscrire le mal et l’irradier sur place.

Les savantes pirouettes diplomatiques suffiront elles longtemps à dédouaner l’immaculée Europe des inaliénables libertés ?
L’immigration s’affirme de plus en plus comme le thème majeur en politique interne européenne .En ces temps obscurs pour la gauche du cœur qui se meurt, ce thème fait diversion et permet d’entretenir davantage de peurs auprès des couches sociales européennes déjà radicalisées par la précarité ; ces dernières se ralliant corps et âmes à de faux et dangereux messianistes. Et qui sait, peut être qu’un jour funeste, nos frères européens prendraient la mer à leur corps défendant comme l’ont fait de lointains ancêtres ?
L’union européenne, clame par la voix de ses ténors sa sempiternelle rhétorique sur la transparence, une rhétorique savamment édulcorée aux théoriquement inaliénables droits humains fondamentaux. Ces prêchis-prêcha n’empêchent nullement les commissions et les retro commissions de pleuvoir dans de secrets paradis pour initiés et autres alliés de la trans-finance.
Lorsque le chantage produit la financiarisation de la question migratoire, il a pour nom, le politiquement correct appel à la coopération, qui trouve écho auprès de quelques dignitaires africains particulièrement zélés.
Ces derniers sont certes capables de bien prester à la demande, mais ils ont l’indélicate manie d’abuser inconsidérément de la complaisante patience des représentants du monde libre, qui n’ont de ce fait d’autre choix, que de minorer voire d’ignorer les rapports sans concession, des nombreuses ONG sur le sort des migrants.

Mais l’Europe des supra normes dispose de puissants leviers de pression dont la redoutable machine du visa de circulation pour demandeurs africains.
La liberté de circulation, est en ce qui les concerne, éloignée du principe d’égalité entre requérants.

De fait dans l’espace Shengen, cet instrument s’est enrichi de versions de plus en plus fines et sélectives au regard de la complexification de la question, des appétits et des intérêts en jeu.
Le système mis en route possède la parfaite qualité de répertorier les requérants africains en catégories appréhendables.

On peut y déceler le souci de calibrage de banales entités que l’on met en concurrence pour décrocher le sésame car il faut s’en tenir aux quotas annuels.


Centre de retention de migrants en Espagne

L’Europe peaufine, actualise et réinvente son cahier des charges ; les transactions peuvent commencer et recommencer sachant que le client est toujours roi.
En revanche, ce qui est hors normes au regard de ce système évolué, il échoue pour une bonne part dans l’espace des passeurs.
Le trafic de la transhumance qui n’est après tout qu’un marché au sens économique du terme, ce trading gagne en structuration via d’insondables ramifications jusqu’au cœur de l’Europe, brassant plusieurs milliards de dollars chaque année.

Une association scandaleuse
Et, ces milliards en devises fortes ne sont sûrement pas couvés dans les banques africaines.
De manière implicite, une association scandaleuse voire contre nature entre visa de circulation et poussée migratoire a été faite à grand renfort des unes retentissantes et percutantes de journaux à grands tirages.
Passé l’émoi, on peut se demander pourquoi on ne place pas le curseur sur les incohérences du système des visas de circulation ? Tel que conçu, un tel système provoque une crise des visas, laquelle ravive à son tour le juteux trafic des passeurs et fait gonfler les budgets du dispositif Frontex.

Est-il plus sage de suggérer un intenable tour de vis supplémentaire à un système qui est déjà totalement inquisitoire ?
N’expose-t-on pas assez le requérant au mitraillage des rayons x en l’acheminent via de successifs et mystérieux portiques de sécurité installés le long du parcours du combattant des requérants ?
Où peut conduire la prochaine mise à nue de ces personnes déjà biométrés ? Ira-t-on jusqu’à scanner leur subconscient ?
Ne monte-t-on pas ainsi, d’un cran de plus le niveau d’insécurité dans un environnement de plus en plus difficile, surtout pour les africains eux mêmes.

Visas contre occupation
On ne peut pas avoir instauré un système de visa dont les mailles sont aussi resserrées sans avoir prévu des systèmes d’interception des embarcations de fortune en haute mer, dont on en sauve, pour l’honneur quelques âmes !

On passe sciemment en silence que les pays d’Afrique du nord constituent des postes avancés pour la paix dans la rive sud de la méditerranée, que la majorité des pays africains restent piégés par les systèmes d’asservissement de l’homme, systèmes construits au cours de plusieurs siècles de domination, que les pays subsahariens par exemple souffrent d’un manque de capitaux pour construire leur citoyenneté, qu’à l’origine, le visa a été conçu versus le droit de colonisation que se sont arrogé des siècles durant les puissances dans leurs conquêtes de nouvelles terres afin d’y répandre ce qu’ils présentaient alors comme la bonne nouvelle.

