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Le monde salue un moment historique

Le monde salue un moment historique

Au lendemain de l’annonce jeudi en Suisse des « paramètres » de cet accord-cadre historique âprement négocié depuis 18 mois, l’Iran et les grandes puissances devront désormais se pencher sur le règlement des difficiles détails techniques en vue de parvenir à un accord définitif avant la date butoir du 30 juin.

Malgré cette entente, la confiance est loin d’être établie, les Occidentaux avertissant que tout pourrait être remis en cause en cas de non-respect des termes par Téhéran. Reste qu’elle constitue une percée majeure dans une crise de douze ans avec la communauté internationale.

Selon l’accord-cadre, l’Iran a accepté de réduire considérablement le nombre de ses centrifugeuses, les machines servant à transformer l’uranium qui, enrichi à 90%, sert à la fabrication d’une bombe. Téhéran a aussi accepté de ne plus enrichir d’uranium pendant au moins 15 ans dans le site de Fordo.

Sur la très délicate question de la levée des sanctions, l’accord prévoit que les mesures unilatérales américaines et européennes seront suspendues dès que le respect de ses engagements par l’Iran aura été certifié par l’Agence internationale de l’Energie atomique. Elles seront rétablies si l’accord n’est pas appliqué.
Aucune indication n’a été donnée sur la date de la reprise des négociations pour la rédaction de l’accord définitif.

« L’écriture d’un accord final doit commencer immédiatement, pour être terminée d’ici le 30 juin », a dit cependant le président iranien Hassan Rohani, juste après l’annonce de l’accord-cadre.
En Iran, c’est une ambiance de fête. L’annonce de l’accord a été accueillie dans la nuit par des scènes de liesse à Téhéran et un concert de klaxons. Des piétons ont chanté et dansé en faisant le V de la victoire et agitant des mouchoirs blancs.

« Maintenant on va pouvoir vivre normalement comme le reste du monde », a lancé Davoud Ghafari, en espérant une levée des sanctions internationales qui asphyxient l’Iran depuis des années.

« Le public a prouvé qu’il comprenait la différence entre les traîtres et ceux qui sont au service » de la nation, a dit hier Saeidollah Allahbedashti, un proche du président Rohani, en allusion à certains responsables conservateurs qui dénoncent des concessions trop importantes à l’Occident. Le président des Etats-Unis a été le premier dirigeant à s’exprimer quelques minutes après l’annonce de l’accord de Lausanne : « Je suis convaincu que si cet accord-cadre mène à un accord total et définitif, notre pays, nos alliés et le monde seront plus en sécurité ».

L’Iran sera « plus inspecté que n’importe quel autre pays dans le monde », a-t-il ajouté, mettant en garde Téhéran : « Si l’Iran triche, le monde le saura. Si nous voyons quelque chose de louche, nous mènerons des inspections ». A cette occasion, Barack Obama n’a pas manqué d’étaler en public ses divergences avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu à propos de cette question iranienne.

Présent à Lausanne, le secrétaire d’Etat John Kerry a commenté : « Demander simplement à l’Iran de capituler, ça sonne bien, mais ce n’est pas une politique ».

L’accord a mis un terme à un « cercle vicieux qui n’était dans l’intérêt de personne », a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif. Les négociations de Lausanne ont démontré, selon lui, qu’un « vrai dialogue » pouvait « résoudre les problèmes, ouvrir de nouveaux horizons ».

Reste que la méfiance réciproque demeure intact, iraniens et américains étant suspicieux les uns envers les autres. D’ailleurs, l’expert Alireza Nader, du centre d’études Rand Corporation, ne croit pas non plus à une réconciliation.

« L’establishment en Iran ne veut pas de liens normaux avec les Etats-Unis. Le président Rohani et son gouvernement veulent peut-être des relations diplomatiques mais le guide suprême et ses partisans y voient quelque chose contraire à leurs intérêts », explique-t-il. Mais cela n’empêche pas d’« explorer des zones de coopération discrète », note-t-il.

Depuis des mois en effet, Américains et Iraniens ont élargi leurs pourparlers sur le nucléaire à la lutte contre le groupe Etat islamique en Irak et en Syrie.

John Kerry avait même reconnu en février que Washington et la puissance chiite avaient un « intérêt commun » à combattre l’organisation ultra-radicale sunnite. Et même si les Etats-Unis nient toute « coordination militaire » avec l’Iran contre l’EI, ils ont été de facto alliés dans la bataille de Tikrit, dans le nord de l’Irak.

Les mécontents de cet accord-cadre demeurent, eux, nombreux. Israéliens, Turcs, mais surtout Saoudiens, tous craignent qu’un éventuel rapprochement entre Téhéran et Washington débouche sur la consécration de la puissance iranienne dans la région à leur détriment. D’où l’agression saoudienne contre le Yémen présentée comme préventive contre l’influence iranienne dans la péninsule arabique. 

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