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Nationale

Le péril Daech

Le péril Daech

La chute de la ville libyenne de Syrte aux mains de l’organisation terroriste Daech confirme malheureusement ce que l’Algérie avait toujours craint : le chaos en Libye va créer une situation géopolitique nouvelle, le territoire de ce pays se transformant en une zone où les groupes les plus radicaux vont faire régner la loi du plus fort pour, en fin de compte, déborder sur les Etats voisins.

Désormais, le phénomène Daech et ses visées terroristes dans la région du Maghreb font partie des nombreux scénarios auxquels les forces de sécurité algériennes se préparent depuis le début de ce qui a été baptisé le « printemps arabe »

Partis du Maghreb, les mouvements émancipateurs des peuples arabes ont fini par muter en hydres au Machrek avant de sombrer dans l’obscurantisme.

La Tunisie, point de départ du printemps arabe est désormais, avec les autres pays de la région dont l’Algérie, sous la menace du retour d’une résonance presque tyrannique d’un mouvement sous couverture religieuse. L’Algérie, un des rares pays ayant résisté à l’onde de choc de 2011, est plus que jamais sous la menace d’un monstre baptisé Daech.

Si pour les Egyptiens, le 14 février 2015 fera date dans les annales des crimes de l’organisation terroriste dans ce le pays après la décapitation médiatisée via le net de 21 Coptes, pour les Algériens et les Tunisiens à l’Ouest de la Libye, l’annonce de l’arrivée des combattants de l’organisation à Syrte à quelques centaines de kilomètres des frontières des deux pays est sans aucun doute l’annonce de l’imminence d’incursions dont l’ampleur reste imprévisible.

N’ayant affiché, jusque-là que peu d’intérêt à ce qui se passe depuis au moins deux ans à l’autre bout du monde arabe, les populations maghrébines prennent désormais conscience -avec la dernière démonstration de force des djihadistes de Daech à l’aéroport de Syrte- du danger qui guette la quasi-totalité des Etats de la région.

L’Algérie, l’Egypte et la Tunisie sont sur une même ligne de front et condamnées à jumeler leurs efforts pour contrecarrer les desseins d’un ennemi commun, à en croire ce qui se dit en haut lieu. Certes, les objectifs de cet Etat terroriste fragmentaire dans la région restent aléatoires, mais les analystes s’accordent en tout cas à les qualifier de suffisamment prétentieux pour mettre en alerte aussi bien autorités que populations des pays concernés et même celles de la rive nord de la Méditerranée. Il est clair que la riposte préconisée jusque-là par les pays concernés n’épouse pas la même stratégie quant à la méthode bien qu’elle obéisse au seul objectif de stopper l’hydre.

Le va-t-en-guerre du régime du Caire « blessé » après l’exécution en Libye des 21 coptes, et les efforts du pouvoir d’Alger pour trouver un solution politique négociée entre toutes les parties impliquées dans le conflit ou encore les cris de détresse de Tunis font aussi face à des tentatives aux contours pour le moins que l’on puisse dire, imprécis des puissances occidentales dont certaines, représentées sur le terrain des combats, prennent le temps de jauger les rapports de force avant de décider des politiques à entreprendre.

Les pays de la rive Sud, et à leur tête l’Algérie pressés de mettre un terme aux menaces auxquelles est soumise toute la région s’appliquent activement, quant à eux, à trouver des solutions. Les dernières tractations entre leurs dirigeants semblent converger vers des efforts visant justement à annihiler les ambitions démesurées de la nébuleuse islamiste.

Les échanges de vues et les multiples va-et-vient d’émissaires de Abdelaziz Bouteflika et d’AbdelFettah Essissi, agrémentés, au passage, de signatures de protocoles d’accord dans différents domaines dont celui économique, ou encore la virée Etats-unienne de Béji Caïd Essebsi consacrant le statut tout à fait particulier de la Tunisie comme partenaire privilégié des Etats Unis dans la région, renseignent on ne peut mieux sur la prise de conscience de la nécessité de jumeler les actions pour venir à bout des ambitions démesurées de « l’Etat invisible ». Une entité contre laquelle Tripoli ne cesse d’appeler à « une mobilisation » générale.

Une mobilisation à laquelle l’Algérie a d’ores et déjà prêté une attention toute particulière d’autant que le pays est en butte à de sérieux problèmes au Sud avec la crise au Mali, un pays qui malgré l’accord conclu récemment à Alger continue d’être la cible de groupes djihadistes.

La revendication par Al-Qaida au Maghreb islamique (Aqmi) des deux derniers attentats ayant ciblé la force de l’Onu au Mali (la Minusma) en est en tout cas la preuve. Cela nonobstant une relative accalmie aux frontières Ouest dont le voisin chérifien ne fait pas du tout sienne la politique de l’apaisement.

Toutefois face à ces menaces, Alger a jusque-là affiché un stoïcisme exemplaire, à même de lui permettre d’être à l’avant-garde du combat contre ces fléaux.
Il est clair aussi que l’intérêt affiché pour le Maghreb par la nouvelle trouvaille des groupes islamistes, Daech, a trouvé le terrain approprié en Libye fragilisée par l’inexistence d’un pouvoir consensuel.

Pour en revenir au mouvement Daech, la prise de contrôle de l’organisation d’une bonne partie des territoires syriens et irakiens avec une « occupation » de zones pétrolifères dont certaines en exploitation semble avoir donné des envies au groupe. Seulement la complexité de la situation et l’entrée en lice dans la région de milices chiites aux côtés des armées régulières des deux pays et diamétralement opposées au mouvement d’Al-Baghdadi pourrait avoir quelque peu dissuadé Daech de se maintenir exclusivement dans cette seule région.

La Libye pays en crise depuis la chute du régime de Kadhafi s’est ainsi présentée comme une contrée vaste et riche à même de permettre une expansion du groupe avec des visées plus importantes vers le Sahara algérien.

La nébuleuse des combattants de l’Etat islamique est menée en Libye par un certain Abdelhakim Belhadj, sanguinaire ayant fait ses classes de djihadisme aux côtés du chef autoproclamé de Daech en Syrie et en Irak, Abou Bakr Al-Baghdadi, avant d’opérer un retour en terre libyenne où, profitant du chaos qui règne, il a réussi avec une mosaïque de terroristes aux origines diverses (du Maghreb, du Machrek et même du Caucase), à s’introduire puis à se maintenir et même à installer un califat prêtant allégeance à son mentor Al-Baghdadi. Parmi les objectifs de Belhadj : faire régner la tyrannie et plonger toute la région dans un climat de terreur. 

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