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Le parti de Ghannouchi supprime la référence à l’islam politique

Le parti de Ghannouchi supprime la référence à l’islam politique

Le parti tunisien Ennahda opère sa mue. Après avoir incarné l’islamisme politique version tunisienne durant une trentaine d’années, le parti fondé par Rached Ghannouchi et Abdelfattah Morrou a décidé de « découpler » le politique du religieux pour devenir ainsi un parti « civil » qui ne fait pas de l’islam son socle doctrinal pour ses activités politiques.

En effet, après trois jours de congrès, au palais des sports de Radès, près de Tunis puis à Hammamet, à 60 km de la capitale, les quelque 1.200 délégués du mouvement, ont voté la spécialisation du parti dans la seule action politique loin du domaine religieux.

Les activités de prédication religieuse, telles que pratiqués par le mouvement jusque-là vont être détacher des prérogatives du parti pour être rattacher à un mouvement associatif indépendant d’Ennahda mais idéologiquement proche du parti.

Ainsi, Ennahda devient officiellement un parti « civil » qui « sort de l’islam politique pour entrer dans l’ère de la démocratie musulmane », comme l’a indiqué son chef Rached Ghannouchi dans un entretien au quotidien français Le Monde, avant-hier.
Cette mutation n’est pas la première dans les annales de l’islam politique.

Dès 1996, les partis islamistes algériens se sont délester de toute référence à la religion pour se conformer à la nouvelle constitution d’alors. En Turquie, devenu modèle de l’« islam démocratique », l’AKP est souvent présenté comme l’archétype du parti qui allie référence idéologique islamiste et pratiques démocratiques.

Pour Rached Ghannouchi, cette mutation s’inscrit dans l’ère du temps. Le pays vit actuellement en démocratie, fait-il valoir, souligant que « l’extrémisme laïc tout comme l’extrémisme religieux » sont désormais limités.

Dans un tel contexte, il lui semble essentiel de distinguer le politique du culturel : « nous voulons qu’un imam ne soit dirigeant, ni même membre à terme, d’aucun parti ». Une révolution dans le système de pensée de l’islam politique tunisien.

Dans l’esprit d’Ennahda, il est important de changer de statut pour préserver le fragile consensus national laborieusement trouvé et préservé jusqu’ici malgré la montée des périls à l’intérieur de la Tunisie comme dans son voisinage immédiat, la Libye.

L’attaque de Ben Guerdan a été un véritable signal d’alarme et un déclic pour une prise de conscience nationale.
Membre d’une coalition au pouvoir dirigé par le parti du président Béji Caïd Essebsi, Ennahda semble mesurer les enjeux politiques de cette cohabitation.

Cette participation gouvernementale est « dans l’intérêt du pays », a précisé Rached Ghannouchi. « On y fait l’apprentissage de la gestion d’intérêts divergents, surtout dans un pays comme le nôtre qui a connu pendant très longtemps le monopole de la décision politique.

On a donc besoin d’apprendre à coexister, à cohabiter avec la différence », a-t-il précisé. C’est sous le signe de la coexistence que le président tunisien et leader de Nidaa Tounes, Béji Caïd Essebsi a assisté à l’ouverture du congrès d’Ennahda.

En effet, « invité d’honneur » du congrès, le président Caïd Essebsi, dont le parti Nidaa Tounès avait mené une virulente bataille électorale en 2014 contre Ennahda avant de sceller une alliance, a souligné la portée de sa présence. « Je veux être franc avec vous, j’ai hésité à venir », a-t-il dit. Mais « je suis venu par considération pour les efforts de ce parti pour appuyer le consensus de réconciliation nationale », a-t-il assuré.

« Nous espérons que vous parviendrez pendant vos travaux à affirmer qu’Ennahda est devenu un parti civil tunisien sur le fond et sur la forme », a poursuivi le chef de l’Etat, saluant « l’évolution d’Ennahda sous la conduite de Rached Ghannouchi ».

Ennahda, devenu le premier parti de Tunisie en termes de représentation parlementaire (69 sièges sur 217 à l’Assemblée nationale), est de fait, le parti le plus influent du pays, bien que sa participation soit officiellement minimale (un seul ministre) au sein de la coalition gouvernementale, dominée par son adversaire d’hier devenu allié, le parti Nidaa Tounes.

Miné par ses divisions internes, ce dernier est loin d’opposer une colonne vertébrale et un corps de doctrine à la machine d’Ennahda, forgée trente années durant dans la clandestinité (1981-2011) avant d’être légalisée au lendemain de la révolution de 2011.

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