Le jour où l’Algérie a brisé ses chaînes
Événement fondateur de l’Algérie contemporaine, le 5 juillet incarne la résurrection d’un peuple après 132 ans d’une nuit coloniale féroce. Soixante-quatre ans plus tard, alors que le pays commémore ce triomphe arraché au prix du sang, le devoir de mémoire s’impose plus que jamais comme le socle inébranlable de la Nation. C’est aussi un hommage solennel aux martyrs de la Nation et rappelle que la liberté, conquise au prix du sang, constitue un héritage sacré à préserver et à transmettre aux générations futures.
L’invasion française avait débuté par un débarquement massif sur les côtes à l’ouest d’Alger, précisément sur la plage de Sidi Fredj. Là, 37 000 soldats répartis dans 675 bâtiments allaient engager une sale guerre d’occupation et de peuplement. Usant systématiquement de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, l’occupant a fait subir au peuple algérien les pires atrocités : enfumades, exil des résistants vers la Nouvelle-Calédonie et Cayenne, massacres de masse, oppressions, brimades, humiliations quotidiennes, torture institutionnalisée à grande échelle et bombardements au napalm des populations civiles.
En plus du sacrifice d’un million et demi de Chouhada durant la Révolution armée de 1954-1962, près de 6 millions d’Algériens ont été fauchés tout au long du long cauchemar colonial qui s’est étalé de 1830 à 1954. L’Armée française a ainsi perpétré un véritable génocide, que le peuple algérien et les générations futures ne sauraient oublier.
La marche irréversible vers la souveraineté
Le processus d’indépendance s’est accéléré au lendemain du 18 mars 1962, date historique de la signature des accords d’Évian. Le cessez-le-feu, proclamé le lendemain 19 mars, fut le prélude indispensable au dénouement du 5 juillet.
Il aura fallu près de quatre mois de transition pour que l’Algérie accède pleinement à sa liberté. L’Exécutif provisoire s’est installé dès avril 1962 à Rocher Noir (l’actuelle Boumerdès), ouvrant la voie au référendum d’autodétermination du 1er juillet 1962. Le verdict des urnes fut sans appel : un score magistral de 99,7 % en faveur de l’indépendance, officiellement proclamée le 5 juillet 1962.
À cette date mémorable, le peuple algérien, unanime, s’est déversé dans les rues du pays tout entier pour célébrer sa délivrance. Une ferveur extraordinaire a gagné chaque ville et chaque village. Ces scènes de joie intense constituaient une démonstration éclatante du soutien indéfectible de la population envers le FLN et l’ALN, qui avaient mené une lutte héroïque au prix d’un sacrifice sanglant contre l’une des armées les plus puissantes du monde — alors épaulée dans sa besogne criminelle par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN).
« Tahia el Djezaïr ! » : Le cri d’une nation ressuscitée, résonnant du Nord au Sud, alors que le drapeau national flottait enfin sur un pays souverain.
Ce 5 juillet 1962, le drapeau algérien a enfin flotté sur tous les édifices publics et privés, sur le toit des voitures et des autobus. Il était fièrement brandi par des millions d’Algériennes et d’Algériens qui l’ont porté à bout de bras, tout au long du jour et de la nuit. Hommes, femmes et enfants ont défilé ensemble sous les couleurs de l’emblème vert et blanc, frappé de l’étoile et du croissant rouge, en scandant d’une seule voix : « Tahia el Djezaïr ! » (Vive l’Algérie).
De mémoire d’Algériens, jamais une telle intensité de bonheur n’avait été ressentie. La joie de l’indépendance demeurera à jamais indescriptible. En ce jour de liesse universelle où l’Algérie chantait et dansait dans les rues, le rêve de liberté tant caressé par les ancêtres devenait enfin une réalité officielle et éternelle.