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Nationale

Le héros revient cette semaine

Le héros revient cette semaine

Qui se souvient de Boumediène ?

La question paraît insolente, bien entendu, mais il faut avouer que le Président qui a marqué les premières années de l’indépendance de l’Algérie a été un peu oublié ces derniers temps.

Or, l’anniversaire de sa disparition coïncide cette année avec le décès de Hocine Aït Ahmed, un autre symbole de l’épopée révolutionnaire algérienne, qui a terminé ses jours en exil. Le départ des derniers héros de la Guerre de Libération autorisera-t-il enfin l’écriture apaisée de l’histoire de l’Algérie ?

Le 27 décembre 1978 il rend son dernier souffle. Le destin de l´Algérie bascule, une fois de plus. Le président Boumediène décède. Ce fut véritablement un choc bien que l´opinion fût préparée à cette douloureuse issue.

Qui était Houari Boumediène qui fascine tant les jeunes et les moins jeunes ? Certains retiennent le fameux « Qararna ta´emime el mahroukate » : « Nous avons décidé la nationalisation des hydrocarbures ».

Faute de biographes crédibles, le Jeune Indépendant, fidèle à sa ligne « nationaliste et novembriste », n’hésite pas à recourir à un émouvant hommage à Mohamed Boukharrouba, rendu par le Pr Chems Eddine Chitour, universitaire et témoin du parcours d’un chef d’Etat qui a marqué le 20e siècle. « Par cette phrase, Boumediène annonçait à la face du monde que l´Algérie tenait en main son destin énergétique.

Est-ce ce leader qui, pour la première fois, à la tribune des Nations unies, militait pour un Nouvel ordre économique international plus juste, où les matières premières seraient payées à un prix juste ? Mohammed Boukharouba, qui prendra le nom de Houari Boumediène, a vu le jour à Aïn Hasseïnia, près de Guelma le 23 août 1932.

Né dans une famille de paysans pauvres, il symbolise par sa naissance la pluralité de l´Algérie dans sa double composante identitaire : son père était arabophone et sa mère berbérophone. Il incarnait ainsi, vraiment, l´Algérie dans sa diversité.

Il a passé son enfance, en effet, parmi les fellahs dont il a conservé la rusticité », écrit Chems Eddine dans une contribution en 2007. En 2015, peut-on reprendre des propos, des témoignages, des remémorations d’il y a 8, 10, 15 ou 20 ans ? Absolument.

D’aucuns diront qu’il n’y a plus rien à ajouter. Tout a été dit, fait, apprécié et aimé le 27 décembre 1978. « Houari Boumediène était en avance sur son temps. Il avait le charisme d’un grand chef d’Etat. Les puissants de ce monde le respectaient.

Même le roi Hassan 2 ne disait que du bien de cet homme hors pair », souligne un ancien ministre, qui a eu à côtoyer celui que la presse française appelait péjorativement « Boum ». Envers la France, il n’était pas tendre. C’était toujours le pays de ceux qui ont colonisé l’Algérie où de pires sévices ont été commis sur le peuple durant 132 ans.

Une admiration pour De Gaulle

Pourtant il ne cachait pas son admiration pour le général De Gaulle. « Boumediène avait de l´admiration pour de Gaulle, ce visionnaire, rénovateur de la politique arabe de la France. Il a publiquement confirmé ce jugement dans son message de condoléances, à la mort du général en 1970 ».

« Je m´incline devant le patriote exceptionnel qui a su concevoir, dans une vision noble et généreuse (…), l´avenir des peuples algérien et français », écrivait-il dans une missive portée par le ministre des Affaires étrangères, et son représentant personnel aux funérailles du président français, Abdelaziz Bouteflika. « Boumediène, écrit Ali Mebroukine- qui a un jugement plus nuancé-, a toujours été respectueux de la légalité révolutionnaire.

On va voir qu´à travers les profondes réformes engagées sur le terrain, c´était tout un projet de société que H.Boumediène entendait mettre en œuvre.

Quelque opinion qu´on ait du bilan du président Boumediène, force est de constater que la récupération des richesses naturelles (1966 et 1971), la Révolution agraire, la démocratisation de l´enseignement donnaient un contenu concret aux principes contenus dans la proclamation du 1er Novembre 1954 ; autrement dit, H. Boumediène n´a eu de cesse de rester fidèle à la raison d´être même du combat mené par le peuple algérien pour se libérer de la domination coloniale et accéder enfin à la dignité et au bien-être.

Un an et demi avant sa mort, le président H. Boumediène remanie les structures du gouvernement, revient sur le modèle économique en vigueur, décide de mettre fin à une politique d´arabisation outrancière et démagogique (la désignation de Mostefa Lacheraf comme ministre de l´Enseignement fondamental est emblématique à cet égard), instaure un numerus clausus à minima à l´entrée de l´université pour prévenir sa clochardisation.

Ces mesures annonçaient des réformes de structure plus profondes qui devaient être initiées à partir de 1979. Le président Boumediène était porteur d´un projet de transformation de la société algérienne.

A cet égard, il est indéniable que le président Boumediène n´a pas pu se hisser au-dessus des clans et des factions qui étaient à l´œuvre au sein des appareils d´Etat et qu´il n´a pu empêcher le jeu des forces centrifuges qui cherchèrent à le déstabiliser, à partir de 1977, sitôt qu´il eut exprimé sa détermination de « nettoyer les écuries d´Augias ».

Le président Boumediène était indéniablement un homme d´Etat auquel avait fait défaut la plus précieuse et la plus rare des ressources dont aucun bâtisseur ne peut se passer, le temps ».

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