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Nationale

Le secteur agricole passé au peigne fin

Le secteur agricole passé au peigne fin

La session ordinaire de l’APW de Tizi-Ouzou, la première pour cette année 2015, s’est ouverte, avant-hier, avec l’étude du dossier relatif au secteur agricole. Si l’agriculture est considérée unanimement comme un véritable poumon de l’économie de tous les pays, il est en revanche certain que cette considération est à étudier avec beaucoup de réserve concernant son rôle dans la wilaya de Tizi-Ouzou dont la superficie agricole totale ne dépasse guerre les 258 253 hectares.

La wilaya compte, seulement 98 842 hectares de superficie utile et dont seulement 08 % sont irrigables. A cela, s’ajoute le fait que le relief de la wilaya de Tizi-Ouzou est montagneux à 80 % et en pente supérieure avec 12 %.

Avec cette donnée géographique de la wilaya, la question est de savoir : quel genre d’agriculture y développer et comment ? – Comment rendre aussi l’agriculture attrayante surtout en ces temps où l’industrie et les technologies applicables dans les prestations de services attirent le plus de monde, notamment les jeunes.

Dans son rapport, la Commission de l’APW chargée de l’agriculture, de l’hydraulique, de la pêche et de l’artisanat (Cahpasa) a souligné au chapitre « contexte général » qu’en moyenne la superficie des exploitations agricoles ne dépasse pas le 1,5 hectare ; ce qui pousse les acteurs du secteur à s’orienter vers l’agriculture intensive en hors-sol, en particulier dans le domaine de l’élevage.

Par ailleurs, sur les 90% de la surface agricole utile détenue par le privé, 80% des propriétés sont non titrées, limitant ainsi l’investissement dans le secteur. La Cahpasa note également que le morcellement des terres, souvent dans l’indivision, sans assises juridiques limite aussi l’accès au financement, hypothéquant ainsi la rentabilité des investissements agricoles.

L’auteur du rapport conclut ce chapitre précis, qu’« en somme, le morcellement des terres, la dépense des exploitations d’élevages des autres wilayas, l’importation de leur approvisionnement en intrants de production, la faible qualification des intervenants dans le secteur et le manque d’organisation des filières sont les handicaps majeurs au développement du secteur ». Sur le plan organisationnel, la Cahpasa a signalé un déficit énorme.

Sur les 66 000 agriculteurs que compte la wilaya de Tizi-Ouzou (ce nombre est celui retenu par la Chambre de l’Agriculture), il n’existe que 16 associations de professionnels lesquelles souffrent de moyens humains et financiers nécessaires pour promouvoir les filières du secteur.

Plus loin, les rédacteurs du rapport assurent des données chiffrées sur la production et par filière. Concernant les races ovine et caprine, le rapport note que le cheptel de la wilaya de Tizi-Ouzou n’excède pas 72 469 brebis et 29 108 chèvres et qui produisent environ 09 millions de litres de lait annuellement.

Concernant celle de l’apiculture et la cuniculture, il est noté dans le rapport qu’avec 101 780 ruches pleines, la production de miel n’est que de 1 602 kg, soit une moyenne de 2 kg par ruche. Ce chiffre nous renseigne que les ruchers de notre wilaya sont destinés en premier lieu à la production d’essaims.

Au chapitre de la cuniculture, le rapport note l’existence de 1870 lapines produisant 1 119 quintaux de viande annuellement. En ce qui concerne l’ovin, les rédacteurs du rapport mentionnent que l’effectif de vaches laitières avoisine les 54 103 têtes, ce qui classe notre wilaya parmi les premières en Algérie en matière de production et collecte de lait. Les mêmes rédacteurs tiendront compte des filières équine et aviaire ainsi que de la production végétale, arboricole, maraîchère et céréalière.

