-- -- -- / -- -- --
Sports

Le mouloudia d’Alger: “100 ans de football”, de Mahdi Boukhalfa et Said Selhani

Le mouloudia d’Alger: “100 ans de football”, de Mahdi Boukhalfa et Said Selhani

‘’Mouloudia Club d’Alger’’ ‘Cent ans de football-La Phase historique) est le dernier des ouvrages, édité par El Othmania, écrits sur Doyen des clubs algériens ; sinon des clubs musulmans à l’époque coloniale, par deux amoureux de littérature et de sport. Said Selhani et Mahdi Boukhalfa, auteurs de nombreux ouvrages, le premier sur le sport, le second sur l’histoire et les grands événements contemporains. ‘’Tout sur la JSK’’ et ‘’Mama binette’’ sont leurs dernières réalisations.

L’idée de réaliser un livre sur l’histoire de la création du premier club musulman à l’époque coloniale, au sortir de la première grande guerre était liée au centenaire du club, qui devait souffler au mois d’août 2021 sa centième bougie. L’aventure était tentante pour les deux amis et confrères, journalistes de l’Agence algérienne d’information ‘’APS’’.

L’ouvrage, qui sera suivi d’un deuxième tome consacré au palmarès du MCA, aborde en particulier les grands moments historiques des ‘’vert et rouge’’, notamment la difficile naissance administrative du club, son accession en division d’honneur, et son aura sportive et militante sur le ‘’peuple’’ de la Casbah d’abord, sur tout le centre du pays ensuite. Said Selhani et Mahdi Boukhalfa reviennent tout simplement sur l’Histoire du club, depuis sa naissance en 1921 jusqu’à son retrait en mars 1956 de toutes les compétitions sportives, le club étant Omnisport avec plusieurs sections, sur ordre du FLN.

Un livre passionnant, qui retrace l’évolution du MCA par rapport aux événements politiques internes de son époque, comme les manifestations du 8 mai 1945, la terrible répression sur les manifestants algériens, et l’abandon, après ces événements dramatiques, de l’exigence de l’administration coloniale que les clubs musulmans devaient incorporer trois joueurs et un administrateur européens.

Riche en informations inédites sur le Doyen, l’ouvrage revient, après l’indépendance, sur les grands succès du Mouloudia, le sommet de l’Afrique avec la coupe des clubs champions, le match historique contre le Real Madrid, et …la réforme sportive, qui coïncide avec la fin brutale d’une époque de rêve. Un livre à lire d’un trait, comme on déguste un thé à la menthe en écoutant un des dirigeants historiques et emblématiques du Mouloudia, Arezki Chaib, alias Hadj M’rizek, chanter ‘’El Kahwa ou Latey’’, sinon la célèbre chanson ‘’Celui qui veut faire du sport..’’

Extraits :

Plonger dans la grande aventure littéraire, celle d’écrire un livre sur le Doyen des clubs algériens de football, nous est venu, moi et mon ami Said Selhani, journaliste sportif au long cours et auteur de plusieurs ouvrages sur le sport algérien, après une rencontre dans la banlieue algéroise.

C’était au début du printemps 2021, juste avant le ramadhan ; une rencontre très conviviale dans un petit café écrasé par des cités tentaculaires, dans les entrailles de ces ensembles urbains qui étouffent Alger, et lui donnent un aspect austère. A la ‘’Big brother’’.

Le sujet n’était pas le sport, loin s’en faut, mais l’état déplorable dans lequel se complait l’univers de l’édition en Algérie. Après une longue et épique carrière de journalistes agenciers, lui dans le domaine sportif, moi dans les informations internationales, on déplorait le manque d’opportunités pour les nouveaux auteurs de publier leurs manuscrits dans leur pays.

Deux semaines après, Saïd Selhani m’appelle au sujet de mon nouvel ouvrage (La Cantera, il était une fois Bab El Oued ), et, au cours de la discussion, il évoque les festivités du centenaire du Mouloudia d’Alger. Comme il est au courant de mes tendances mouloudéennes, et après m’avoir dédicacé son excellent livre ‘’Tout sur la JSK’’, il me propose alors d’écrire un ouvrage sur le Mouloudia.

‘’Tu es fan du MCA ; alors, pourquoi tu n’écris pas quelque chose sur le club, d’autant que son centenaire est pour le mois d’août prochain’’, me dit-il au téléphone. Sur le coup, l’idée me paraissait intéressante, d’autant que j’avais quelques mois auparavant, au plus fort de ma convalescence de la Covid-19, gribouillé quelques notes pour revenir sur deux événements ulcérant qui avaient frappé, sinon assommé par une grande injustice le Mouloudia d’Alger: sa rétrogradation durant la saison 1964-1965 après les incidents déplorables ayant émaillé la fin du match contre le MCO au stade municipal (20 Août 1955), et la carrière brisée de joueurs du club comme on n’en fait plus aujourd’hui, après l’introduction de la réforme sportive en 1977.

