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Nationale

Le gouvernement doit-il communiquer sur les menaces réelles ?

Le gouvernement doit-il communiquer sur les menaces réelles ?

Lors de son passage vendredi dernier à Mila, Ahmed Ouyahia a lancé un appel à la vigilance, expliquant que l’Algérie se trouve dans une région du monde « où les conflits armés font rage », allusion faite aux tensions et aux problèmes d’instabilité sécuritaire que connaissent des pays du pourtour maghrébin et du Sahel. Il a affirmé que « le premier défi » de l’Algérie consiste aujourd’hui à préserver la stabilité dans un contexte marqué « par les périls que représente la ceinture de feu qui entoure le pays ».

De par sa fonction de directeur de cabinet de la présidence de la République, canal par où transitent nombre de rapports sur la sécurité, Ouyahia n’en a pas trop dit ou pas assez. Il en est de même pour le Premier ministre Abdelmalek Sellal qui, reçoit lui aussi régulièrement des rapports quotidiens sur la menace du terrorisme. Si pour le premier, son poste ne le prédispose pas à étaler devant l’opinion publique les menaces réelles qui pèsent sur le pays, le second, lui, est le chef de l’exécutif et à ce titre il est soumis au contrôle parlementaire, c’est-à-dire qu’il est dans l’obligation d’aller à l’hémicycle pour présenter le rapport lié au risque sécuritaire extérieur qui menace le pays et, si besoin est, donner quelques éclairages sur la riposte prévue. Mais cette culture est presque inexistante en Algérie. Ces domaines sont considérés comme l’apanage exclusif des patrons des services de sécurité, voire de l’armée, qui ne sont pas soumis au contrôle parlementaire mais agissent sous le contrôle de la présidence de la République seulement. En Algérie, la sécurité et la défense restent du domaine exclusif du chef de l’Etat et ministre de la Défense. Dans quelles situations et à quels niveaux d’insécurité peut-on déclarer que le pays et la population sont en danger ? Si la défense et la sécurité rassemblent la politique d’un gouvernement pour obtenir, sauvegarder et maintenir la paix sur son territoire, elles ne sont pas de la responsabilité des forces de l’ordre uniquement, mais obéissent à la règle de la responsabilité collective.

La pratique constitutionnelle garantit au Parlement le pouvoir et le droit de demander des comptes à l’Exécutif dans ce cas de figure. Les projets de lois en matière de sécurité, proposés par le gouvernement, sont examinés par les députés et sénateurs dans le cadre du contrôle parlementaire. Quand verra-t-on, par exemple, le Premier ministre ou le chef de la diplomatie convoquer les commissions parlementaires concernées par les dossiers de défense et de sécurité afin de les sensibiliser, sinon débattre avec eux de la situation sécuritaire (interne et externe) et répondre ainsi aux parlementaires sur le risque exact de la menace terroriste. Aucun débat n’a été ouvert sur la situation au Mali ou en Libye, voire en Syrie. L’Algérie, qui a acquis à son corps défendant une expérience non négligeable dans la lutte antiterroriste, est appelée ainsi à faire fructifier cette expérience et à la rendre plus visible pour le peuple, ses représentants et surtout l’opinion internationale. Ces débats pourraient à la fois promouvoir au mieux la doctrine algérienne à l’étranger et servir de référence aux partenaires de l’Algérie. Car le risque d’un embrasement de la région demeure plus que jamais présent ; en témoignent ces visites en Algérie de deux personnalités des deux plus grandes puissances du monde, celle du sous-secrétaire d’Etat américain aux affaires politiques, Thomas Shannon et, prévue lundi prochain, celle du ministre des Affaires étrangères de la Russie, Serguei Lavrov, qui doit inclure, entre autres, la crise en Libye et la situation sécuritaire dans la région dans l’agenda des pourparlers avec Alger. Shannon a affirmé avoir débattu avec son homologue algérien de la situation en Libye, notamment de « la lutte contre le terrorisme et l’aide des Libyens, du gouvernement d’union nationale et de ses institutions à exercer leur souveraineté dans leur pays de manière à permettre à la Libye de relever les défis futurs ».

Pour rappel, au début de ce mois de février, l’Algérie avait décidé de suspendre ses vols commerciaux à destination de Tripoli (Libye) face à un « flux massif et inhabituel de ressortissants marocains » soupçonnés de rejoindre les rangs de Daech dans ce pays. L’Algérie, qui a pris au sérieux le risque d’embrasement du conflit libyen, a déjà élevé le niveau d’alerte au niveau des frontières avec la Libye. L’ANP est en état d’alerte maximale tout au long des frontières du pays avec le voisin libyen qui, aujourd’hui, constitue un des casse-têtes de la diplomatie.

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