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Nationale

Le Sahara occidental, une affaire africaine

Le Sahara occidental, une affaire africaine

La question du Sahara occidental restera un dossier entre les mains de l’Union africaine en dépit des stériles tentatives marocaines d’en faire une affaire du ressort exclusif des Nations-Unies. C’est ce qu’ont confirmé, une nouvelle fois, les leaders africains lors du 29e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement africains à Addis Abeba, infligeant, au demeurant, un sévère camouflet à la prétentieuse diplomatie marocaine.

Conduisant une délégation de 35 personnes, une armada peu protocolaire qui a suscité quelques railleries dans les coulisses de la conférence, le ministre marocain des Affaires estrangères, Nasser Bourita, était venu se frotter à une organisation qui a fait du respect de sa charte une condition irréfragable, notamment sur le chapitre de la décolonisation et des règlements des conflits.
La mission dépêchée par le makhzen visait d’abord à dessaisir l’Union africaine (UA) du dossier du Sahara occidental et de le laisser du seul ressort du Conseil de sécurité de l’ONU, où siège en tant que membre permanent, la France, l’alliée stratégique de l’occupant marocain. 
En dépouillant l’UA du traitement du plus vieux conflit dans le continent africain, le Maroc se serait assuré, dans un premier temps, la fragilisation de la RASD, membre fondateur de l’organisation, et à terme son exclusion, ou du moins sa neutralisation en tant que victime d’une occupation vieille de 42 ans. 
Cette ambition passait, au préalable, par le blocage de l’envoi d’une mission d’inspection de l’UA dans les territoires sahraouis occupés en jouant sur le qualificatif de chacune des parties en conflit. Le Maroc a refusé de reconnaître la RASD en tant que
territoire occupé. Pour faire aboutir sa revendication, il s’est targué de l’appui de 16 des 55 pays que compte l’organisation à savoir les Comores, Sao Tome, le Gabon, Madagascar, le Swaziland, la Côte d’Ivoire, la Guinée équatoriale, le Burkina Faso, le Malawi, la Gambie, le Sénégal, le Bénin, la Guinée Bissau, la Centrafrique et le Cap-Vert et le Nigeria. Six pays étaient opposés à cette proposition soit l’Algérie, la RASD, la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Lesotho et l’Afrique du Sud. Face à bras de fer, le Nigeria change de camp et propose sa médiation, qui aboutira à la rédaction d’une résolution qui décide de « l’envoi d’une mission dans le territoire connu à l’ONU comme Sahara occidental et à l’UA comme RASD ». 
Le Maroc présentera ce compromis comme une « avancée diplomatique » en sa faveur alors que pour de nombreux diplomates africains, il s’agit plutôt d’une consécration de la légitimité internationale et de la reconnaissance de la prééminence de l’UA sur un dossier sahraoui, conforté par les règlements internationaux.

Bourita ou l’amateurisme d’une diplomatie

Revenu dans le giron africain en janvier 2017–en tant que 55e membre de l’UA– après lui avoir tourné le dos depuis1984, le Maroc ne cache, désormais, plus ses veilleités à chahuter le travail de l’organisation continentale lorsqu’il s’agit du Sahara Occidental occupé. Ainsi, le ministre algérien des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, a fait savoir, au terme des travaux du sommet d’Addis Abeba, qu’il y avait certes « une tentative de certaines parties d’éjecter ce dossier de l’UA »,mais que « l’Afrique a joué un rôle important dans la recherche d’une solution au règlement de la crise ».
Le chef de la diplomatie algérienne a souligné que « la résolution africaine sur le Sahara occidental demande notamment au président de la Commission de celle-ci, en concertation avec le Conseil de paix de celle-ci, de prendre des mesures appropriées, y compris la revitalisation éventuelle du Comité des chefs d’Etat en 1978, pour soutenir les efforts des Nations unies et encourager les parties, aujourd’hui présentes toutes les deux au sein de l’UA à coopérer loyalement et en vue, du succès du nouveau processus » .

Dans sa résolution sur le conflit qui oppose le Maroc au Front Polisario, la Conférence des chefs d’Etat africains a engagé « les présidents de l’Union africaine et de la Commission de l’Union africaine, sur la base de l’Accord-cadre entre l’Union africaine et l’ONU, le 19 mai 2017 à New York, à assurer le soutien approprié à l’initiative que le Secrétaire général de l’ONU envisage d’entreprendre pour parvenir à un accord sur une solution consensuelle et définitive du conflit. » 
Au-delà de ce chapitre, la Conférence a réitéré « sa détermination à trouver une solution globale au conflit du Sahara occidental et appelle les deux Etats membres, le Royaume du Maroc et la République arabe sahraouie démocratique à s’engager dans des pourparlers directs et sérieux et apporter la coopération nécessaire aux organes politiques de l’UA pour le Sahara occidental ».

En outre, la Conférence se félicite de « l’engagement du Secrétaire général des Nations unies à relancer le processus de négociation de bonne foi et sans conditions préalables en vue d’obtenir une solution durable qui doit prévoir le référendum du peuple du Sahara occidental, conformément aux résolutions pertinentes des Nationsunies et des décisions de l’UA/OUA ».

Le conflit du Sahara occidental est le plus vieux en Afrique. Eclaté en 1975, les belligérants, le Maroc et le Front Polisario, ont conclu un cessez-le-feu en 1991 suivi de négociations qui ont conduit à la signature des accords de Houston (Etats-Unis).
Ces accords prévoient la tenue d’un referendum d’autodétermination du peuple sahraoui, qui a été ensuite renié par l’occupant marocain.
 

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