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Nationale

Le général Toufik : héros ou traître ?

Le général Toufik : héros ou traître ?

Son patronyme était devenu synonyme du DRS. Les « services ». Et ce de 1990 à 2015. « Maalem » c’est ainsi que ses proches et collaborateurs l’appelaient. Discret, l’homme alliait l’influence à l’humilité et la serviabilité. Le général Mohamed Médiène, dit Toufik, en poste depuis 25 ans à la tête du DRS, a goûté hier à sa première journée de retraité en famille, en homme libre.

Lorsqu’un personnage aussi important que l’ex-patron du DRS quitte le navire, il est de coutume de saluer un homme qui a incarné à lui seul durant plus de vingt ans, la lutte contre le terrorisme qui a failli mettre le pays dans une situation de guerre sans fin, à l’image de la Syrie aujourd’hui. Et à ce titre, sa mission a été d’épargner le chaos généralisé à une jeune république goûtant à peine aux bienfaits d’une indépendance arrachée de haute lutte, sans tirer à lui la couverture.

Nonobstant les erreurs du service commises çà et là, l’ex-n° 1 du DRS a été pour beaucoup dans le sauvetage de la République et de ses institutions décriées parfois pour leur alignement sans conditions avec le décideur du moment. Il convient de rappeler que le pays était pratiquement à l’abri du terrorisme lorsque le président Bouteflika avait concouru à la présidence de la République en 1999.

Faut-il aussi rappeler que l’accord signé avec l’ex-AIS en 1997 a été l’œuvre de son service et que le président Bouteflika s’est empressé de le signer sitôt intronisé à la tête du pays en 1999 ? Faut-il rappeler aussi que le terrorisme a été vaincu militairement du temps du président Zeroual et ce, avant l’avènement de Bouteflika ?

Si d’aucuns préfèrent ignorer les victoires arrachées dans le sang et se focaliser sur des luttes intestines sorties de leur imagination, force est de reconnaître que l’homme qui a décidé de quitter son poste de son propre chef, en accord avec le président de la République, a procédé à une avancée majeure dans le processus de légitimation des institutions du pays, une tradition qui était encore inexistante dans le pays et qui devrait devenir la norme à suivre pour ceux qui feignent d’ignorer ce principal cardinal. Et ceux qui pensent que le départ de Toufik est une victoire pour le clan font une lecture erronée.

Le 4 juillet dernier le patron du DRS, décoré par le prédisent Bouteflika, préparait déjà sa retraite professionnelle. Il était en accord avec le chef de l’Etat pour une réforme en profondeur des services de sécurité. Son départ ouvre la voie à une nouvelle époque pour le renseignement algérien qui devra s’adapter désormais aux nouvelles technologies de l’informatique et aux techniques de renseignement.

La modernisation du DRS en ligne de mire

Des voix, sans gêne aucune, commencent déjà à distiller des « informations » malveillantes sur l’ex-patron du DRS, un jour à peine après son départ. Toutes sortes de reproches ont été formulés, allant de la subordination au travail de sape contre l’Etat. Et on commence à aiguiser le couteau pour achever la bête. Devrons-nous encore une fois supporter ces personnes qui nagent en eaux troubles, et de l’entre-deux ?

Même les partis d’obédience islamiste ont salué son départ. Il faut dire qu’il fut la bête noire des islamistes extrémistes. Pour ces derniers c’est compréhensible. Ils ont une peur bleue rien qu’à l’évocation des « services » pourtant nécessaires à tout pays démocratique et aspirant à devenir une nation-clé dans la région.

Comme le disent certains peuples africains : « Tout chef qui veut tirer sa révérence, « prépare son derrière ». Juste pour dire que le chef doit préparer son dauphin. Toufik a-t-il préparé sa succession ? Le DRS lui survivra-t-il ?

Ce sont les questions que se posent nombre d’analystes. Des changements importants, mais rien de révolutionnaire cependant.
Les changements de directeurs des services secrets ont fait l’objet d’une négociation tripartite entre le président Bouteflika, le chef d’état-major Gaïd Salah et Toufik, le patron du DRS. Oui, et certainement sous une forme différente, suite à une restructuration qui donne des marges de manœuvre à l’armée qui reprend le contrôle de certaines prérogatives.

Apparemment, le DRS doit se focaliser sur son corps de métier qui est le renseignement et la sécurité. En 2001, avant l’entrée des Américains en Afghanistan, les services algériens ont fourni des renseignements de haute facture à la CIA qui n’a pas pris au sérieux les informations fournies par les limiers du DRS installés en bordure de frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan à Peshawar.

Les services américains faisaient confiance à Big Brothers, le satellite US d’écoutes. Mais au fur et mesure que les troupes US s’engouffraient en territoire pakistanais, à Tora Bora, elles se sont aperçues que les renseignements fournis par la partie algérienne correspondaient exactement à ceux que possédait CIA. Les agents algériens travaillaient à l’époque à l’ancienne, c’est-à-dire qu’ils récoltaient l’information parmi la population.

Aujourd’hui pour certains, le général Toufik est passé de héros à traître à la Nation. On lui taille des croupières. Et demain, que dira-ton encore… ?

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