Le leader du Sahel : l’Algérie aux commandes de la paix africaine
En prenant la tête du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine dès le 1er août, l’Algérie ins insuffle une impulsion décisive à la diplomatie continentale. Axé sur la prévention, la défense du Processus d’Oran et la sanctuarisation des solutions africaines, ce mandat de premier plan consacre la vision algérienne d’une sécurité partagée face aux tumultes géopolitiques du moment.
À compter du 1er août prochain, l’Algérie assurera la présidence du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine (UA), dans un contexte marqué par la multiplication des foyers de tension sur le continent. Pour le politologue Idriss Attia, cette responsabilité offre à Alger l’occasion d’insuffler une nouvelle dynamique à la gouvernance sécuritaire africaine, fondée sur la diplomatie préventive, le renforcement de la coordination entre les institutions continentales et le principe des « solutions africaines aux problèmes africains ».
En reprenant les rênes de cet organe décisionnel majeur au cours de son mandat (2025-2028), Alger entend capitaliser sur ce mois de présidence pour faire progresser, avec fermeté, les dossiers majeurs de l’agenda africain. Sous la conduite du président Abdelmadjid Tebboune, ce mandat incarne une doctrine éprouvée, fondée sur le règlement pacifique des différends et le refus de toute ingérence, sous la bannière des « solutions africaines aux problèmes africains ».
Contacté par le Jeune Indépendant, le politologue et professeur en relations internationales Idriss Attia estime que ce déploiement diplomatique constitue, incontestablement, un tournant majeur pour la gouvernance sécuritaire du continent.
Dès le début des travaux, la diplomatie algérienne entend frapper un grand coup en plaçant l’humain et l’avenir du continent au cœur des débats. La session inaugurale sera, en effet, consacrée à la protection de l’éducation en zone de guerre. Faire en sorte que l’école ne devienne pas une victime collatérale des armes, c’est ériger un rempart pour l’avenir contre la terreur et le chaos.
Mais la présidence algérienne s’attaque également aux principaux foyers de crise du moment. Le CPS se penchera en urgence sur les situations complexes du Sahel et du Soudan du Sud, deux théâtres de crise où l’Algérie entend insuffler une dynamique de médiation et favoriser une sortie durable des conflits.
C’est tout le sens des trois chantiers de concertation ouverts entre le CPS, le Parlement panafricain (PAP), la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP) et la Plate-forme africaine de gouvernance (AGA-APSA). Mais le véritable bras opérationnel de cette architecture résidera dans la réunion d’alignement au sommet regroupant les principales structures sécuritaires du continent, à travers le Centre africain d’études et de recherche sur le terrorisme (AUCTC/CAERT) et AFRIPOL, deux institutions installées à Alger, épaulées par le Comité des services de renseignement et de sécurité d’Afrique (CISSA) et le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs (MAEP).
Commentant cette orientation, le politologue Idriss Attia affirme que « l’activation de la diplomatie préventive exige de passer d’un modèle de gestion des crises a posteriori à un mode de réponse précoce ». Selon lui, cette évolution doit passer par l’activation de l’outil d’évaluation des menaces et de cartographie des risques proposé par l’Algérie, afin de « traduire les données sécuritaires et de renseignement issues des mécanismes continentaux en décisions politiques proactives avant le déclenchement des conflits ».
Le politologue préconise également de « revitaliser et renforcer le rôle du Groupe des sages et des envoyés spéciaux de l’Union africaine pour une intervention précoce lors des phases de tensions politiques et de compétitions électorales aiguës », tout en établissant « un lien indissociable entre sécurité, développement, gouvernance et protection des droits fondamentaux, tels que le droit à l’éducation et la sécurité hydrique, afin de prévenir les terreaux fertiles à l’extrémisme et à la violence ».
Par ailleurs, l’Algérie déploiera une mission de terrain en République du Soudan, réaffirmant ainsi l’impératif humanitaire de renforcer le rôle de l’Union africaine auprès de cette nation sœur. Alimenté par la prolifération des milices locales, ce conflit armé a atteint une gravité extrême, provoquant ce que l’ONU qualifie aujourd’hui de l’une des pires crises humanitaires et de déplacement de populations au monde.
Le Pr Idriss Attia souligne, à ce propos, la portée de cette démarche en expliquant que « les missions de terrain dépassent la diplomatie traditionnelle en apportant une efficacité directe sur le terrain ». Selon lui, cette présence permet d’« évaluer la situation politique et humanitaire sans se fier exclusivement aux rapports ou aux intermédiaires, offrant ainsi au Conseil une meilleure capacité à mesurer avec précision les besoins humanitaires et politiques ».
Il ajoute que cette initiative contribue à « réaffirmer le principe des solutions africaines aux problèmes africains et à éviter que le dossier soudanais ne soit totalement entraîné dans les rivalités internationales et régionales susceptibles de prolonger le conflit », tout en aidant à « établir des canaux de communication directs avec l’ensemble des acteurs locaux et internationaux afin de favoriser les dynamiques de cessez-le-feu et de préparer la voie à la reprise d’un dialogue politique global ».
De surcroît, l’ambition algérienne vise à renforcer la place de l’Afrique dans le concert des nations à travers le réexamen de l’initiative « Faire taire les armes » et l’organisation du grand briefing trimestriel du Groupe A3 devant le CPS. En réactivant le Processus d’Oran de 2013, l’objectif est de faire converger les positions des trois représentants africains au Conseil de sécurité de l’ONU afin de porter une voix continentale influente à New York.
Analysant ce mécanisme, Idriss Attia soutient que « la force de la voix africaine réside dans la création de passerelles institutionnelles entre Addis-Abeba et New York ». Il précise que « le Processus d’Oran constitue le socle stratégique de l’harmonisation de la position africaine unifiée, tandis que le briefing trimestriel devant le Conseil de paix et de sécurité sert d’mécanisme d’orientation politique continue, traçant la feuille de route directe du Groupe A3 au sein du Conseil de sécurité de l’ONU ».
Pour l’universitaire, cette cohésion consiste à « formuler une position de négociation cohérente qui empêche les tentatives extérieures de division des positions africaines », tout en permettant de « mettre à profit cette coordination étroite pour appliquer la résolution 2719 du Conseil de sécurité des Nations unies concernant le financement des opérations de maintien de la paix dirigées par l’Union africaine à partir des contributions obligatoires de l’ONU ».
Du reste, le Pr Idriss Attia insiste sur la nécessité d’« intégrer les dimensions des cybermenaces et de l’intelligence artificielle dans l’architecture de sécurité continentale, en phase avec les mutations technologiques de l’Afrique ».
Autre point important : le politologue est d’avis qu’il est indispensable de « renforcer l’intégration entre consolidation de la paix et gouvernance » en établissant « des liaisons politiques et opérationnelles entre les différentes structures de l’Union africaine, notamment le partenariat entre le CPS, le PAP et le Mécanisme africain d’évaluation par les pairs, afin de créer un environnement de gouvernance institutionnelle capable de prévenir les coups d’Etat et les instabilités politiques ».