Le personnel de l’EHS Texenna privé de la prime Covid
Rien ne va plus dans l’Entreprise hospitalière spécialisée (EHS Texenna) dans la wilaya de Jijel. Un bras de fer entre le directeur de cette entreprise spécialisée en rééducation fonctionnelle et les travailleurs se poursuit et se durcit davantage, et ce depuis des mois.
Le problème tourne, principalement, autour de la privation des travailleurs de la prime exceptionnelle de la Covid-19, destinée au personnel de la santé. Une grève de trois jours reste l’ultime recours de ces protestataires qui ont épuisé tous les moyens pour demander ce qu’ils considèrent comme «un droit», apprend le Jeune Indépendant auprès des représentants des travailleurs de l’EHS Texenna.
Contacté par le Jeune Indépendant, Abdelwahab Zemmour, l’un des représentants du personnel, a indiqué que les protestataires se sentent «lésés et sont victimes d’une injustice suite à leur privation de la prime exceptionnelle de la Covid-19». «Notre problème avec le directeur de l’EHS Texenna a débuté lorsque ce dernier a refusé de nous verser la prime exceptionnelle décidée par le président de la République au profit du personnel de la santé. Tous les personnels des structures sanitaires spécialisées des autres wilayas en ont bénéficié sauf nous», a déclaré hier au Jeune Indépendant M. Zemmour.
Selon lui, le directeur estime que ladite prime concerne seulement le personnel mobilisé directement pour la lutte contre le coronavirus et non les structures spécialisées qui ne sont pas dotées d’un service Covid. «Certes, l’EHS Texenna n’a pas connu l’aménagement d’un service Covid mais nous recevons quotidiennement des patients qui peuvent être des cas suspects et porteurs du virus. D’ailleurs, plusieurs de nos collègues, y compris le directeur, ont attrapé la Covid-19 sur leur lieu de travail et l’ont transmis à leurs familles. Comment peut-on considérer que nous ne sommes pas mobilisés pour faire face à l’épidémie ?», s’est-il interrogé.
Après plusieurs rencontres de dialogue, c’est l’impasse !
«Notre problème dure depuis le mois de juillet passé. Nous avons, entre-temps, tenu plusieurs rencontres dans le cadre du dialogue et de la résolution du problème à l’amiable, mais le directeur ne veut rien entendre et demande un écrit officiel émanant de la DSP ou du ministère de tutelle lui permettant le versement de ladite prime», a précisé au Jeune Indépendant Hacène Layoul.
Le représentant du personnel du service de kinésithérapie au niveau de l’EHS a fait savoir qu’ils ont saisi le directeur de la santé de la wilaya ainsi que le ministère mais n’ont reçu aucune réponse. Ce mutisme les inquiète, a-t-il dit, d’autant plus que la direction de la santé, structure administrative n’ayant aucun contact avec les patients, a bénéficié de cette prime.
«Il est inconcevable que la direction de la santé, qui n’a rien à voir avec la prise en charge des patients, bénéficie de cette prime et refuse de donner un avis favorable nous concernant. Pis encore, cette dernière, en connivence avec notre directeur, se renvoient la balle ou alors estiment que les conditions pour ouvrir droit à la prime n’ont pas été remplies», a signalé .M. Layoul .
Après avoir épuisé tous les moyens (réunion de dialogue, rassemblement de protestation et correspondance adressée au ministère de la Santé), ces travailleurs envisagent de monter au créneau en observant une grève de trois jours. «Nous nous sommes réunis avec le directeur jeudi passé en vue d’examiner la mise en place d’une commission de dialogue et de règlement des contentieux ainsi que d’une assemblée générale. Ainsi, le vote pour un mouvement de grève de trois jours aura lieu mardi. Si la
majorité du personnel se prononce pour cette grève, nous passerons à l’action après un préavis de 8 jours», a ajouté M. Zemmour.
Le Syndicat ne compte pas se taire
De son côté, Noureddine Benamor, membre de la commission exécutive de la Fédération nationale des travailleurs de la santé (FNTS) activant sous la houlette de l’UGTA, a affirmé que le personnel de l’EHS Texenna les a sollicités en tant qu’organisation syndicale en vue d’intervenir et d’essayer de trouver une solution au niveau de la direction de la santé et de la population. «Effectivement, les représentants des travailleurs nous ont contactés pour exposer leurs préoccupations. Malgré nos médiations, le directeur campe sur ses positions et n’hésite pas à utiliser le langage de la menace pour intimider les travailleurs», a déclaré ce dimanche au Jeune Indépendant le syndicaliste.
Même les députés contactés dans le souci de transmettre les préoccupations de ces travailleurs aux autorités centrales n’ont pas donné suite, a-t-il regretté, soulignant que le syndicat ne compte pas se taire. Interrogé par le Jeune Indépendant concernant la pierre d’achoppement de ce problème, le directeur de l’EHS Texenna, Hichem Beniyad, a indiqué que le problème réside dans «l’identité des bénéficiaires» qui, selon son interprétation du texte de loi, «doivent être mobilisés directement dans les services Covid».
«J’ai toujours été à l’écoute des travailleurs, je les ai même orientés pour procéder et demander leurs droits de manière réglementaire et je n’ai jamais utilisé le langage de la menace», a affirmé M. Beniyad, signifiant qu’ «il n’a pas encore reçu d’instruction écrite lui permettant l’octroi de ladite prime». Malgré le décret signé, en mai passé, par le président de la République, instituant ladite prime et ses instructions pour débloquer tout problème lié au versement de la prime exceptionnelle au profit de «l’armée blanche», ce responsable persiste dans son refus, s’agrippe à sa propre interprétation de ce texte de loi et attend le feu vert du ministère.
Il convient de rappeler que la prime exceptionnelle est mensuelle, versée selon le montant forfaitaire allant de 10 000 DA pour le personnel administratif, 20 000 DA pour le personnel paramédical et 40 000 DA pour le personnel médical. Elle devait être servie avec effet rétroactif à compter du mois de février 2020 pour une durée de trois mois renouvelables et pourrait s’étendre à d’autres catégories dans le cadre de la lutte contre la pandémie de la Covid-19.