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Monde

Guerre en Iran: Le crépuscule de l’ordre mondial sous le feu de l’hégémonisme

Guerre en Iran: Le crépuscule de l’ordre mondial sous le feu de l’hégémonisme

Le fracas des explosions qui secouent la région du Golfe et le Moyen-Orient depuis le 28 février ne se limite pas à une déflagration militaire ; il marque l’effondrement définitif des dernières structures de l’ordre international d’après-guerre. Alors que l’agression  menée par Israël et les États-Unis entre dans sa deuxième semaine, les mises en garde de la presse mondiale, du Guardian au China Daily, ne sont plus de simples conjectures : elles décrivent un monde qui bascule dans l’inconnu.

Comme le souligne avec une acuité cinglante le Guardian, le monde assiste médusé à un remake tragique des erreurs de 2003, l’année de l’invasion de l’Irak. L’idée qu’une campagne de bombardements massifs et l’élimination des sommets de l’État — émaillés par la mort de l’Ayatollah Khamenei — puissent accoucher d’une démocratie libérale en Iran est une chimère dangereuse.

L’objectif de décapiter le régime iranien sans un projet de transition crédible est la voie ouverte, tel que souligné par le prestigieux Think Tank Chatham House, en vue de transformer l’Iran en une copie sui-generis de la Libye, soit un sanctuaire de chaos au cœur de l’Eurasie.

L’argument central du Guardian, soutenu par des titres comme Le Monde Diplomatique, repose sur l’inefficacité historique des frappes de décapitation.

L’intervention militaire directe contre la République islamique d’Iran est loin d’être une simple opération de « neutralisation », elle est perçue comme un catalyseur de désordre mondial.

En agissant au mépris du Conseil de sécurité de l’ONU, Washington a sacrifié la légitimité sur l’autel d’une prétendue efficacité tactique. Pour Le Monde Diplomatique et El País, cette « guerre de choix » délégitime durablement les discours occidentaux sur la souveraineté. Comment condamner d’autres agressions futures quand le concept de « guerre préventive » devient la norme ? C’est un chèque en blanc accordé à toutes les puissances régionales pour régler leurs différends par la force.

Dans son édition de samedi, le China Daily soutient que la majorité des pays notamment du Sud Global auront du mal à s’accommoder avec une récession imposée par une logique guerrière. Avec un baril de pétrole flirtant avec des sommets historiques –93.04 dollars à la fermeture vendredi dernier– et le détroit d’Ormuz transformé en zone de combat, c’est le « Sud Global » qui paie le prix fort.

En outre, cette guerre accélère une bascule géopolitique majeure. L’Iran, loin d’être isolé, devient pour Pékin et les BRICS+ le symbole de la résistance à une hégémonie perçue comme déclinante et brutale, souligne la publication. Le blocage ou l’insécurité chronique dans le détroit d’Ormuz (où transitent 20 % de la consommation mondiale de pétrole) est décrit comme une « taxe de guerre » imposée arbitrairement au monde.

Pour la publication anglophone,  cette instabilité est le prix de l’unilatéralisme occidental. Washington gagne peut-être la bataille du ciel, mais elle perd celle des cœurs et de l’économie mondiale, estime le quotidien.

L’histoire retiendra sans doute que cette offensive, loin de sécuriser le Moyen-Orient, en a détruit l’équilibre précaire.

En frappant Téhéran pour empêcher une bombe nucléaire, les Etats-Unis et son protégé Israël ont peut-être créé un monstre bien plus vaste : une région en flammes, une Europe économiquement exsangue et une méfiance irréversible entre l’Est et l’Ouest.

Ce que le Guardian appelle une « faillite morale » et le China Daily un « sabotage économique » convergent vers sur un point : l’offensive américano-israélienne a donné lieu à une instabilité structurelle qui pourrait durer une décennie.

Un  autre point de convergence majeur entre la presse européenne (El País) et moyen-orientale (Al Jazeera) concerne la mort du droit international conçu en 1945. En frappant l’Iran sans mandat de l’ONU, les États-Unis et Israël valident l’idée que la puissance militaire prime sur la souveraineté. Cette doctrine offre, par ricochet, un argumentaire aux autres puissances régionales pour mener leurs propres guerres préventives. Si la victoire tactique (destruction des sites nucléaires) est possible, la défaite diplomatique est déjà consommée.

L’Occident apparaît désormais comme une « forteresse assiégée », isolée moralement d’une majorité de nations qui voient en l’Iran une victime de l’hégémonie. Ainsi, la force peut détruire des bunkers, elle ne peut construire la paix. À l’heure où les fumées des sites bombardés dans la région s’élèvent dans le ciel, une question taraude les esprits : qui, du chaos ou de la raison, héritera des cendres de cette inacceptable confrontation.

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