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Nationale

Le double message de Bouteflika

Le double message de Bouteflika

Dans les milieux politiques, on n’en finit pas d’analyser les toute récentes décisions prises par le chef de l’Etat, Abdelaziz-Bouteflika.

A travers le remaniement gouvernemental et les changements dans les grandes entreprises publiques, Bouteflika aura voulu transmettre deux messages importants à l’opinion publique, et aussi à l’opposition. Le premier est une véritable réponse aux critiques qui ne cessent de s’amplifier, notamment sur sa « léthargie » ou son « effacement » alors que le pays vit un contexte assez particulier.

La dernière en date est celle d’Ali Benflis, l’un de ses adversaires les plus tenaces, qui ne rate aucune tribune pour dénoncer « une vacance de pouvoir », une « paralysie des institutions » et une gestion dans « l’à-peu-près » des affaires du pays. La réaction de Bouteflika, avant le lifting de l’exécutif de Sellal, saison quatre, et après son premier Conseil des ministres de l’année 2015, est une manière de dire, sans ambages, qu’il est le vrai « leader », le patron absolu, le chef légitimé par les urnes, dont les pouvoirs ne souffrent aucune restriction.

Certains diront qu’il s’agit d’un message « subliminal » en réponse aux détracteurs de l’opposition, qui continuent de réclamer un nouveau processus électoral sur des bases inédites, comme le fait depuis plus d’un an la Coordination nationale des libertés et pour la transition démocratique (CNLTD). Depuis quelques temps, des voix parmi cette opposition laissent planer des doutes sur la capacité de Bouteflika à gouverner sans interférence, l’accusant de devenir « otage » d’un groupe ou d’un réseau, que Louisa Hanoune nomme des oligarques.

Sur ce point, certains intellectuels de l’opposition avancent l’idée de l’émergence du capital privé national dans l’espace politique et son entrisme dans les institutions et les rouages de l’Etat.

Après avoir dominé les arcanes des partis politiques et surtout ses « usines » de fabrication de « potentats » locaux et régionaux à travers les APC et les APW, ce nouveau pouvoir de l’argent s’est incrusté dans l’espace législatif, à travers l’APN, en arrachant presque le quart des sièges. La boucle sera bouclée quand on avance aujourd’hui que la sphère décisionnelle au plus haut sommet de l’Etat n’est plus « souveraine » ou autonome ou supra-partisane.

Ce n’est pas par hasard que des alliés à Bouteflika, comme le PT, en appellent au président de la République pour une réaction prompte et surtout à mettre le holà. Son lifting gouvernemental et ses instructions pour changer l’encadrement des grosses boîtes publiques sont déjà perçus comme une réponse adéquate à cette atmosphère de morosité et d’apathie qui régnait sur la scène nationale. Le second message de Bouteflika est une autre réponse politique aux revendications des uns et des autres.

On l’aura remarqué, depuis des mois, le président de la République ne fait plus mention ni de la révision de la Constitution ni de référents politiques. Sa revendication première, comme sa promesse électorale, était la recherche d’une entente nationale, une grande alliance patriotique, regroupant plusieurs mouvances idéologiques et politiques.

Sorte d’union « sacrée » qui lui permettrait d’avoir les coudées franches dans la gestion des périls extérieurs et des menaces sécuritaires qui guettent le pays dans son voisinage immédiat. Il est vrai que l’élection présidentielle de 2014 s’est déroulée dans un contexte international et régional assez particulier, notamment avec les révoltes des peuples arabes et la défaillance des Etats traditionnels, comme en Libye, en Syrie, au Yémen, en Irak et ailleurs. 

Les nouvelles configurations géostratégiques et géoéconomique ssont devenues les lignes « rouges » de ce millénaire, des « territoires inconnus » qui exigent une approche inédite et novatrice. L’une de ces configurations est cette perte graduelle de la dimension qu’avait la puissance du pétrole, son immense marché et ses revenus. La chute brutale des cours est déjà inscrite dans la durée et cela vient chambouler totalement les projets et les ambitions de Bouteflika et de son gouvernement.

C’est pourquoi, il semble bien que Bouteflika soit acculé à ne « parler » que de l’économique, rien que de l’économique. Il est évident que dans quelques semaines ou quelques mois, son discours va carrément prendre des allures nouvelles avec l’intrusion de mots que l’opinion a déjà oubliés.

Austérité, rigueur, crise et rationalité dans les dépenses, autant de concepts qui vont s’incruster dans notre décor quotidien. Pour preuve, ce passage significatif de son intervention lors du Conseil des ministres, quand il appelle à « un surcroît d’efforts, davantage de rigueur et de rationalité dans la gestion des ressources publiques ».

Pour Bouteflika, la priorité est désormais à l’exécution de son programme quinquennal de développement qui s’étale jusqu’à l’élection présidentielle de 2019. Autrement dit, pas de politique à l’heure de la crise et une réponse codée aux souhaits de certains sur une présidentielle anticipée. 

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