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Le Sahel à l’heure des régimes patriotiques: Mort lente pour la Françafrique?

Le Sahel à l’heure des régimes patriotiques: Mort lente pour la Françafrique?
La Françafrique en péril au Sahel

Un nouveau domino vient de tomber au Sahel. Après le Tchad, la Guinée, le Mali, c’est au tour du Burkina Faso de changer de régime politique. Ces changements à répétition sonnent le glas de la Françafrique car ils mettent à nu un échec historique d’une gestion complétement anachronique des relations entre les pays de l’Afrique de l’Ouest et l’ancienne puissance coloniale. Le fait que ces renversements de l’ancienne élite africaine cliente de la France renseignent sur les mutations profondes de ces sociétés et surtout de son élite militaire désormais en osmose avec les peuples.

Et cette élite qui a vécu dans sa chair les brimades et les coups bas de la politique africaine de la France, qui a vu ses ainés souffrir au nom de la dignité, est actuellement à l’écoute des populations, étant connectée et au courant des aspirations post-coloniales. La France est ainsi à la marge de l’histoire africaine, une réponse cinglante au discours de Sarkozy en 2007 à Dakar, où, péremptoire, il avait déclaré que l’homme africain n’est pas encore rentré dans l’histoire. A Ouagadougou, où Macron avait loué en 2017 le modèle démocratique de la gouvernance burkinabé, la déposition du président Roch Kaboré par l’officier supérieur Paul-Henri Sandaogo Damiba, président du Mouvement Patriotique pour la Sauvegarde et la Restauration, la pilule est difficile à avaler pour Paris. Et pour cause !

Selon Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe, ces derniers développements sont «un échec total pour Paris et la politique africaine de la France serait totalement atrophiée».

Des allers et retours incessants de Bontems dans la région

Il est désormais clair que les Français perdent pied dans la région et tentent mordicus de rester dans le jeu, fut-il en poussant l’Algérie à davantage d’implication dans les questions sahéliennes. En témoigne les va-et-vient incessants entre Paris, Alger et Bamako du représentant spécial de la France pour le Sahel, Frédéric Bontems, dépassé par les événements, qui non seulement ne désespère pas d’amarrer l’Algérie à la stratégie française dans la sous-région, mais s’agite pour reconfigurer le G5 Sahel alors qu’au moins deux de ses protagonistes, le Mali et désormais le Burkina Faso, ne se sentent plus concernés par cette force véritable sous-traitant de la France coloniale.

Que fera Alger de cette nouvelle donne à son flanc méridional mise à part exhiber le principe de dénoncer les coups de force? Il est important pour l’Algérie de stabiliser ses frontières sud et couper court à toute velléité terroriste dans cette zone particulièrement crisogène, comme il est important pour elle d’être à l’écoute des demandes nouvelles et inédites des peuples de la région qui veulent se libérer du joug néocolonial de la France.

Qu’adviendra-t-il des accords d’Alger ? Au Mali par exemple, l’Union africaine a confié à l’Algérie la tâche de médiateur entre les autorités de Bamako et la Cédéao qui a infligé des sanctions extrêmes à l’égard du Mali. Il serait intéressant de voir la médiation algérienne prendre en considération les exigences de la transitions telles qu’exprimées par la conférence nationale de la Refondation, soutenue par les syndicats, les religieux et de larges pans de la société civile malienne.

Confrontée à une deuxième «défection» après le redressement au Faso, la Cédéao perd ainsi toute crédibilité pour donner des leçons de démocratie. Ce qui faciliterait une approche algérienne inclusive partant du principe du développement national autocentré loin des desiderata de Paris et des puissances occidentales.

Sinon, comment expliquer le besoin sans cesse grandissant de voir de nouveaux acteurs investir le Sahel pour casser le monopole français ? Les Maliens, Sénégalais et Burkinabés qui manifestent leur soutien à la présence russe ont donné le ton à une élite militaire décomplexée et qui ne regarde plus son pays ni le monde selon le prisme français.

Les nouveaux dirigeants à Ouagadougou

A Ouagadougou, ce qui s’est passé avant-hier n’est qu’un remake de ce qui c’était déjà produit en Guinée et au Mali, quelques mois plutôt. Ainsi, le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR) «qui regroupe toutes les composantes des forces de défense et de sécurité a ainsi décidé de mettre fin au pouvoir de M. Marc Roch Christian Kaboré ce 24 janvier 2022», a annoncé le capitaine Kader Ouedraogo, entouré d’une quinzaine de militaires lundi soir à la télévision.

Le MPSR s’est engagé par ailleurs «à proposer dans un délai raisonnable (…) un calendrier de retour à un ordre constitutionnel accepté de tous». Il a «appelé les patriotes, les Africains intègres et tous les amis du Burkina Faso à le soutenir et l’accompagner dans ce tournant décisif de l’histoire de notre pays».

Et c’est ce patriotisme qui revisite le legs de Thomas Sankara, qui donne la sève qui irrigue les nouvelles stratégies nationales au Mali, en Guinée et au Burkina Faso. Les Russes qui prennent pied au Mali, en Centrafrique, au Soudan et probablement au Burkina, les Chinois qui investissent à coups de milliards de dollars dans le cadre de la route de la Soie, et les Iraniens et les Turcs qui injectent des aides et des investissements a de quoi donné le tournis aux Français. Le 15 janvier dernier, Bamako avait annulé les accords militaires avec la France et relatifs aux forces de Barkhane.

Lundi, les Maliens ont officiellement protestés auprès du Danemark après le déploiement de forces danoises dans le cadre de l’opération Takuba, mais sans l’accord du Mali. Et ce dernier est en passe selon certains rapports de reconnaitre le Bambara comme seule langue nationale et officielle du pays au dépend du Français.
Qui sera le prochain sur la liste de ces changements patriotiques ? Le Sénégal de Macky Sal ou la Côte d’Ivoire d’Alassane Ouattara ? Il est plus que certain que l’«Afrique de Papa» aura vécu.

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