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Nationale

Le blues des doctorants en agronomie

Le blues des doctorants en agronomie

Le problème du chômage n’épargne aucune catégorie de diplômés de différentes spécialités. Les docteurs et doctorants du département de zoologie agricole et forestière de l’Ecole nationale supérieure d’agriculture (ENSA, El Harrach) comptent parmi ces cortèges des chômeurs livrés à eux-mêmes, alors que l’Etat parle de développement de l’agriculture en tant que ressource hors hydrocarbures.

Plusieurs parmi eux évoquent des « problèmes au niveau des modalités de recrutement des nouveaux enseignants (maîtres assistants classe B) dans l’Université algérienne « . Hassina H. S., Attika B. ou autre B., ce sont là quelques noms de doctorants qui, aujourd’hui, vivent au chômage après plus de quinze ans de cursus pédagogique spécialité sciences agronomiques.

Des études supérieures qui ont pris une partie de leur vie, toutefois sans obtenir la moindre « récompense « après. Ces doctorants, très expérimentés en botanique, en économie rurale, forestière et en protection de la nature, en génie rural section hydraulique et machinisme, en productions animale et végétale, en sciences du sol, en technologie alimentaire, en zoologie agricole et forestière, ont été poussés à chercher une autre activité, précaire et hors de leur domaine pour subvenir aux besoins de leurs familles.

Couturière à la maison, vendeuse dans une boutique ou jardinier à l’occasion, voilà quelques bricolages que ces doctorants ont trouvé de mieux pour gérer leur vie professionnelle et subvenir à leurs familles dans un monde du travail de plus en plus difficile à surmonter.

« Nous sommes victimes de la non-application de textes émanant du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique », nous dira Hassina, une détentrice du diplôme de docteur en agronomie.

« Nous, docteurs et doctorants dénonçons le fait que la majorité des universités algériennes aient piétiné la Directive n° 1662 / DRH / 2014 du 12 novembre 2014 émanant de la direction des ressources humaines portant sur le recrutement des enseignants-chercheurs, qui s’appuie d’ailleurs sur la circulaire ministérielle n° 7 du 28 avril 2011.

Celle-ci, qui préconise l’élargissement du nombre de spécialités apparentées à la spécialité demandée et qui a été faite pour limiter ce genre de problème, continue d’être ignorée et piétinée par certaines universités », nous diront plusieurs docteurs et doctorant en agronomie.

« Au niveau des agents administratifs des centres universitaires ou des universités elles-mêmes ou des grandes écoles, la raison invoquée pour le rejet d’un dossier est que l’intitulé du diplôme ne correspond pas exactement à la spécialité fine demandée.

De maigres revenus

Or, il faut rappeler que l’enseignant est appelé à intervenir dans des modules voisins appartenant à la même famille de la discipline et non pas uniquement dans cette spécialité fine « , ajoutent-ils. Attika B., cette doctorante en agronomie, aujourd’hui âgée de plus de 40 ans, a beaucoup souffert durant plus de dix ans pour trouver un poste d’emploi durable. La femme aux cheveux blancs, étalant sa misère, nous a relaté sa situation. 

« Je travaille comme enseignante à l’université de Boumerdès, spécialité agronomie, je perçois 580 dinars par heure et je n’ai droit qu’à seulement huit heures d’enseignement par semaine », a-t-elle commenté.

En colère, elle a indiqué que « cette année universitaire 2015/2016, les docteurs vont travailler comme vacataires aux côtés des magisters permanents. Je trouve ça illogique », avant qu’elle ajoute : « J’ai travaillé comme couturière, jardinière et vendeuse occasionnelle. J’ai souffert le martyre pour gagner de l’argent ».

« Actuellement, de nombreux doctorants perçoivent 580 dinars/heure pour chaque cours donné aux étudiants. On n’a le droit qu’à seulement huit heures par semaine et c’est ce qui nous a créé beaucoup de difficultés sur le plan financier. On ne peut plus résister à cette situation précaire.

On songe déjà à quitter le pays pour un ciel plus clément », a affirmé la doctorante en agronomie. Les docteurs chômeurs dont il est question ici sont des biologistes issus aussi bien des universités algériennes que des grandes écoles comme l’ENSA (agronomie d’El Harrach) qui font de la biologie appliquée dans ce cas précis, précisent-ils. « Ces docteurs en biologie appliquée ont une large formation dans différentes matières composant leur cursus.

Aucune circulaire n’est respectée

Ils sont appelés à faire des cours et des travaux pratiques dans différentes matières de la biologie », ajoutent-ils, s’interrogeant sur la raison de leur « mise à l’écart dès le départ ». Les docteurs et doctorants que nous avons rencontrés disent ne même pas avoir la possibilité de s’exprimer devant le jury en vue de leur recrutement.

« Ainsi ni la directive n° 1662 / DRH / 2014 du 12 novembre 2014 émanant de la direction des ressources humaines portant sur le recrutement des enseignants-chercheurs, ni la circulaire ministérielle n° 7 du 28 avril 2011 ne sont respectées et appliquées. Des dossiers de docteurs en biologie appliquée (entomologie, zoologie, acridologie, protection des végétaux) ont été rejetés, d’après les dires des candidats, écartés par l’université sans aucun motif valable », dira Abderrahim, 45 ans, docteur d’Etat en agronomie.

« Ces doléances sont portées dans une lettre que nous avons adressée aux autorités compétentes, sans que cela change la situation. C’est donc un chômage très pesant dont souffrent nombre de docteurs et de doctorants, privant le pays de leurs compétences au moment où des officiels parlent de la relance de l’agriculture pour réduire les importations et aller vers l’autosuffisance.

« Cette situation a poussé certains docteurs chômeurs à aller alimenter la fuite des cerveaux vers le Canada ou un quelconque pays d’Europe et d’autres font de petits boulots en dehors de leur domaine pour survivre (pâtisserie, couture, vendeurs dans des magasins, jardinage, maçonnerie… « , est-il écrit dans la lettre adressée par des docteurs et doctorants en agronomie.

C’est le cas d’Abdelhamid, docteur en agronomie, âgé de 42 ans. « Je suis au chômage depuis plusieurs années, malgré mes nombreuses demandes de recrutement. Je travaille depuis quelques mois comme vendeur dans un magasin pour subvenir à mes besoins « , dira-t-il.

« Parfois, je me dis qu’il faudrait peut-être que je fasse comme Hocine, un camarade à l’Ecole nationale supérieure d’agronomie qui, après plusieurs année de chômage, a décidé de partir au Canada où il travaille actuellement avec son diplôme « , ajoute-t-il. « Nous souhaitions servir notre pays mais on ne nous le permet pas », regrette-t-il.

Ce sont donc des docteurs et doctorants en agronomie livrés à eux-mêmes, et l’agriculture est presque à l’abandon dans notre pays, alors que le prix du pétrole est en chute et la dépendance alimentaire grandissante.

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