La puissante Europe se sentirait elle en danger d’être colonisée par ces quelques milliers de refugiés, tous victimes : des guerres, de l’exploitation, de la répression et de la pauvreté conséquentes directes, de leurs rivalités pour un leadership transcontinental, pour plus de croissance et une débauche de consommation destructrice des ressources.
Ce n’est pas le visa en tant qu’instrument de souveraineté qui fait problème, mais ses tenants et aboutissants, au service de puissantes souverainetés et d’une industrie ingénieuse aux alléchants profits.
La pratique du visa révèle le déséquilibre entre les pays prospères et les pays aux économies extraverties et fragiles.


France: Rassemblement en faveur de la libre circulatuion des migrants 


En effet, depuis la fin des années quatre vingt, il est flagrant que ce ne sont pas les ressortissants des pays européens qui sollicitent des Etats africains des visas en masse, mais bien les ressortissants des pays africains qui livrés à eux mêmes, satureraient les points d’enregistrement des demandes de visas, points externalisés par l’UE pour en marchandiser une partie de l’opération et pour réduire par là même un service administratif jugé budgétivore.
C’est aussi, une UE léonine qui avance de pâles promesses pour susciter de grands ensembles d’intégration autour du bassin méditerranéen alors qu’il ne s’agit que de subsides orientés et conditionnés aux draconiennes politiques de mise à niveau . Les satisfaisants accords sont, pour l’heure, ceux qui balisent le terrain aux hommes d’affaires et qui font l’impasse sur la dignité des ressortissants de ces pays, alors que de tels accords devraient avoir pour bénéficiaires, aussi, les requérants de la libre circulation.

Dans la coopération proposée, quels progrès possible sans le respect de la liberté d’aller et de venir des ressortissants de ces pays partenaires ?

N’exhorte-t-on pas toujours, ces pays à ouvrir leurs frontières y compris aux produits manufacturés les plus rudimentaires alors que les plus industrieux claquemurent les leurs surtout aux mouvements des personnes ?

Des moyens immenses ont été consentis pour rallier les opinions les plus récalcitrantes à la nécessité de plébisciter un monde plus globalisé, plus déréglementé sauf que ce mouvement n’est pas allé jusqu’à faciliter la libre circulation des personnes ; un domaine qui reste plus que jamais, soumis à un souverainisme à sens unique. Ne nous leurrons pas africains, le souverainisme a un coût que ne sont pas en mesure de supporter des économies faibles et dépendantes des multinationales qui ne les englobent pas dans le périmètre de leur actionnariat.

Le vent de la globalisation s’est essoufflé, le protectionnisme et l’unilatéralisme ambiants ramènent le monde à ses dures réalités, un monde fait de territoires inégaux, et les plus en retard de développement ou en mal de croissance, passent sous le rouleau compresseur de la concurrence entre puissants qui n’ont pas besoin de requérir de visa pour manifester leur volonté suprématiste.

Il est admis que pour d’évidents impératifs de sécurité, les états conservent le droit de contrôler les mouvements de personnes à l’entrée de leur territoire, que les visas d’entrée et de séjour temporaires qu’ils consentent sont en principe, accordés dans le cadre d’une réciprocité et à des conditions tels que l’on peut parler d’un statut d’exception fait à l’étranger.
Seulement, le contexte évoluant sur fond de crise environnementale et très alarmés par l’explosion démographique de l’Afrique, les européens ont durci leur système de délivrance des visas afin d’instaurer un système tendant au confinement des africains.
Prend-on la peine d’expliquer aux opinions publiques européennes que les crises provoquées par et dans les économies monde, frappent plus durement les pays pauvres ?
De la liberté de circuler des voyageurs d’affaires et autres touristes, ressortissants des pays riches, le monde découvre que d’autres, toujours plus nombreux, revendiquent jusqu’au péril de leur vie, la liberté de fuir la pauvreté.
Le font-ils tous légalement, c’est à dire en vertu de la loi du pays d’accueil ?
Pour la destination Europe c’est la règle, car on ne peut pas imaginer les Etats de Droit, dissimulant des pratiques dérogatoires.
Osons un clin d’œil à ces temps doux, d’avant le printemps arabe, que nous rappellent les images laquées des magazines fixant pour la postérité, ces milliers de touristes européens que déversaient des avions charters dans les aires réservées d’aéroports plutôt accueillants, ces milliers de touristes qui traversaient décontractés, en groupes indistincts et sans formalité, une frontière quasi virtuelle, vers les plages dorées de la Tunisie.
 

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