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Nationale

Le Père José Maria Cantal au Jeune Indépendant : «Il faut bâtir des ponts entre les peuples au lieu de les détruire»

Le Père José Maria Cantal au Jeune Indépendant :  «Il faut bâtir des ponts entre les peuples au lieu de les détruire»
Le Père José Maria Cantal.

À la veille de la visite d’Etat du Pape Léon XIV en Algérie, qui restera sans doute dans les annales, le père José Maria Cantal Rivas, qui compte plus de vingt ans de présence dans le pays, a accordé un entretien au Jeune Indépendant pour livrer quelques éléments d’éclairage sur cet événement capital, d’une portée internationale. Actuellement prêtre à Adrar, au cœur du Sahara, il nourrit un profond amour de l’Algérie et un engagement sincère en faveur du dialogue interreligieux et de la paix.

 

Entretien réalisé par Khalil Aouir


Le Jeune Indépendant : Après plus de vingt années passées en Algérie, quelle signification particulière revêt, à vos yeux, la visite du Pape Léon XIV demain ?

 

Le Père José Maria Cantal Rivas : La visite du Souverain pontife en Algérie s’impose effectivement comme un événement capital, d’une grande ampleur ; elle fait du pays un point central de l’actualité internationale. Le Pape Léon XIV est une personnalité qui prône la paix et qui s’intéresse énormément à l’Algérie, puisqu’il la place au cœur de ses préoccupations et de ses activités. Cette visite est bien plus significative qu’il n’y paraît. Elle offre évidemment des chances pour beaucoup. Afin d’y répondre, ce rendez-vous va bien au-delà de mon cadre personnel, étant donné qu’il revêt une importance bien plus grande, en somme.

Dans le même temps, il s’agit d’une visite d’Etat menée par le chef de l’Eglise catholique dans un pays où l’islam est religion d’Etat. Le fait que le chef de l’Etat algérien, Abdelmadjid Tebboune, l’accueille sur le tarmac de l’aéroport donne, d’emblée, une dimension officielle, institutionnelle à cette rencontre. Mais au-delà de ce cadre protocolaire, l’essentiel reste la rencontre humaine. Il s’agira non seulement d’institutions qui se rencontrent, mais surtout de personnes, des hommes et des femmes qui échangeront, dialogueront, coopéreront et partageront des projets communs.

A titre personnel, je ne sais pas exactement ce que le Pape Léon XIV dira, mais j’ai la ferme conviction que cette visite contribuera à faire évoluer les regards. Les frontières entre le Nord et le Sud, entre l’Est et l’Ouest devraient plutôt être tracées entre les artisans de paix et non les marchands de guerre, entre les amis, les défenseurs de la justice, ceux qui combattent l’injustice. Car, au fond, l’avenir nous montrera que ceux qui construisent des ponts deviennent des frères, à rebours de ceux qui les détruisent.

Je souhaite de tout mon cœur que cet événement soit le moment le plus marquant de la tournée du Pape en Afrique, comme prévu, et que l’Algérie puisse servir de miroir d’une coexistence pacifique entre les peuples et les différentes croyances.



Que représente spécifiquement, selon vous, la visite du Pape Léon XIV pour la communauté catholique en Algérie, pour ses fidèles présents dans le pays ?

Pour une petite communauté de quelques milliers de catholiques en Algérie, cette visite représente, au demeurant, l’accomplissement d’un rêve. Le fait que le Pape porte une attention particulière à une communauté aussi modeste est porteur d’un immense espoir. Cela nous apporte du courage et une joie profonde au sein de la communauté.

A l’occasion de la visite du Pape, je tiens à dire que l’on voit clairement que l’investissement est aussi bien financier que logistique, avec un important déploiement de moyens et de compétences de la part des autorités algériennes, et ce pas uniquement à Annaba. Et franchement, c’est absolument quelque chose de très fort. Une pléthore de professionnels algériens mobilisés dans les communications, les transports, les médias… tous pleinement investis pour garantir la réussite de cette visite d’Etat.


