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Nationale

Le mouvement universitaire gagne en maturité

Le mouvement universitaire gagne en maturité

C’est toujours la même détermination et la même mobilisation. Les étudiants ont poursuivi leurs actions de contestation pour le 18e mardi consécutif. Cependant, le mouvement commence à afficher des revendications hautement politiques qui dénotent de la diversité idéologique dans ses rangs. Depuis le 22 février les étudiants ne cessent d’adapter leurs revendications à l’évolution de la situation découlant du Hirak et des réactions des autorités aux appels au dialogue ou à la tenue d’une transition pour sortir le pays de la crise. Aujourd’hui, le mouvement se présente comme une force de proposition. Pour se faire il affiche ses visions et ses concepts pour l’avenir du pays. L’université a toujours représenté un pôle de propositions et de réflexions. C’est ainsi que les étudiants sont devenus la colonne vertébrale du Hirak en dépit des tentatives de l’infiltrer ou de le briser.

La manifestation de milliers d’étudiants a connu hier, depuis son point de départ à la place des Martyrs, un malentendu entre marcheurs brandissant de grands étendards portant le slogan « dawla badissya, nouvembaria » et ceux préfèrant ne pas afficher des orientations idéologiques, d’autant qu’il n’y a pas consensus sur certaines questions idéologiques et identitaires qui demeurent « clivantes ». A cela s’ajoute la répression tout au long de la manifestation par des forces de l’ordre qui traquaient les marcheurs brandissant un drapeau autre que l’emblème national.

Le bras de fer entre la police et les étudiants a duré et il en a résulté l’arrestation d’un manifestant au niveau de la rue Bab Azzoun. Entre-temps, un autre groupe veillait à préserver le caractère pacifique de la marche et tentait d’apaiser les esprits en scandant « wihda watanya makache djihawya » (Unité nationale, pas de régionalisme), « kbayli, 3arbi, khawa khawa » (kabyle, arabe nous sommes frères). Une manière de recadrer le mouvement et d’éviter la dérive qui montre le bout de son nez au sein de la corporation estudiantine. La tension semblait monter d’un cran, notamment à la rue Larbi-Ben M’hidi avant d’arriver à la place Emir

Abdelkader, où il y a eu des affrontements entre les étudiants et des groupes de personnes étrangères au monde universitaire. Ces dernières voulaient coûte que coûte semer le désordre. Malgré tous ces agissements visant à déstabiliser leur mouvement, les marcheurs gardaient leur sang-froid et continuaient à faire entendre leurs revendications loin de toute diversion. Des slogans allant dans ce sens ont été entonnés : « chaâb yourid qadha moustakil » (le peuple demande une justice indépendante), « chaâb yourid inha tazwir » (le peuple veut mettre fin à la fraude) » dawla madania machi 3askaria » (Etat civil, pas militaire) ou encore « ça y c’est bon chaâb président ».

Kamel, étudiant à Bab Ezzouar, nous souligne l’importance de l’unité des étudiants en ce moment critique pour faire face à toute tentative de division. Et de préconiser : « Nous devons être unis plus que jamais, car il y a eu des infiltrations dans notre mouvement, dont les desseins sont malsains ». « Nous avons assisté aujourd’hui à des dépassements anormaux dans la marche et nous en déduisons que la corporation estudiantine, qui a su maintenir la pression depuis le début du mouvement le 22 février, commence à déranger et on veut à tout prix entacher sa résistance pacifique et pugnace », estime-t-il.

Une accalmie avait gagné la foule pendant tout l’itinéraire de la rue Ben M’hidi, en passant par l’avenue Pasteur et le boulevard Khemisti , jusqu’à la limite du boulevard Colonel Amirouche. A ce niveau, les étudiants voulaient changer de tracé pour bifurquer sur la rue Hassiba-Ben Bouali, mais le dispositif sécuritaire, déployé devant la trémie, a interdit tout passage de la foule par cette artère. Une manière de contenir les marches dans Alger-centre et de les limiter à un certain périmètre bien déterminé.

Tout compte fait, les étudiants ont certes réussi à poursuivre la mobilisation sur le terrain, mais leur tergiversation sur la question de la structuration pour aller vers une rencontre nationale risque de compromettre la réalisation de leurs revendications.

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