Une année durant laquelle le Doyen des clubs algérien était à son apogée lorsqu’il a réalisé un triplé historique : Champion d’Afrique des clubs champions, champion d’Algérie et vainqueur de la coupe d’Algérie.Jusqu’à aujourd’hui, aucun club algérien n’a égalé une telle performance.

C’était dur, absolument désespérant de voir ces Bachi, Draoui, Betrouni, Bachta, Kaoua and Co raccrocher les crampons à…28 ans. A moins de jouer en seconde division, ce que fera Bétrouni. Ce héros oublié d’une certaine soirée, le 6 septembre 1975, lorsqu’il a ramené l’Algérie de l’enfer, qui est ensuite parvenue à remporter un match historique en finale des Jeux Méditerranéens de 1975.

Il s’agit en l’espèce de l’écriture de l’histoire d’un club dont les origines remontent aux années 1920, une époque triste et difficile pour les Algériens, celle de la préparation de la célébration des festivités du centenaire de la colonisation française du pays.

Said Selhani est un homme qu’on écoute ‘’religieusement’’, à qui on ne peut rien refuser, d’autant qu’il a des arguments professionnels et ‘’tactiques’’ qui rendent la partie aisée, et donc le projet d’écriture d’un livre sur le doyen des clubs de football algériens dont les statuts n’obéissent pas à la loi de 1901 sur les associations, est acté ; c’est celui que vous avez entre les mains.

Autant pour nettoyer, sinon aérer l’histoire du club des scories qui brouillent son éclat auprès des sportifs et amoureux de la balle ronde, auprès des historiens du football en particulier et du sport en général, que pour ajouter une nouvelle œuvre à la déjà très riche littérature sportive algérienne.

Naissance d’une étoile
1921-2021 : Cent ans de football ! Cent ans de pratique de la plus populaire discipline sportive que l’homme a inventée, et qu’il vénère presque comme une déesse depuis la fin du 19eme siècle. C’est le premier grand palmarès du Doyen des clubs algériens, le Mouloudia Club Algérois, qui a soufflé au mois d’août 2021 sa première bougie centenaire.

Tous les grands clubs ont une histoire. Belle, fantastique et originale. Un projet social et sportif étant ses grands objectifs. Mais, celle du Mouloudia Club Algérois, est tout autre. Elle mérite d’être racontée, et rapportée à son temps, aux évolutions politiques, sociales, culturelles d’un Alger bien ésotérique des années 1920.

Rares ont été, au début de ces années-là, au sortir de la terrible première guerre mondiale, qui a redessiné la carte géopolitique dans le monde, en particulier en Europe, mais également au Moyen Orient, les clubs dont la naissance et la fondation sont attribuées à un objectif politique, idéologique.

Le MCA fait partie de ces rares clubs nés dans les premières décennies du 20eme siècle pour revendiquer une différence sociale, politique, religieuse face à un système colonial totalitaire. Même si, auparavant, entre la fin du 19eme siècle et le début du 20eme siècle, il y avait la mythique Avant-garde, premier grand club et creuset du sport et du nationalisme algériens.

Le MCA est le produit culturel, politique, militant, idéologique d’une conviction solide d’un jeune, d’une bande de jeunes, qui avaient mal accepté que l’on se moque des ‘’Arabes’’, des ‘’Indigènes’’. On pourrait même dire que le doyen des clubs musulmans est né d’un fait banal, comme ils en existaient des milliers d’autres durant la longue nuit coloniale : les injures et les brimades contre la population algérienne ; les ‘’Yaouleds’’, ‘’les Fatma’’, les ‘’indigènes’’,…

Le MCA en 1936

C’est pourtant à dix années près avant la célébration du centenaire de la colonisation française de l’Algérie que le club de football cher aux Casbaouis, aux Algériens, va naître. Comme une sorte de pied de nez magistral et moqueur aux desseins coloniaux de la France, à une administration française fermée aux projets sportifs, culturels, sociaux des Algériens.

Cette administration coloniale qui faisait tout pour empêcher les ‘’indigènes’’ d’avoir leurs associations culturelles, leurs clubs de football, de construire leur identité, de créer des cercles et des partis politiques en dehors de la loi du 1er juillet 1901 .
Le MCA sera la création de jeunes amoureux du football et fiers de leurs origines, qui vont alors braver les ‘’interdits’’ dressés par la préfecture d’Alger pour mettre sur pied leur rêve : un club de football . Et, dans le ciel de la Casbah d’Alger, en cette chaude journée du 31 août 1921, une étoile était née.

C’est le début de la grande histoire, la belle aventure étoilée d’un futur grand club de football, celui des ‘’indigènes’’ et des ‘’Arabes’’ en cette année 1921 où les Nations impliquées dans la grande guerre comptaient encore leurs morts, les dégâts d’un conflit monstrueux, sanctionné par des millions de morts ; et calculaient les réparations que l’Allemagne devait payer ‘’rubis sur l’ongle’’ aux vainqueurs.

Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email