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Nationale

Le courant salafiste en Algerie : Une menace qui se réveille

Le courant salafiste en Algerie : Une menace qui se réveille

Avec l’apparition du « printemps arabe » et les changements survenus au sommet de plusieurs pays arabes, avec l’arrivée de groupes armés nouveaux tels que l’Etat islamique et Jebhet El Nosra et l’internationalisation du djihad, les salafistes radicaux algériens ont senti que l’occasion est venue pour qu’ils s’imposent à leur tour et tentent de renverser les choses.

L’Algérie est-elle à l’abri de ses salafistes radicaux ? Les sorties successives du ministre des Affaires religieuses et des Wakfs, Mohamed Aïssa, contre la menace du courant salafisme témoigne de l’ampleur du danger qui guette les valeurs et la sécurité du pays.

Des mosquées contrôlées par des imams aux idéologies salafistes qui suivent les préceptes des Frères musulmans du wahhabisme, une montée de plus en plus perceptible du discours salafisme et des personnes qui partagent l’idéologie de l’Etat islamique sont des signes qui donnent des frissons. Récemment, le ministre des Affaires religieuses et des Wakfs a parlé d’une domination salafiste dans certaines mosquées du pays. A Alger, a cité à titre d’exemple le ministre Mohamed Aïssa, 55 mosquées sont dénombrées sous le contrôle des salafistes radicaux mais sans le proclamer officiellement.

Craignant le pire, Mohamed Aïssa promet une guerre contre le courant salafisme. Sans citer les lieux où sont implantées ces mosquées ni le nombre global sur le territoire national, le ministre a mis en garde les salafistes radicaux qui tentent d’occuper le terrain d’une réplique sévère de l’Etat. A la veille du Ramadhan, Mohamed Aïssa est intervenu à l’émission L’Invité de la rédaction de la Chaîne III de la Radio algérienne. Durant cette émission, il avait annoncé la création d’un observatoire de veille contre le prosélytisme religieux, les « dérives sectaires et le terrorisme ».

Il avait même mis en garde des « chouyoukhs autoproclamés et des prédicateurs non formés » qui tentent d’introduire dans le pays un courant religieux étranger à « nos valeurs malékites et ibadites ». Ces mesures prises à l’avance par le département de Mohamed Aïssa témoignent du danger auquel l’Algérie pourrait être confrontée à l’avenir et l’idéologie salafisme. 

Les salafistes algériens reprennent du poil de la bête

L’apparition du salafisme radical en Algérie remonte aux années 1980, à l’époque de la fameuse « Sahwa » qui avait causé l’arrivée du phénomène du terrorisme sous l’ère de Bouyali. Le salafisme s’était alors incrusté au sein de la société, notamment chez les jeunes sans repères, naïfs et manipulables.

Beaucoup de ces jeunes ont été recrutés pour combattre en Afghanistan dans les années 1980 et rejoindre ensuite Al Qaïda. Parmi eux figurent Mokhtar Belmokhtar et Hassan Hattab qui avaient rejoint l’Afghanistan en compagnie de milliers d’autres Algériens. C’était à cette époque les premières affres du salafisme radical vécues en Algérie, avant que le courant salafiste ne prenne une autre dimension beaucoup plus dévastatrice sur la société civile.

L’éclatement de la violence en 1991 puis du terrorisme à partir de 1992, avec l’apparition des GIA, AIS, FIDA, ont démontré le grand danger de cette tendance. Aujourd’hui, la réapparition de cette mouvance conduite par des noms tels Hamadache inquiète le ministère des Affaires religieuses et avec lui des pans entiers de la société. Cette tendance est incarnée aussi par l’Etat islamique appelé Daech qui cherche désespérément à s’implanter en Algérie.

Il est clair que dans le cadre de ce « climat », les salafistes profitent de cette période pour occuper le terrain et grossir leurs rangs. Ils essayent de « pêcher » les fidèles incrédules pour les embrigader ou leur inculquer des préceptes externes loin du rite malékite. Trouvant le refuge dans le courant wahhabiste, certains salafistes algériens ont même bénéficié de l’argent venu de l’Arabie saoudite dans le cadre d’un grand « chantier » de prolifération du courant wahhabiste en Algérie.

