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Nationale

Le calvaire des malades cancéreux: La tumeur en terrain conquis

Le calvaire des malades cancéreux: La tumeur en terrain conquis

Divorcée, Nadia, âgée de 40 ans et originaire de la wilaya de Chlef, est une battante au parcours exemplaire. Avec une ferme volonté, elle a su relever tous les défis pour se rétablir d’un cancer du sein au premier stade. Son rendez-vous de chimiothérapie étant loin, elle a dû recourir au secteur privé. Par manque de moyens, une association caritative l’a prise en charge.

Selon les données du registre national des cancers relevant de l’Institut national de la santé publique (INSP), l’Algérie enregistre annuellement près de 50 000 nouveaux cas de cancer, tous types confondus. Parmi les types de cancer les plus répandus dans la société, la même source cite le cancer colorectal, du poumon, de la prostate, de la vessie et de l’appareil digestif chez les hommes. Ensuite, le cancer du sein, le cancer colorectal, de la glande thyroïde et du col de l’utérus chez les femmes.

Le cancer du tube digestif reste généralement prédominant au niveau national chez les deux sexes. Les experts imputent cette large prolifération en Algérie, à l’instar de certains pays du monde, à plusieurs facteurs, notamment les aliments industrialisés, les conditions environnementales, comme la pollution, les engrais qui sont ajoutés à l’agriculture, ainsi qu’à d’autres facteurs, génétiques cette fois. Le cancer est une maladie dangereuse mais pas fatale. Quelle que soit la gravité de la maladie et son stade d’évolution, un traitement adéquat et une bonne prise en charge sont impératifs.

Nadia a vaincu son cancer du sein
Comme des milliers de femmes en Algérie, Nadia, âgée de 40 ans, souffre d’un cancer du sein. Sa maladie a été diagnostiquée précocement en 2019, suite à un dépistage effectué dans son quartier. Sans emploi, Nadia était livrée à elle-même. « Ma mère qui est âgée et moi ne disposons d’aucun revenu. Je n’ai pas les moyens pour me soigner », a-t-elle souligné.

Malgré le choc et sa situation précaire, elle était décidée à lutter pour sa survie, notamment après le diagnostic encourageant d’un spécialiste qui lui a assuré que sa tumeur était au premier stade et que ses chances de rémission étaient très fortes.

Après une chimiothérapie à l’hôpital de Chlef, elle a subi une mastectomie (ablation du sein) à l’hôpital de Chettia (7 km au nord de Chlef). Mais cette lourde opération n’était que la seconde étape. Il lui fallait encore des séances de chimiothérapie, capitales pour sa guérison. Et c’est là que le second choc est arrivé. Il fallait qu’elle attende une année pour son rendez-vous de chimiothérapie à l’hôpital de Blida.

Sur le plan médical, il était impossible pour Nadia d’attendre une année pour commencer ses séances de chimiothérapie. On l’a donc orientée vers une clinique privée à Blida. Par manque de moyens, Nadia a dû prendre contact avec de nombreuses associations caritatives et de bienfaiteurs, lesquels sont devenus ses meilleurs soutiens, que ce soit sur le plan matériel que sur le plan psychologique.

En effet, une association caritative a pris en charge les frais de son transport et de son hébergement dans la ville de Blida pour une durée de 40 jours, au cours desquels elle a pu parachevé son protocole thérapeutique, et ce avant que les analyses médicales ne démontrent son rétablissement complet du cancer.

Aujourd’hui, Nadia profite pleinement de sa nouvelle vie et n’hésite pas à mettre à profit son expérience en participant aux campagnes de sensibilisation des femmes sur l’impératif du dépistage précoce du cancer du sein, essentiel pour augmenter les chances de guérison.

Rendez-vous de radiothérapie : une attente fatale
Au niveau du CPMC de l’hôpital Mustapha, deux malades se plaignaient de l’impossibilité de confirmer un simple rendez-vous pour une séance de radiothérapie. « J’ai eu un cancer du sein. Après avoir terminé mes 30 séances de chimiothérapie, mon oncologue m’a recommandé des séances de radiothérapie. Selon elle, c’est vital pour éradiquer la tumeur et stopper sa propagation vers d’autres organes », a affirmé Salima. La maman de deux enfants habite à Ouargla. Tout au long de sa thérapie, elle a révélé avoir dû confier ses enfants à ses parents.

« Lorsque je faisais ma chimiothérapie, mon mari et moi avons été obligés de nous débrouiller du mieux que nous pouvions pour nous loger. Toutes nos économies ont été épuisées. La majorité du temps, nous n’avions même pas de quoi manger », a-t-elle ajouté. Salima a indiqué qu’elle attend toujours son rendez-vous de radiothérapie, une attente qui pourrait lui être fatale.