Vous êtes d’origine espagnole et très attaché à l’Algérie. Qu’est-ce que ce pays vous a apporté, humainement et spirituellement ?

Le vivre-ensemble en Algérie, pour moi, c’est d’abord le bonheur de se sentir accueilli comme un frère dans une famille. C’est pouvoir parler de ses souffrances à quelqu’un qui écoute avec respect et bienveillance. C’est aussi partager des moments simples, rire ensemble autour d’une tasse de thé, être invité au ftour et inviter à son tour. C’est agir concrètement côte à côte, planter des arbres, donner son sang à l’hôpital… accomplir des gestes utiles pour les autres.

Dans les faits, le vivre-ensemble en Algérie, c’est cette vie simple faite de solidarité et de partage, où des personnes, chrétiens et musulmans, côte à côte, choisissent de faire le bien ensemble.

J’ai vécu un témoignage fort et profondément touchant avec mon ami algérien Younès, quand il s’est rendu à La Mecque pour accomplir le pèlerinage. Il m’a envoyé une vidéo depuis la Ka’ba pour me dire qu’il pensait à moi et qu’il priait pour moi. Ce genre de geste montre à quel point le soutien spirituel entre les êtres humains est fondamental. C’est ainsi que peut se construire une fraternité authentique et durable.

Dans ce cadre, ce qui peut vraiment m’apporter du bonheur, c’est avant tout l’amitié. Se sentir aimé, pouvoir aimer à son tour, et contribuer au bonheur des autres donnent un sens profond à la vie. Etre attentif à ce que vivent les gens, essayer de les servir et de les accompagner, c’est aussi une source de joie. Recevoir de l’affection, partager des moments simples, construire des projets ensemble… tout cela nourrit des liens sincères. Dans le fond, ce sont ces relations humaines, faites de partage et de bienveillance, qui constituent, à mon sens, le véritable bonheur. L’amitié, tout simplement, est une grande richesse !


La Basilique Notre-Dame d’Afrique attire, en plus des fidèles catholiques et autres confessions chrétiennes, de nombreux musulmans. Que vous inspire cette réalité, à la lumière de l’inscription gravée sur ses murs : « N.D. d’Afrique, priez pour nous et pour les musulmans » ?

Pour moi, après avoir passé huit ans à Notre-Dame d’Afrique, cette devise « Priez pour nous et pour les musulmans » m’a profondément marqué. Elle m’a beaucoup touché, parce qu’elle exprime une vision selon laquelle on ne construit pas l’avenir uniquement par l’intermédiaire de projets culturels ou éducatifs, mais aussi en développant une véritable spiritualité de la fraternité. Nous avons besoin de nous soutenir spirituellement les uns les autres.


Saint Augustin est une grande figure à la fois spirituelle et intellectuelle, née en Algérie. Que représente-t-il aujourd’hui pour le dialogue entre les cultures et les religions ? Et, à l’occasion de cette visite, quel enseignement majeur de sa pensée vous semble particulièrement résonner ?

Je pense que chez saint Augustin, ce que l’on peut retenir, que l’on soit croyant, agnostique ou athée, c’est avant toute chose son honnêteté intellectuelle. Il a passé une bonne partie de sa vie à chercher la vérité, à se demander où son cœur pourrait trouver la paix.

Dans les Confessions (en latin Confessiones), il ne se contente pas de présenter une image idéalisée de lui-même. Bien au contraire, il évoque particulièrement ses erreurs, ses faiblesses et ses fautes avec une sincérité déconcertante. De mon point de vue, cette lucidité fait toute la force de son témoignage. Ce qui le caractérise profondément, et ce qui peut encore nous inspirer aujourd’hui, c’est cette quête intrinsèque et constante de la vérité. A l’évidence, il n’a jamais cessé de la chercher.

Au XXIe siècle, nous avons plus que jamais besoin de cet exemple, celui d’esprits intellectuellement honnêtes, en mesure de se remettre en question et de poursuivre, avec humilité, la recherche de la vérité.



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