Les raisons de la montée salafiste en Algérie

Les piètres résultats des formations islamistes à la présidentielle d’avril 2014 ont été interprétés comme la preuve de leur faiblesse, mais surtout l’occasion pour les salafistes radicaux de s’imposer. Du coup, ils ont engendré la montée du salafisme radical. Il est clair qu’aujourd’hui les salafistes radicaux algériens ne cherchent pas à s’intégrer dans un parti islamiste ni même à défendre les couleurs d’un chef d’une formation politique, mais ils tentent de contrôler les mosquées pour diffuser leurs idéologies parmi la population jeune, et aussi les imposer.

Le cas de figure flagrant n’est autre que cheikh Abdelfattah Zaraoui Hamadache du front de la Sahwa islamiste. Ce dernier a défié la chronique lors de ses multiples déclarations concernant des sujets d’actualité. Il s’est attaqué à un écrivain suite à ses propos tenus sur l’islam et sur la religion, puis il n’a pas hésité, dans sa tentative de chercher le coup médiatique, de déclarer qu’il était pour l’ouverture d’une ambassade de l’Etat islamique à Alger.

Encouragé par ce qu’on appelle le « printemps arabe », le courant salafiste s’est régénéré en Algérie. Avec les changements au sommet de plusieurs pays arabes, avec l’apparition des groupes armés nouveaux tels que l’Etat islamique et Jebhet El Nosra et l’internationalisation du djihad, les salafistes radicaux algériens ont senti que l’occasion est venue pour qu’ils s’imposent à leur tour et tentent de renverser les choses au pays.

Dans cet état de fait, les imams algériens se sont résolus à combattre ce qu’ils appellent ouvertement « la pieuvre wahhabite ». La tâche n’est évidemment pas facile et le long chemin parcouru jusque-là n’est qu’une infime partie de leur entreprise de « nettoyer les mosquées ».

Quand les salafistes faisaient leur diktat dans les universités
De tous temps, les salafistes radicaux se sont montrés très violents. Ils ont engendré une guerre sans relâche contre le peuple algérien durant la décennie noire.

C’est lors de cette période que les Algériens ont découvert le véritable visage de ces radicaux. Lyes T. se souvient de ces semaines plutôt « mouvementées » vécues dans l’enceinte de l’Université des sciences et de la technologie (USTHB) Houari-Boumediene. Il avait obtenu son baccalauréat en 1989, mention assez bien dans la filière sciences transitoires. Grand amoureux de la nature, il avait opté pour le tronc commun des sciences de la nature. 

Son but : obtenir un diplôme dans une filière liée à la nature. Il était en première année quand les événements commençaient à perturber la stabilité du pays. Ces événements ont fini par atteindre l’université où des centaines d’étudiants dits « islamistes » tentaient d’imposer la volonté des dirigeants de l’ex-Front islamique du salut (FIS). « Des marches commençaient à être organisées au sein de cette université que les partisans de l’ex-FIS cherchaient à entraîner dans le terrain politique.

« Ils cherchaient à imposer à notre université le soutien à cet ex-parti, ne respectant pas le principe de non-politisation de l’université », témoigne Lyes. « Plusieurs fois, des marches vers l’extérieur de l’université ont été tentées. Ces marches étaient organisées en solidarité avec des dirigeants de l’ex-FIS interpellés et pour dénoncer l’interruption des élections législatives de 1991. Je me rappelle que des policiers des brigades antiémeutes étaient postés à la sortie de l’université. Ils ont empêché les étudiants de sortir.

Ceux partisans de l’ex-FIS ont fait plusieurs tentatives, mais sans réussir. La marche a finalement eu lieu à l’intérieur de l’université. Des centaines d’étudiants scandaient « aâlayha nahya, wa aâlayha namout » (pour elle nous vivrons et pour elle nous mourrons).

L’un des slogans de l’ex-FIS », dira-t-il. « Les brigades antiémeutes ont respecté l’espace universitaire et n’y ont pas accédé. Elles étaient là pour empêcher les étudiants d’organiser une marche vers l’extérieur. En ce jour il y avait plusieurs manifestations organisées à Alger et cette marche devait, selon les souhaits de ses organisateurs, avoir lieu pour rejoindre les autres », témoigne cet ancien étudiant.

« Les étudiants qui devaient quitter le campus pour rentrer chez eux pouvaient le faire du côté de la gare ferroviaire de l’université. Ceux qui tentaient d’organiser une marche et de sortir par le portail donnant sur la route menant à Bab Ezzouar en étaient empêchés par les policiers », témoigne encore cet ex-étudiant. « Il y avait un étudiant de la même promotion que moi qui avait même déchiré sa carte d’étudiant parce que, selon lui, la photo était haram ».
 

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