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Nationale

Le «quota kabyle» de Bernard Emié

Le «quota kabyle» de Bernard Emié

Jamais un ambassadeur de l’ancienne puissance coloniale n’avait été jusqu’à courtiser, même d’une manière innocente, une partie de la population algérienne en exhibant la carte des visas. En affirmant que la Kabylie décroche la plus grosse part du sésame, l’ambassadeur de France en Algérie, Bernard Emié, admet qu’il existe des privilèges selon les régions. Des chiffres, même fournis à titre de rappel, tendant à faire croire que la France favorise les Kabyles. Dans cette affaire, l’Algérie est mécontente…

Il est des polémiques qui font que certains propos manquant de subtilité peuvent être à l’origine de brouilles. Il en va ainsi de la dernière-née entre Alger et Paris à la suite des déclarations de l’ambassadeur de France à Alger.

Connue pour sa pondération et son tempérament souvent qualifié de « lent « dans ses réactions et ses prises de décision sur la scène internationale, la diplomatie algérienne déroge depuis quelques temps à la règle lorsqu’il s’agit de la France.

La réaction avant-hier, du ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Ramtane Lamamra, aux propos tenus par Bernard Emié, atteste de cette célérité.

Le chef de la diplomatie algérienne a en qualifié avant-hier de « malheureux » les propos tenus par Bernard Emié à Tizi-Ouzou où le représentant de l’Etat français aurait laissé entendre que la Kabylie rafle près des 60 % des visas attribués par la représentation diplomatique dont il a la charge et que la moitié des étudiants admis dans les universités françaises seraient issus de la même région.

Lamamra a indiqué que « si des propos, qui sont tenus dans des circonstances que je ne connais pas, sont de nature à soulever des questions de ce genre, à susciter des commentaires, des interrogations, des perceptions différentes et antagonistes, cela signifie que les propos en question ont été certainement malheureux « .

En diplomatie, a poursuivi le chef de la diplomatie algérienne « qui est notre métier, on ne doit pas faire de discrimination entre les citoyens du pays auprès duquel on est accrédité « , faisant observer qu’ « encore une fois, le rôle principal du diplomate, accrédité auprès du chef de l’Etat, est d’ouvrir des ponts, promouvoir les échanges et les relations d’amitié et de coopération ».

Toutefois les déclarations, bien que rapportées par plusieurs médias algériens, ont été « démentie « par l’ambassade de France. Aussitôt la réaction du ministre des Affaires étrangères diffusée, l’ambassade de France s’est empressée de démentir officiellement les propos rapportés par les journaux : « L’ambassadeur de France n’a pas tenu à la presse les propos qui lui ont été attribués, mais a simplement souligné au cours d’une réception à caractère privé avec la communauté française qu’il constatait que les habitants de cette région prenaient toute leur part dans les échanges entre l’Algérie et la France », ajoutant que « la France n’a aucune politique de quotas d’aucune sorte en matière de visas, qu’elle traite dans un esprit d’égalité et de non-discrimination ».

Seulement, à en croire ce qui a filtré des salons d’honneur de la ville des Genêts, le représentant français aurait, en effet, donné des statistiques concernant la délivrance des visas pour la région objet de sa virée mardi dernier mais sans citer le mot « kabyle « , ce qui semble avoir donné une connotation un peu particulière au sujet.

L’ambassadeur se serait contenté de mentionner les noms des wilayas qui « rafleraient « le plus gros du quota des sésames d’entrée au Vieux continent. Un fait qui, de prime abord, n’absout pas la représentation diplomatique du pays des droits de l’homme dans la mesure où les protocoles d’accord qui lient les deux pays ne font nullement dans la discrimination au libre déplacement des citoyens.

Sauf si la raison est tout autre. Si tel est le cas, il est en effet à rappeler que l’information publiée obéit sans l’ombre d’un doute à des visées inavouées.

En tout état de cause, si les objectif de la France coloniale n’ont pas manqué durant les années d’occupation à œuvrer pour la division du peuple algérien -en prônant le régionalisme- pour mieux asseoir son règne impérialiste, il serait effectivement « malheureux « que cette politique puisse encore être menée par certains cercles du pouvoir au moment où l’on tente de part et d’autre de faire valoir la raison pour une inévitable collaboration entre les deux pays.

Un comportement que d’aucuns n’hésitent d’ailleurs pas à assimiler à une convergence de vision avec ce qui est prôné par des mouvements extrémistes à l’image du MAK de Ferhat Mehenni, qui continue à voir en ce pays un puissant allié.
Il est à rappeler que depuis l’année 2010, le taux de délivrance de visas aux Algériens oscille entre 75% et 80 % des demandes déposées auprès des différentes représentations diplomatiques (Alger, Oran et Annaba).

422 684 visas ont été octroyés en 2015, un chiffre en hausse de près de 90 000 par rapport à l’année précédente (334 773 en 2014) qui placent ainsi les Algériens à la seconde place des bénéficiaires de visas d’entrée en France après les Chinois, à en croire des chiffres fournis par le ministère de l’Intérieur français.

Ces chiffres font aussi ressortir que pour la période de 2010 à 2015, le nombre de demandeurs tous types de visas confondus (Schengen, membre de famille de ressortissants de l’union européenne, visas de long séjour pour études) a plus que doublé.

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