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Le gaz naturel, l’autre choc des prix

Le gaz naturel, l’autre choc des prix

Au début de ce mois d’avril 2020 la société qui gère les réserves espagnoles d’hydrocarbures « Cores » annonçait que les USA devenaient les premiers fournisseurs de gaz naturel de l’Espagne pour le mois de février passé.

L’Espagne a ainsi importé 27% de ses besoins en gaz naturel des USA contre 22,60% de l’Algérie. Premier fournisseur en gaz naturel de l’Espagne depuis plus de deux décennies l’Algérie cède, en février dernier, sa place à un concurrent inattendu et impitoyable qui n’hésite pas à faire du dumping.

Mais comment les USA, un pays qui importait du GNL algérien il y a presque une décennie, sont devenu le premier fournisseur de gaz naturel de l’Espagne en ce début de l’année 2020 ?

Pour trouver une réponse à cette question il faut, encore une fois, chercher ce qui se passe dans l’exploitation sur pétrole de schiste américain. Une bonne partie du gaz produit aux Etats-Unis est un sous-produit du pétrole de schiste. Ce qui cause un effet d’entrainement. Tant que la production de pétrole de schiste augmente, celle du gaz suit la même courbe. Cette « révolution du schiste » a fait des Etats-Unis le premier producteur mondial de pétrole en janvier 2020 avec 13 millions de barils par jour. Elle a permis également de faire des USA le premier producteur mondial de gaz naturel en l’espace d’une décennie, détrônant, au passage, la Russie. Sur les 3 868 milliards de mètres cubes de gaz naturel produits dans le monde à fin 2018, au moins 21,50% sont issus du des puits américains et 17,30% de la Russie.

Depuis le début de la révolution du schiste en 2010, les américains ont commencé par assurer totalement leurs besoins en gaz naturel avant de commencer les premières exportations par gazoduc vers le Mexique.
 

La production poursuit sa croissance qui suit celle du pétrole. Au mois de février 2016, les USA exportent la première cargaison de GNL (gaz naturel liquéfié) vers l’Europe. L’avantage du gaz américain, est qualifié de « très compétitif ». Les producteurs américains investissent surtout dans la production du pétrole de schiste. Le gaz qui est associé n’est pas brulé pour des considérations écologiques. Il est ainsi récupérer à de faibles coûts. Ce qui n’est pas le cas dans les gisements de gaz naturel conventionnel à l’exemple de Hassi R’mel.

Après avoir répondu à la demande de son marché et celle du Mexique, les Etats-Unis décident d’inonder les marchés européens et asiatiques en GNL.
De lourds investissements seront engagés dans la construction d’usines de liquéfaction. En 2019 pas moins de 50 milliards de dollars ont été investis par des compagnies privées aux USA et au Canada. Des investissements qui feront de ce pays le troisième exportateur mondial de GNL, après le Qatar et l’Australie, avec un peu plus de 34 millions de tonnes en 2019.
A l’exemple du pétrole, les grands investissements dans le GNL ont fait en sorte que l’offre dépasse largement la demande mondiale. Une situation aggravée par un hiver exceptionnellement doux dans l’hémisphère Nord. Généralement, c’est en hiver que la demande en gaz naturel augmente entrainant les prix vers le haut. Ce qui n’a pas été le cas au début de cette année, une situation aggravée par la propagation du Covid-19. L’effondrement des prix du GNL sera brutal. Le million de BTU (unité de mesure commerciale du gaz naturel) à partir des terminaux américains est passé de 2,03 dollars au mois de janvier 2020 à 1,79 dollars le million de BTU en mars de la même année. Pour avoir une idée de l’ampleur de l’effondrement des prix du gaz naturel, il faudrait revenir à 2014. Cette année-là, l’Algérie avait vendu le million de BTU de GNL à 11,10 dollars et le gaz naturel à 10 dollars. En 2014, la moyenne du prix du baril de pétrole algérien a été de 100,20 dollars. En 2017 et avec un prix moyen du baril de pétrole de 54,10dollars, Sonatrach avait vendu le million de BTU de GNL à 5,70 dollars et le gaz naturel à 5,10 dollars. Des prix qui se sont effondrés de moitié en l’espace de trois ans.
En 2020, la surabondance de GNL a fait chuter les prix à un niveau inédit. Il faudrait revenir à 1999 pour voir Sonatrach cédée le million de BTU à 1,80 dollars. Mais cette année-là, le gaz de schiste américain n’était pas encore sur les marchés. L’Algérie pouvait placer jusqu’à 44 millions de m3 de GNL sur les marchés européens, américains et asiatiques. En 2018, Sonatrach n’a exporté que 22,22 millions de m3 de GNL.

A l’exemple du pétrole, l’année 2020 sera marquée par une surabondance de l’offre mondiale de GNL. Selon les observateurs, Il faudrait attendre 2021 pour voir un retour à l’équilibre des marchés. En attendant, les producteurs américains de GNL poursuivent leur politique de casse des prix. Seul un effondrement de la production du pétrole de schiste pourrait mettre un terme à cette offre abondante de gaz naturel américain et permettre au gaz algérien de resister.

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