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Nationale

Le mouvement étudiant gagne en «intelligence collective»

Le mouvement étudiant gagne en «intelligence collective»

Le mouvement étudiant a connu ce mardi à Alger une forte mobilisation, faisant de sa 28e marche une démonstration spectaculaire en termes de densité et de contestation. Les slogans de cette 28e édition sont « makach el’vot, walah mandirou, Bedoui bensalah, lazem ytirou, ida b’rssas habitou tirou, wallah mana habssine » (pas de vote, on ne va pas le faire, Bedoui et Bensalah doivent s’en aller, même si vous voulez utiliser des balles, nous ne nous arrêterons pas).

Très inspirés, les manifestant « s’auto-galvanisaient » en inventant de nouveaux slogans à même d’exprimer et de réitérer leurs revendications légitimes.

La manifestation a commencé de manière ordinaire. La foule s’est rassemblée à la place des Martyrs, point de départ où l’on organise un débat public sur les questions en rapport avec l’actualité politique nationale. Vers 10h30, les manifestants ont entonné l’hymne national et entamé leur marche en scandant d’emblée « makanche intikhabet m3a el3issabat » (pas d’élections avec les gangs), « makach hiwar, m3a el3issabat » (pas de dialogue avec les gangs), « dawla madanya machi 3askarya » (Etat civil pas militaire), « ya koudat, matkhafouch men toughet » (magistrats n’ayez pas peur des tyrans), « système dégage, l’étudiant s’engage ». La marée humaine, armée d’une forte détermination, poursuit la protestation au rythme de cette foultitude de slogans tout au long du tracé habituel, en traversant les rues Bab Azzoune, Ali-Boumenjel, jusqu’à la rue Larbi-Ben-M’hidi. Le nombre des manifestants augmentait à chaque pas. Arrivée devant la siège de l’Instance de dialogue, et malgré le dispositif sécuritaire renforcé aux abords, la marche retrouve un second souffle. La contestation s’amplifiait de plus belle : « makache hiwar m3a el3issabat » (pas de dialogue avec les gangs), « makach l’vot, walah mandirou…. », répétés à l’unisson, énergiquement et plusieurs fois. Un moment où la rue Larbi-Ben M’hidi, de bout en bout, était noire de monde. Jusque-là tout s’est passé normalement. Atteignant la place de Emir Abdelkader, la foule a subitement bifurqué sur la rue El Houass pour se diriger vers la rue Mostafa-Benboulaïd en clamant à tue-tête : « chaab yourid istikalal » (le peuple demande l’indépendance), « djazyer horra dimoucratya » ( Algérie libre et démocratique)…

Les étudiants ne ratent pas la reprise parlementaire

Ce changement d’itinéraire à mi-chemin, bien que spontané, n’était pas fortuit, car les contestataires visaient le siège de l’Assemblée populaire nationale (APN) en ce jour de reprise parlementaire. La plupart des accès étaient fermés par des dispositifs sécuritaires drastiques. Chose qui n’a pas pu dissuader les manifestants, usant de « la silmya, silmya ». Après plusieurs bousculades, ils ont fini par forcer les ceintures sécuritaires érigées à l’extrémité de la rue Mostafa-Benboulaïd et la rue Asselah-Hocine.

Ces scènes de délivrance des manifestants dans la rue impressionnent à coup sûr et nous rappellent la ferveur et l’enthousiasme de la 12e marche étudiante organisée le 14 mai dernier. La marée humaine grandissante et incontrôlable s’est répandue au galop à travers la rue Asselah et lançait à l’adresse de la wilaya d’Alger le fameux slogan du mouvement populaire du 22 février « Klitou labled ya serakine » (nous avez pillé le pays, voleurs), suivi de « dawla madanya machi 3askarya » (Etat civil pas militaire). Il était 12h 8 minutes quand le cortège a tourné à gauche vers la rue Belarbi-Saïd débouchant sur le boulevard Zighout-Youcef.

Devant l’hémicycle Zighout-Youcef, « le dégagime » a atteint son summum et s’entremêlait aux applaudissements stridents et les youyous des femmes, fortement présentes en ce 28e mardi. Les contestataires en avaient gros sur le cœur, clamaient sans arrêt : « FLN dégage », « klitou labled ya serakine », « makache l’vot wallah mandirou… », « barlamane khawana, barlamane chiyatine » (Parlement des traîtres, Parlement de lèche-bottes), « yahna yantouma maranach habssine » (soit nous ou vous, nous n’allons pas nous arrêter), « sahafa horra, 3adala moustakila » ( presse libre et justice indépendante).

À propos de ce changement de circuit inattendu, Abdou, un des coordinateurs des marches hebdomadaires et étudiant à l’université de Bab Ezzouar, nous a indiqué que cela est l’initiative de « l’intelligence collective ». « C’est le peuple qui décide de l’itinéraire, nous ne l’avons pas prévu au début de notre marche. Cette sortie est bel et bien l’initiative de l’intelligence collective » assène-t-il. Après cette « démonstration de force », les contestataires continuaient à battre le pavé vers le boulevard Colonel Amirouche, puis la rue Ferroukhi, en passant par la rue Didouche-Mourad jusqu’à la Grande poste. Sur l’éventualité de convoquer le corps électoral le semaine prochaine, Ranya, étudiante à l’ENSPT, nous a déclaré : « Les étudiants sont résolus à faire aboutir leur révolution. Nous sommes sortis pour le 28e mardi pour réclamer le départ du système et aller vers un changement radical. Organiser les élections dans les conditions actuelles ne pourrait que conduire à la régénération du système contesté, donc nous sommes contre une telle suggestion ». Le mouvement étudiant, faut-il le signaler, reprend également dans plusieurs wilayas, notamment Tizi Ouzou, Béjaïa, Boumerdès…

Autant dire que le mouvement, qui a su contourner avec succès plusieurs embûches tels que la canicule, le ramadhan, l’Aïd et les vacances estivales, promet prochainement une mobilisation massive après l’ouvertures des campus.

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