La Cahpasa n’a pas caché sa désapprobation par rapport à l’inexistence de l’élevage de chevaux et l’activité y afférente. Toutefois, la commission de l’APW n’a pas pris en considération le fait que la wilaya de Tizi-Ouzou n’est pas la terre du cheval. Ce n’est certainement pas par méconnaissance que nos grands-parents ne faisaient pas l’élevage équin.

En ce qui est de l’équidé, c’est le mulet et l’âne qui s’adaptent le mieux au relief de la région. Au chapitre céréalier, la commission de l’APW constate que « l’absence de grandes plaines ne permet pas d’avoir une grande production céréalière ; la reconversion de ces terres pour des productions fourragères sera une bonne alternative pour notre wilaya surtout du fait que nos céréaliers se spécialisent de plus en plus dans la production de semences ».

Au chapitre des perspectives et contraintes, la commission de l’APW relève que « malgré toutes les contraintes liées à la nature juridique des terres, au morcellement, au relief et à la destruction du secteur de l’Agriculture, Tizi-Ouzou peut être un bon levier économique.

La levée de ces contraintes passe avant tout par un assainissement du foncier et un remembrement des terres pour rendre fiables nos exploitations. Orienter les investisseurs agricoles vers l’industrie de service. Travailler pour faire de Tizi Ouzou un pôle agroalimentaire améliorera l’efficacité du secteur, car notre wilaya pourra alors prendre en charge les productions des wilayas du Centre ».

En ce qui concerne enfin les recommandations, les rédacteurs du rapport suggèrent « l’incitation des pouvoirs publics à travailler sur un programme spécial agriculture de montagne, assainir toutes les coopératives agricoles, ainsi que le foncier agricole pour le mettre à la disposition des professionnels et aider à l’organisation d’événements agricoles pour booster le secteur ».

Il faut relever cependant que, lors des débats, c’est une autre réalité du secteur agricole qui a été mise au jour. Les intervenants se sont focalisés surtout sur ces terres fertiles devenues des espaces bétonnés où l’activité du commerce des matériaux de construction fonctionne à pleins gaz.

C’est le cas notamment de tous les espaces se trouvant aux bords de la RN 12 entre Tizi-Ouzou et Azazga. A Oued-Falli, sur une distance de plusieurs kilomères, des terres, jadis productrices de céréales et autres richesses agricoles, sont devenues à présent des cimetières de voitures (des casses). Les élus ont voulu savoir si ces activités non agricoles, notamment les constructions en dur, sont légales ou non sur des terres agricoles.

Dans sa réponse, le directeur des services agricoles de la wilaya a assuré que « l’arrêté interministériel du 16 septembre 1992, lequel est toujours en vigueur, autorise une construction à usage d’habitation sur une terre agricole ».

L’élu du FFS, Medani, a suggéré à ce que les tracteurs demeurent dans la stricte utilisation agricole et non pour assurer le transport de marchandises. Ce même élu a vigoureusement dénoncé l’utilisation des terres agricoles à des fins de construction. madame Nabila Smaïl, également du FFS, a quant à elle crié au scandale au sujet de l’utilisation des espaces des EAC et EAI de Oued-Falli à des fins de casses. D’autres élus ont suggéré une politique agricole, sans pour autant la définir, devant mettre fin à la cherté des produits agricoles de première nécessité comme la pomme de terre, la tomate, etc.

Un autre élu a suggéré le lancement de la culture du figuier. L’intervenant a mis en avant des arguments économiques puisque la figue sèche est bien notée sur les marchés national et international. Cet élu a même fait référence à un texte coranique mettant en valeur la vertu de la figue. Beaucoup d’interventions ont eu lieu à l’hémicycle Rabah Aïssat. Cependant, aucun élu n’a fait une suggestion quant à la manière de faire intéresser les jeunes à l’agriculture.

Ce désintérêt de nos jeunes pour l’agriculture est le premier facteur responsable des terres laissées en jachère depuis belle lurette. C’est aussi ce même facteur, selon bien des observateurs, qui est directement responsable de la dépendance alimentaire de l’Algérie vis-à-vis de l’extérieur.

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