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Energies

Le nouveau carburant “sans plomb”: La bourde imposée à Sonatrach

Le nouveau carburant “sans plomb”: La bourde imposée à Sonatrach

Le recours au sans plomb pour toutes les voitures à essence en circulation en Algérie, présenté comme l’option miracle qui réduit les importations de carburant par ces temps de crise que vit le pays, cache en réalité un vice grave induit par une volonté populiste pénalisante pour le parc roulant national et pouvant conduire à davantage de pertes financière voire des drames routiers.

Cette généralisation obligatoire du carburant sans plomb sans consultation des concessionnaires et des constructeurs automobiles opérants en Algérie et sans la moindre solution de rechange est à l’évidence une action populiste qui va pénaliser les automobilistes et met dans l’embarras les fabricants du carburant dans les raffineries notamment les responsables et les ingénieux en pétrochimie, mettent en garde des experts.

Lors de l’annonce par l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH) du passage à l’essence unique, il n’a été évoqué, à aucun moment, la question de la qualité de ce carburant, produit à 91 octane au lieu de 95 (norme internationale), ce qui, de l’avis d’experts contactés par le Jeune Indépendant, le rend incompatible avec une grande partie des moteurs de véhicules circulant en Algérie.

La décision de recourir à ce “fuel” de mauvaise qualité, n’a pas été  « bien réfléchie », selon une source au sein du groupe Sonatrach préférant garder l’anonymat. La raison de cette décision est d’abord due au fait que les deux raffineries, de Hassi Messaoud et d’Adrar ne produisent pas le sans plomb 95 (SP95) .  Et pour stopper les importations, les responsables au sein de l’ARH ont décidé de baisser l’indice de 95 à 91 dans l’optique d’augmenter la production dans les autres raffineries, ensuite répondre aux besoins du marché local et par ailleurs satisfaire les décideurs politiques, mais tout en cachant les vices dans les indices d’octane.

Il convient de noter que plus l’indice d’octane, qui mesure la résistance à l’auto-inflammation, est élevé, plus la combustion est optimisée et plus le moteur est protégé.

De ce fait, au lieu de baisser l’indice d’octane, les responsables du secteur auraient dû combler ce déficit en qualité par ajout de produits additifs, disponible sur le marché mondial, souligne la même source.
«Les raffineries de Hassi Messaoud et d’Adrar produisaient il y a quelques années un carburant à 94 octanes, mais les responsables du secteur avaient abandonné le projet d’augmenter la qualité de la production», déplore la même , précisant que ces deux raffineries ne sont qu’à un point et demi ou deux points de la norme internationale.

Les spécificités fixées par l’ARH

Selon cet expert, le seul avantage de la baisse d’octane est de produire plus d’essence pour arrêter les importations de ce carburant qui, au final, ne représentait qu’une « très petite quantité », d’autant plus qu’après le démarrage de la raffinerie d’Alger, les besoins du marché en SP95 auraient été couverts.
Au cours d’une réunion qui a eu lieu entre la direction des carburants au ministère de l’énergie, de Sonatrach, de Naftal, et l’ARH le dossier a été discuté sans qu’aucune décision ne soit prise jusqu’à ce que l’ARH surprend tous ses partenaires par une directive en solitaire, sonnant comme un fait accompli à laquelle devrait se soumettre toutes les raffineries.
Le plus étonnant dans cette décision est que les hauts responsables des raffineries notamment le Vice Président chargé des activités du raffinage et de pétrochimie Batouche Boutouba, n’a pas jugé utile d’alerter l’ARH sur la mauvaise qualité de l’essence sans plomb qui sortira des raffineries.

La Mauritanie mieux que l’Algérie
Il convient de signaler que la consommation des essences en 2020 sur le marché national a atteint les 3,36 millions de tonnes, dont 1,33 million de tonnes d’essence sans plomb, selon les chiffres fournis par l’Autorité de régulation des hydrocarbures (ARH).

Les répercussions sur le parc automobile en Algérie vont se faire ressentir après deux ou trois mois, assure l’expert, et ce lorsque les stocks stratégiques en SP95 seront entièrement consommés.

« A l’heure actuelle, les stocks en essences au niveau national contiennent encore de l’essence sans plomb à indice 95, et son mélange avec celui à indice 91 permet de créer une sorte de valeur moyenne qui retarde les conséquences du SP91 sur les véhicules. Une fois les réserves de SP95 épuisées, beaucoup de problèmes de cliquetis seront constatés », tranche-t-il, rappelant que le parc automobile de l’Etat algérien, l’armée y compris, est constitué en grande partie de véhicules roulant à l’essence de type 95.

Il souligne également que l’essence produite actuellement en Algérie est de moindre qualité que celle de nombreux pays africains, y compris la Mauritanie qui, avec une petite raffinerie mise en service avec l’aide des Algériens, produit de l’essence à 92 octanes.

Plus clairement, cette décision de recourir à l’octane 91, censée régler un problème d’importation de carburant, va causer d’énormes dégâts y compris au parc roulant des entreprises publiques. Autrement dit, les inconvénients sont plus importants que les maigres avantages.

Seul le constructeur du véhicule peut déterminer l’exigence qualité en matière d’indice d’octane à utiliser, avertissant des retombées de ce choix décidé par le ministère de l’Energie et l’ARH, a estimé de son côté, un autre expert interrogé par le Jeune indépendant.

Contrairement aux affirmations du président de l’ARH, Rachid Nadil, selon lesquelles la généralisation de l’essence sans plomb « assurerait une meilleure longévité des véhicules », tous les experts internationaux sont unanimes et mettent en garde contre le passage à une norme inférieure d’indice d’octane dans le carburant.

Selon ces experts, l’utilisation d’un carburant avec un indice d’octane trop faible par rapport aux caractéristiques du moteur augmente considérablement le risque d’auto-enflammer ce dernier de manière spontanée lors de la compression dans le cylindre, causant l’accélération de l’usure du vilebrequin et de l’embiellage.

Il convient de signaler que la différence entre le sans plomb 95 (SP95) produit avant le 1er juillet et le SP91 généralisé actuellement réside dans leur composition. Bien que ces produits appartiennent tous deux à la famille des essences, ils n’utilisent pas les mêmes composants, ou tout du moins pas dans les mêmes proportions.

Le SP95, qui contient l’équivalent de 95% d’octane résistant à l’auto-inflammation et 5% d’heptane qui s’auto-enflamme facilement, est plus économique que le SP91, qui contient 91% d’octane et 8% 09% d’heptane.

Sonatrach a-t-elle transmis toutes les données aux hautes autorités du pays concernant ce dossier ou a-t-elle préféré faire croire qu’elle allait participer à la réduction des importations sans qu’il y ait de conséquences sur les citoyens.  En tout cas, elle se retrouve à fabriquer, à son corps défendant, de l’essence sans plomb de mauvaise qualité.

Pour rappel, la consommation de carburants (essence et gasoil) sur le marché national a baissé en 2020 par rapport à l’année 2019, passant de 14,41 millions de tonnes à 12,58 millions de tonnes.

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