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Energies

Le gaz naturel continue sa dégringolade

Le gaz naturel continue sa dégringolade

Si les prix du baril de pétrole se sont redressés en se stabilisant au-dessous des 35 dollars au début de ce mois de juin, ceux du gaz naturel, par contre, n’arrivent toujours pas à renouer avec la hausse.

Sur le marché américain le million de BTU de gaz naturel liquéfié (GNL) pour livraison en juin reste toujours en dessous des 2 dollars en s’échangeant à 1,841 dollars.

Pour les analystes des marchés gaziers, un redressement des cours ne pourrait s’opérer qu’en 2021, peut-être même au-delà.
Il y a trop de GNL sur les marchés. Face à une augmentation de l’offre la demande est restée faible en raison d’un hiver doux au Japon, en Chine et en Corée du Nord, principaux pays importateurs de GNL. Même situation en Europe ou les capacités de stockage de GNL sont remplis à hauteur de 72%. A l’exemple du pétrole, une reprise des cours du gaz naturel resterait tributaire d’une baisse des stocks.
L’Algérie qui tire près d’un tiers de ses recettes d’exportations des hydrocarbures du gaz naturel subit de plein fouet cette conjoncture défavorable. Les clients traditionnels du gaz algériens se tournent de plus en plus vers le marché spot de GNL dont les prix sont au plus bas.
Durant le premier trimestre de l’année en cours les Etats unis sont devenus les premiers fournisseurs de gaz naturel de l’Espagne, déclassant ainsi l’Algérie à la seconde position. De son côté, le Portugal n’a pas importé de gaz naturel algérien durant le mois d’avril passé. Pourtant la compagnie portugaise Galp Energia est liée par un accord avec Sonatrach, pour une durée de dix ans, portant fourniture de 2,5 milliards de m3 de gaz naturel par an. Le Portugal et à l’exemple de l’Espagne et d’autres pays européens, a préféré se fournir en GNL à bas prix en provenance des Etats-Unis.
Cette nouvelle donne imposée par les américains fera réagir la firme espagnole Naturgy qui demandera la révision des prix du gaz algérien. Naturgy est liée à Sonatrach par un contrat de vente de gaz naturel de 8 milliards de m3 par an. Un arbitrage international a été demandé par la firme espagnole pour revoir les prix contractuels. Une part importantes des exportations de gaz naturel algérien est régie par des contrats à long termes soumis au principe « take or pay » (paiement à l’avance).

En général un pays qui engage de lourds investissements dans la liquéfaction du gaz naturel ou la construction de gazoducs sur de longues distances doit avant tout garantir des marchés sur le long terme. Depuis l’entrée de nouveaux exportateurs de GNL, la donne a fondamentalement changé.

Beaucoup de pays importateurs de gaz naturel s’adresse au marché spot pour bénéficier de prix bas. En 2019 et pour compenser la baisse de ses exportations en direction de l’Europe, Sonatrach a placé équivalent de 5 milliards da gaz naturel en GNL sur le marché spot en Asie. Ce qui a représenté près du tiers de ses exportations de GNL l’année passée.

Stockage saturé
Or, au début de 2020, les prix ont fortement chuté, moins de deux dollars pour un million de Btu. Et il n’y a pas que l’Algérie qui subit les contrecoups de cette conjoncture. L’Egypte n’a exporté aucun mètre cube de GNL depuis le 11 mars 2020. Pour que ses investissements soient rentables le million de Btu égyptien ne doit pas être cédé à moins de 4,70 dollars. Le Nigéria, ce nouveau venu dans le marché mondial du GNL éprouve des difficultés à écouler son gaz. Les capacités de stockage sont saturées et les méthaniers passent des semaines en mer avant de trouver des acheteurs et décharger leurs cargaisons en Europe. L’ensemble des grandes compagnies pétrolières, qui produisent également du GNL sont impactés par l’effondrement des prix. Les investissements prévus dans l’installation de nouvelles capacités de liquéfaction sont désormais gelés. Aux Etats Unis la baisse de la production de pétrole de schiste s’est accélérée depuis le choc historique des marchés au début du mois de mars passée. Elle est passée de 13,1 millions de barils par jour au début du mois de janvier 2020 à 11,2 millions de barils à fin mai. Soit une baisse de 1,9 millions de barils par jours. Certains analystes s’attendent à ce que la chute atteindrait les 5 millions de barils à la fin de cette année. Etant un sous-produit du pétrole, la production du gaz de schiste est entrain de baisser aux Usa. En 2019, les exportations américaines de GNL ont atteints un pic de 34,4 millions de tonnes en 2019, soit l’équivalent 46,78 milliards de m3 de gaz naturel.
La baisse des exportations américaines permettrait une reprise graduelle des cours d’ici l’hiver prochain. Mais malgré la percée du GNL américain l’Algérie restera un fournisseur stratégique en gaz naturel de l’Europe. Trois gazoducs d’une capacité totale de 53 milliards de m3 relient l’Algérie à l’Italie, à l’Espagne et au Portugal. A ces gazoducs, s’ajoute les capacités de production de GNL qui avoisine les 56 millions de m3, soit l’équivalent de 33,6 milliards de m3 de gaz naturel. Grâce à sa proximité géographique du vieux continent, principal marché gazier dans le monde, qui permet une meilleure sécurisation des approvisionnements et une réduction des couts de transport, l’Algérie reste un fournisseur incontournable du marché européen.
Pour limiter l’impact de cette conjoncture pétrolière et gazière défavorable Sonatrach doit adapter sa stratégie.
Le gaz naturel ne sert pas seulement à produire de l’électricité et à faire la cuisine. Il sert aussi à l’industrie pétrochimique. Sonatrach dispose d’une capacité de production de plus de huit millions de tonnes d’ammoniacs et d’urée.
Au lieu d’exporter le gaz à des prix bas d’importantes quantités peuvent être valorisé et exportés en tant que produits pétrochimiques.
La compagnie pétrolière nationale doit, elle aussi, tirer les leçons du covid-19 et de l’effondrement historique des marchés pétroliers pour revoir ses calculs et se prémunir à l’avenir face à ce genre de crise dévastatrice.

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