Quant à Amina, son passage dans ce service l’a traumatisée. « J’ai subi dernièrement une ablation du sein. A mon réveil, j’ai senti une douleur atroce au niveau de mon sein. Par la suite, j’ai su que lors de l’opération, le chirurgien avait oublié une compresse », a-t-elle raconté au Jeune Indépendant. Elle a fait savoir qu’une parente à elle était décédée le jour même où elle a obtenu son rendez-vous de radiothérapie.

Une autre jeune femme rencontrée dans un autre hôpital de la capitale a fait savoir qu’elle a dû solliciter l’intervention d’un ministère pour trouver, dans des délais raisonnables, un rendez-vous de radiothérapie étant donné la saturation constatée au niveau du CPMC de l’hôpital Mustapha.

Dans la wilaya de Tizi Ouzou, une autre patiente atteinte du cancer de sein, malade mentale de surcroît et résidant à Beni Douala, a été orientée, après une ablation et des séances de chimiothérapie, vers le centre d’oncologie de Ouargla, et ce pour des séances de radiothérapie.

Des problèmes récurrents d’éloignement et d’hébergement n’ont pas permis à celle-ci de s’y rendre. Il a fallu des âmes charitables qui lui ont permis heureusement de suivre ses séances de radiothérapie au niveau de l’hôpital militaire de Aïn Naâdja, qui dispose d’un corps médical et paramédical de premier ordre. Quel aurait été le sort de cette patiente sans cette prise en charge au niveau de cet hôpital, sachant qu’elle ne dispose pas de moyens financiers lui permettant des soins payants dans une structure privée.

Un seul Octréoscan disponible en Algérie
Une jeune célibataire, Samia A., est atteinte d’une tumeur neuroendocrinienne de l’intestin grêle. Elle a suivi un traitement à base de chimiothérapie.

Afin d’évaluer l’évolution de la tumeur, l’oncologue lui a recommandé de faire un Octréoscan, appelé scintigraphie à l’octréotide, un appareil sophistiqué qui mesure l’évolution de la tumeur. La patiente se trouve dans une situation inexplicable du fait de l’absence criante de cet équipement dans tous les hôpitaux algériens, hormis celui de Bab El-Oued.

Cet hôpital, qui dispose de cet appareil, se voit ainsi submergé par une demande record émanant de toutes les wilayas du pays, d’où son incapacité à satisfaire tous les patients.

L’obtention d’un rendez-vous est un véritable exploit, et dans la plupart des cas, il arrive, hélas, en retard. « J’ai vécu des moments difficiles, angoissée que j’étais à l’idée de voir la tumeur se propager. J’étais désespérée. J’avais la peur au ventre. Le soir, alors que j’étais allongée, mon téléphone a sonné. Une amie s’était débrouillée pour m’avoir un rendez-vous. J’étais soulagée mais j’éprouvais beaucoup de peine pour les personnes n’ayant pas pu avoir la même chance que moi », a révélé Samia A.

Mauvaise prise en charge
B. Y. est un adolescent âgé de 16 ans atteint d’un cancer du côlon. Il a été diagnostiqué un peu tardivement, ce qui a fait que son cas difficile nécessite une prise en charge urgente. Malheureusement, ce ne fut pas le cas.

Son père a raconté au Jeune Indépendant le désarroi dans lequel son fils et lui se trouvent actuellement. Entre pénurie de médicaments et prise en charge tardive du cancer de son fils. Sa maman a également affirmé : « Nous sommes là depuis 5 mois. C’est nous qui prenons en charge notre fils. Si un médicament manque, l’établissement nous demande d’aller l’acheter ou de nous débrouiller pour le trouver. Après l’opération de mon fils, on m’a demandé d’acheter une sorte de bande spéciale afin de panser sa blessure. C’est moi qui devait assurer cette tâche. »

Elle a laissé entendre que les médecins ne savaient pas si son fils devait faire des séances de radiothérapie ou non, sachant que le délai entre les séances de chimiothérapie et celles de radiothérapie ne doit pas dépasser trois mois. Le jeune est décédé après avoir lutté contre son cancer.

Le cancer n’est pas une fatalité, surtout après le diagnostic précoce de la maladie. Malheureusement, le problème consiste en la défaillance de la prise en charge des malades atteints de cancer.

Le manque de médicaments constitue l’un des problèmes récurrents. Le manque flagrant de moyens de radiothérapie contraint les malades à attendre longtemps, alors qu’il faut absolument respecter la durée entre les séances de soins.

Quand un cancéreux attend plus de quatre mois pour faire une autre séance de radiothérapie, ça veut simplement dire qu’il a le temps de mourir. Il est temps de prendre conscience de la gravité de cette maladie qui prend de l’ampleur. Entre tumeur et tu meurs, la distance est inversement proportionnelle au désespoir qui anime les malades cancéreux.

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