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Op-Ed

Venezuela: Le dérapage de trop de Trump 

Venezuela: Le dérapage de trop de Trump 

C’est la loi du plus fort, celle du cow-boy au Far West ! L’opération-agression américaine contre le Venezuela est une négation absolue du droit international, un pied de nez à la légalité internationale et à la souveraineté des Etats.

L’attaque samedi à l’aube, contre des infrastructures de la capitale vénézuélienne Caracas ainsi que l’enlèvement du président Nicolas Maduro et de son épouse sont une preuve supplémentaire du peu d’égard qu’à l’administration Trump à la charte des Nations unies et au multilatéralisme d’une manière plus générale.

C’est ainsi le retour musclé à la doctrine Monroe qui stipule un postulat impérialiste d’un autre âge « l’Amérique aux Américains », autrement dit, l’hémisphère occidental du globe, les Amériques, sont l’arrière cours des Etats-Unis. Trump le démontre encore une fois d’une manière grossièrement musclée et contraire aux fondamentaux de la légalité internationale. Il renoue avec plus d’un siècle d’interventionnisme américain. Du Guatemala en 1954 à Cuba en 1961 et la fameuse et surtout désastreuse aventure de la baie des Cochons, à la République dominicaine en 1965, ou encore le Chili d’Allende en 1973, Washington a été derrière tous les coups fourrés en Amérique du Sud.

D’ailleurs, l’ancien secrétaire d’Etat américain Henry Kissinger a soutenu la junte argentine en 1976, l’encourageant à terminer rapidement sa « sale guerre », selon des documents américains déclassifiés en 2003. Au moins 10 000 opposants argentins ont disparu. Dans les années 1970-1980, six dictatures (Argentine, Chili, Uruguay, Paraguay, Bolivie et Brésil) se sont alliées pour éliminer des opposants de gauche dans le cadre de l’opération « Condor », avec un soutien tacite américain.

En 1979, la rébellion sandiniste au Nicaragua renverse le dictateur Anastasio Somoza au Nicaragua. Le président américain, Ronald Reagan, inquiet de l’alignement de Managua sur Cuba et l’URSS, autorise secrètement la CIA à apporter une aide de 20 millions de dollars aux Contras, les contre-révolutionnaires nicaraguayens, financée partiellement par la vente illégale d’armes à l’Iran. La guerre civile nicaraguayenne, terminée en avril 1990, fera 50 000 morts. Ronald Reagan a également envoyé des conseillers militaires au Salvador pour étouffer la rébellion du Front Farabundo Marti pour la libération nationale (FMLN, extrême gauche) dans le cadre d’une guerre civile (1980-1992) qui a fait 72 000 morts.

Un long palmarès d’interventions

Et le palmarès des interventions américaines en Amérique du Sud est long. Le 25 octobre 1983, des marines et des rangers interviennent sur l’île de Grenade après l’assassinat du premier ministre, Maurice Bishop, par une junte d’extrême gauche et alors que les Cubains agrandissent l’aéroport, pour y accueillir sans doute des avions militaires. Ronald Reagan lance, à la demande de l’Organisation des Etats de la Caraïbe orientale (OECS), l’opération « Urgent Fury » pour protéger un millier de citoyens américains. L’opération, réussie selon Reagan et largement déplorée par l’Assemblée générale de l’ONU, se termine le 3 novembre, avec plus d’une centaine de morts.

En 1989, après une élection contestée, le président George Bush décide d’une intervention militaire au Panama, aboutissant à la reddition du général Manuel Noriega, pourtant ancien collaborateur des services secrets américains, poursuivi par la justice américaine. Manuel Noriega sera emprisonné plus de deux décennies aux Etats-Unis pour trafic de drogue, avant de purger d’autres peines en France puis au Panama.

Il y a 24 ans, en 2002, le prédécesseur de Maduro, Hugo Chavez avait été victime d’un coup d’état fomenté par la CIA qui n’a duré que 48 heures. Chavez a pu renverser la situation grâce à ses soutiens au sein de l’armée mais surtout de la population vénézuélienne. 

Hier samedi 03 janvier, Donald Trump, le président qui se dit le champion de la paix armée est passé à l’acte. De puissantes explosions ont été entendues peu avant 2 heures du matin (7 heures à Alger) à Caracas et dans les environs de la capitale, jusqu’à 3 h 15, selon des agences de presse. Le complexe militaire de Fuerte Tiuna, le plus grand du Venezuela, au sud de Caracas, a notamment été visé, ainsi que la base aérienne de Carlota, au nord. Même le mausolée d’Hugo Chavez a été touché.

Très vite, le Venezuela a dénoncé une « très grave agression militaire », indiquant que des « zones civiles et militaires » avaient été touchées à Caracas, la capitale, ainsi que dans les Etats de Miranda, d’Aragua et de La Guaira. Le bilan humain reste, au moment du bouclage, inconnu. La vice-présidente vénézuélienne, Delcy Rodriguez, qui de fait devient présidente du Vénézuéla a déclaré ignorer où se trouve le président de 63 ans et exigé des Etats-Unis « une preuve de vie » du couple Maduro. Le gouvernement vénézuélien a appelé « toutes les forces sociales et politiques du pays » à se mobiliser et annoncé que Nicolas Maduro avait ordonné l’état d’urgence.

Cette intervention sous le fallacieux prétexte de narco-trafique, vise plus précisément à permettre à Washington de mettre la main sur les plus grosses réserves de pétrole au monde. L’arrière-pensée étant d’empêcher la Chine de continuer à bénéficier du pétrole vénézuélien et surtout d’avoir un autre Cuba en mer des Caraïbes. 

L’histoire retiendra qu’en moins d’une année de mandat, le président Donald Trump a ordonné plus de frappe que son prédécesseur Joe Biden en quatre ans de mandat. En effet, selon une ONGONG Une organisation non gouvernementale (ONG) est une association à but non lucratif, d'intérêt public, qui ne relève ni de l'État, ni d'institutions internationales américaine, Armed Conflict Location and Event Data (ACLED), Trump a lancé, avec l’attaque du Vénézuéla, 637 frappes aériennes contre 555 frappes ordonnées par Biden. La course au Nobel de la paix, leitmotif du locataire de la Maison blanche semble une grande chimère au vu des actes guerriers assumés par Trump et son administration.



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