Le parcours décisif de Novembre: de Clos Salembier à Ighil Imoula – Le Jeune Indépendant
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Nationale

Le parcours décisif de Novembre: de Clos Salembier à Ighil Imoula

Le parcours décisif de Novembre: de Clos Salembier à Ighil Imoula
Les cerveaux du 1er Novembre 1954

Si le regretté Mostefa Lacheraf était encore de ce nom, il se serait fait un plaisir de remettre au goût du jour « Des noms et des lieux – Mémoire d’une Algérie oubliée » et de le remettre en perspective (Casbah éditions).

À huit mois du 60e anniversaire de l’indépendance, l’auteur d' »Algérie nation et société » aurait été ravi de revisiter les noms et les lieux qui avaient inspiré un pan important de sa réflexion. 67e anniversaire du déclenchement de la Révolution oblige, le dirigeant du mouvement national, le ministre de l’Éducation nationale (avril 1977-décembre 1978) avait remis en exergue quatre lieux, témoins — pour la postérité — d’autant de noms.

Du Clos-Salembier/El Madania à Ighil-Imoula en passant par la Pointe-Pescade/Raïs-Hamidou et Bab-El-Oued, Mustapha Lacheraf aurait fait valoir — à grands traits — un itinéraire marquant qui a mis le 1er novembre en ordre de marche. Ce parcours, qui appartient désormais à l’Histoire, est le témoin d’un marathon pas comme les autres, une course contre la montre qui, le temps de quatre petits mois, a mis la Révolution sur orbite.

Au commencement de ce parcours, le Clos-Salembier à deux pâtés de maisons du poète « melhoun » de la Révolution : Mohamed El Badji, le portraitiste de Boualem Rahal, alias El Moknine Ezzine, le plus jeune guillotiné de Serkadji et du temps colonial. Le 25 juin 1954, sur une idée de Didouche Mourad, le CRUA fonce, déterminé, vers le rupture révolutionnaire avec le fait colonial. « 22 » cadres du CRUA — pour la quasi-totalité activistes de l’OS (Organisation spéciale) — tiennent conclave au domicile de Lies Derriche. Si le CRUA avait convenu de la réunion, c’est Didouche qui, en oulid el houma — a soufflé le nom de Derriche.

L’idée du passage à l’acte est quasiment adjugée. Ni la crise du PPA-MTLD, ni les hésitations de certains activistes — désireux d’accorder un laps de réflexion à Messali — ne semblent avoir d’effets sur les « 22 » du Clos-Salembier. Plus rien ne sera comme avant. Tel est le refrain qui, à l’aube de l’été 1954, animent les « architectes de la Révolution » pour reprendre le titre du livre de Aissa Kechida.

Les « 22 » prennent date avec quelque chose qui n’a pas encore totalement mûri. Il le sera le 23 octobre 1954 dans la maison des frères Boukhechoura. Ça sera à la Pointe-Pescade/Rais Hamidou. C’est la deuxième étape : la plus cruciale et la plus décisive. À l’abri des regards, six hommes s’y retrouvent pour décider du passage à l’acte et décider du mode opératoire : fixer le jour « J », l’heure « H », arrêter la carte définitive de la Révolution — les 6 zones –, designer leurs chefs et rédiger le texte fondateur de la Révolution, plus connu sous l’appellation générique « d’appel du 1er novembre ». Au moment de lever la séance, Larbi Ben M’hidi, Mustapha Ben Boulaïd, Rabah Bitat, Mohamed Boudiaf, Belkacem Krim et Didouche Mourad se saluent avec le sentiment du devoir accompli. Tout ce qui était assigné au conclave de la Pointe-Pescade a été décidé.

À l’heure de s’éclipser de la maison des frères Boukechoura, les « 6 » conviennent d’un ultime acte à l’allure d idée un peu folle. Sur le chemin vers Alger et ses portes vers des destinations diverses, les « Six » passent par l’avenue de la Marne dans le secteur le plus sécurisé de Bab-El-Oued à un îlot de la caserne Pelessier (actuel siège de la DGSN). Les « 6 » s’engouffrent à l’intérieur d’un studio photo et posent pour le photographe qui ignore tout des motivations visuelles de ce groupe. Boudiaf et ses compagnons en sortent avec un cliché à la portée historique incontestable : ça sera le cliché fondateur de la Révolution. C’est l’étape 3 du parcours de la Révolution.

Épilogue de cette course contre la montre : le village d’Ighil Imoula. C’est là, sous la supervision, entre autres, de Ali Zamoum que le texte fondateur de la Révolution est ronéotype et imprimé en une multitude d’exemplaires pour être acheminés aux quatre coins du pays et distribués. C’est l’étape 4. La Révolution est en marche, bien en marche. Le 1er novembre 1954, les Algériens, se réveillent sur fond d’accents inédits : « Vous vous qui êtes appelés à nous juger ».

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