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Op-Ed

Le Goncourt et nos grands-mères

Un asile à ciel ouvert. Appliquée à l’Algérie, l’expression est souvent ressortie des archives lors de passes de violences subies un peu partout sur la planète.

D’une nature petite et fragile, Sansal a sculpté au monde pour ainsi dire le petit Guantanamo qui était une Algérie rendue vulnérable par des remous d’agressions morales et physiques.

Agressions caractérisées qui s’appelaient terrorisme et dont le monde entier, celui-là même que Sansal désirait séduire pour avoir une place dans les salons sionistes, n’allait pas tarder à lui faire un bisou au sommet des Twin Towers.

Un asile à ciel ouvert. C’est le topo de l’Algérien, de sa société et de ses dirigeants. L’être est sans repères, la société sans éducation, sans culture, les « geôliers » sans scrupule. L’invité d’« honneur » du Salon du livre de Tel Aviv mettait de l’argumentaire dans les propos.

Guerre civile qui n’a pas encore tout dévoilé de ses énigmes, « casquettisation » du pays, lavage de cerveau, falsification de l’histoire, exaltation de la race, vision manichéenne du monde, affirmation constante de l’existence d’un complot contre la nation (Israël, l’Amérique et la France, et parfois, le voisin marocain), xénophobie, racisme et antisémitisme érigés en dogmes, culte du héros et du martyr, omniprésence de la police et de ses indics, discours enflammés, organisations de masses disciplinées, grands rassemblements, matraquage religieux, propagande incessante, généralisation de la langue de bois mortelle pour la pensée, projets pharaoniques qui exaltent le sentiment de puissance…

Au fait, à y réfléchir, Sansal n’a rien inventé à rien. Encore moins l’hypothèse algérienne. Même pas un exercice de style dans l’écrit. Rien que pour cela il n’aura jamais la chance de prétendre au Goncourt ni au Renaudot. Il manque de sincérité même s’il a un peu raison. Il manque aussi de sobriété même s’il est simple, limite simplet. Il manque trop d’originalité même s’il a traduit ce que disait ma grand-mère depuis un siècle. Dar sbitar aurait-elle dit, parlant de ce qu’est devenue cette Algérie, terre des hommes.

Cette Algérie que l’islam et sa tolérance cimentaient.
Cette Algérie solidaire dans le meilleur et dans le pire, où ses enfants ne s’entretuaient pas pour une broutille au marché de Bab El Oued.
Cette Algérie, Mecque des révolutionnaires, ceux qui ont lutte contre la hogra qui s’appelait colonisation, impérialisme, domination…
Cette Algérie où le crime n’était que d’honneur.

Cette Algérie du respect de l’autre, quel qu’il soit, sa couleur, ses racines, ses origines, quel que soit l’autre. Elle aurait pris le coupable, ma grand-mère, pour le réconcilier avec la victime. Les seuls coups qu’elle aurait commis, ma grand-mère, ce sont deux tapes sur les épaules des deux belligérants. Elle aurait vu les maîtres d’école, les policiers, les casquettes, les gilets et les sifflets, les arbitres et les juges pour réinventer la paix à sa manière. Toute la paix. « Ne vous battez pas, khawa khawa… Rakoum fi dar sbitar ? »

Ma grand-mère n’est plus désormais. Et de son héritage intellectuel Sansal et ses acolytes n’ont retenu qu’un petit bout. Rebbi yerhamha, mamani. Les fous ont fui l’asile, depuis sa disparition, pour prétendre au prix qui revient de fait à nos grands-mères à tous. Celui de la paix. Faisons-la et apprenons-la à nos enfants comme première leçon de la rentrée scolaire !

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