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Nationale

Le plan américain pour le Sahara occidental: Une bombe à retardement

Le plan américain pour le Sahara occidental: Une bombe à retardement
Une dérive au sein du conseil de sécurité

Le plan de règlement du vieux conflit du Sahara occidental, soumis par les États-Unis au Conseil de sécurité de l’Onu, constitue un dérapage sans égal dans les relations internationales. S’il concourt à consacrer une injustice, il convie la région à un avenir incertain.

A travers un document qui foule au pied les principes fondamentaux du droit international, Washington plante, par des calculs étroits et des ambitions populistes, une bombe à retardement dans la région dont la déflagration pourrait emporter, à terme, cette chimérique paix.

La nouvelle administration américaine cherche à redorer les feuillets sombres du curriculum-vitae du président Donald Trump plus soucieux de son égo que du droit cardinal, à travers un exploit illusoire de paix dans une région reconnue sensible.
Le forcing exercé ainsi actuellement par les diplomates de la Maison-Blanche au sein du Conseil de sécurité va dans le sens de la concrétisation de cette ambition destinée à offrir un équivoque exploit de paix, entre autres, à la base MAGA  (Make America Great Again) hostile à toute implication des États-Unis dans des conflits externes, notamment au Moyen-Orient.

L’empressement des conseillers américains Steve Witcoff et Jared Kushner ainsi que son envoyé spécial pour la région de MENA Mossad Boulos à concrétiser ce palmarès pour le compte de Trump explique leur égarement vis-à-vis de la légalité internationale et plus grave encore leur mépris des institutions onusiennes censées réguler les conflits par les moyens légaux que les USA ont consacrés avec les autres membres fondateurs en 1945 à San Francisco.

Les Américains, qui ont endossé le rôle de porteplume au sein du Conseil de sécurité de l’ONU en consignant les avis convergents ou divergents dans la confection des moutures des résolutions ont aujourd’hui décidé de codifier la propagande marocaine, quels que soient les pots cassés sur le dos de la légalité internationale, de l’éthique et de la morale.

Autrefois soucieux du respect des formes, les États-Unis s’impliquent directement dans le règlement des conflits en dehors de la sphère onusienne, tout en pesant de tout leur poids pour consacrer un fait accompli. Hier à Gaza et aujourd’hui au Sahara Occidental en dépit du fait que ce diktat constitue une sérieuse menace pour la stabilité de la région du Maghreb et du Sahel.

Une occupation de « jure » et de facto

Ce changement de stratégie révèle beaucoup plus une cécité des actuels locataires de la Maison-Blanche et le peu de crédit qu’ils accordent au devenir d’une région, non des moindres de par ses richesses, sa démographie et son importance géostratégique, que ce soit pour l’Europe ou le reste de l’Afrique du nord.

Il est d’évidence que le Maroc a investi, pendant des années, dans sa logique de compromission, sur les lobbies sionistes, au point de réclamer une reconnaissance de Washington de la marocanité du Sahara occidental afin de justifier son adhésion aux accords d’Abraham en décembre 2020. Une décision à l’encontre de la volonté de la population marocaine qui reste viscéralement hostile à tout rapprochement avec l’État hébreux.

En émargeant désormais dans le clan des normalisateurs, Rabat considère avoir rempli sa part du contrat et attend, un retour sur investissements, de tirer les dividendes en imposant une occupation de facto et de « jure » du territoire sahraoui.

Cette compromission est le fruit des années de louvoiements, de propagandes mensongères et de manipulations au sein des institutions américaines, notamment le Congrès contre l’Algérie.

Depuis 2007 lorsque la France a soufflé l’idée du plan d’autonomie au Maroc, l’Algérie subit une véritable campagne de dénigrement appuyée par des sénateurs pro-sionistes embusqués au sein du Congrès. Les accusations portées à l’endroit de l’Algérie selon lesquels elle serait le nouvel Iran du Maghreb, ou celles qui lui prêtent l’intention d’obtenir l’arme nucléaire, voire de sa prétendue proximité avec le mouvement Hezbollah, sont autant de vilénies accrochées sur le sinistre dossard de la diplomatie marocaine tel que révélé par les câbles Wikileaks.

Entre-temps, l’Algérie est restée fidèle à ses principes de défense de la légalité internationale et du droit des peuples à l’autodétermination, une posture qu’elle a fait valoir y compris contre ses propres alliés et amis à l’image de l’Indonésie lorsqu’il s’agissait de soutenir l’indépendance de Timor-leste.

C’est aussi le fait marquant de la diplomatie algérienne depuis le 7 octobre 2023 lorsqu’il s’agissait de dénoncer, que ce soit au sein du Conseil de sécurité ou lors des réunions des ministres des Affaires étrangères, la sauvagerie sioniste contre la population palestinienne, pendant que le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita roulait les pouces, bouche cousue, alors que la population marocaine battait le pavé pour dénoncer les crimes sionistes.

Une région sous tension chronique

A quelques heures du verdict du Conseil de sécurité, il n’est plus besoin de démontrer que le plan d’autonomie est une chimère à travers laquelle le Maroc tente de consacrer une occupation. Les contours de ce plan sont carrément inexistants et sont laissés, selon la rhétorique américaine, à la discrétion des deux parties concernées à savoir le Maroc et le Front Polisario.

Or, le mouvement sahraoui a fait part de son rejet de cette solution et compte lui tourner le dos si elle venait à être validée car elle ne répond en aucun cas à ses aspirations légitimes.

De plus, de nombreux diplomates occidentaux s’interrogent sur le fait que sur les 17 territoires non autonomes inscrits dans les tablettes de la 4e commission de décolonisation de l’ONU, fruit de la résolution 1514 de 1960, sur les raisons objectives qui ont poussé Washington et ses alliés à favoriser une issue au seul territoire sahraoui. Pourtant des territoires comme la Nouvelle-Calédonie où les îles Malouines sont à ce jour assujettis à la force coloniale française pour l’un et britannique pour l’autre.

Les tentatives d’amendement engagées au sein du Conseil de sécurité par le Danemark et la Slovénie, les deux pays qui ont reproduit la position algérienne, se sont heurtées à l’entêtement américain qui consiste à faire passer leur propre mouture.
Les tractations au sein du Conseil de sécurité ne sont pas à l’abri des pressions exercées sur les membres non permanents par le quatuor États-Unis-France-Israël et Emirats Arabes Unis, devenu le porte flambeau d’une violation inouïe de la légalité internationale.

Ce scénario concourt ainsi à consacrer, certes, l’expansionnisme marocain et à instaurer un foyer de tension dans la région, mais il sème les graines d’une instabilité chronique qui renvoie aux calendes grecques toute velléité de réconciliation entre les peuples de la région.

Les prétendues tractations américaines pour favoriser un rapprochement entre le Maroc et l’Algérie auxquelles ont fait référence Steve Witcoff et Mossad Boulos sont de l’ordre du Wishful thinking sinon une ambition caricaturale dans la mesure où l’attitude américaine dans le Sahara occidental ne saurait gagner la confiance d’Alger.

D’autant que dans un monde en pleine mutation marqué par l’apparition de nouvelles forces émergeantes et de nouvelles alliances, l’Algérie n’exclut pas de revoir ses paradigmes et ses cartes pour envisager de nouvelles pistes diplomatiques qui lui assurent, croit-on à Alger, une meilleure lecture de son devenir dans la région loin des désidératas de ceux qui violent les principes élémentaires du droit.



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