Le 1er novembre 1954 a échappé aux radars du renseignement français
Jean-Charles Jauffret, historien, spécialiste des questions militaires de la guerre d’Algérie :
« Aucun des services de renseignement (SR) ne s’attendait à un mouvement de grande ampleur, mais à des troubles à partir de la fin de l’été 54. Il est plus difficile en temps de paix de faire prendre en considération un renseignement que de l’acquérir. Les Cassandre du renseignement se heurtent à un axiome depuis la très sévère répression de mai-juin 1945 à Sétif et le Constantinois : l’ordre règne en Algérie et les politiques ne veulent rien entendre.
A deux reprises en mai et septembre 1954, le Service des liaisons nord-africaines (SNLA, dirigé par le colonel Schoen) tente d’alerter le gouverneur général, Roger Léonard, mais son information n’est pas prise en considération. Les autres services, sous les ordres du préfet Jean Vaujour, chef de la Sécurité générale d’Alger, avaient choisi de pénétrer les réseaux nationalistes jusqu’à ceux des fabricants de bombes à Alger (…) Fait nouveau, le Deuxième bureau envisage l’éventualité d’une action directe du CRUA. Mais la réunion du Clos Salembier, celle des ‘’Vingt-deux’’ (Clos-Salembier) est ignorée’’.
Claude Faure, ancien officier du SDECE/DGSE, devenu historien du renseignement français. Il est l’auteur, chez Fayard (2004), de « Aux services de la République, du BCRA à la DGSE ». :
Les services français de renseignement n’ont pas vu venir l’insurrection du 1er novembre 1954. « Ils ne s’y attendaient pas. Avant cette date, les efforts du renseignement français, en particulier le 2e bureau et le SDECE, sont tournés vers l’Indochine. L’Algérie est couverte par les services de police – RG, DST, gendarmerie – et le Service des liaisons nord-africaines (SNLA) du colonel Schoen. En mars 1954, la DST déclenche une opération dite ‘’Sirocco’’ destinée à démanteler un réseau d’activistes.
Le mois suivant, des rapports des RG et de la DST atterrissent chez le gouverneur général, Roger Léonard, et le patron de la sécurité générale en Algérie, Jean Vaujour. Teneur des notes reçues : de petits stocks d’armes et d’ateliers de fabrication de tracts et de bombes ont été découverts dans plusieurs villes du territoire. Les services de renseignement ont en leur possession quelques informations sur ce qui se passe, sur ce qui pourrait se préparer. Mais à aucun moment, ils ne pensent à l’imminence d’une insurrection générale’’.
L’insurrection déclenchée, « le président du conseil, Pierre Mendès France, instruit les ministres de l’intérieur et de la défense de mobiliser tous les services. Une priorité est fixée : neutraliser les chefs et venir à bout du mouvement. Le général Cherrière, commandant des forces en Algérie, décide de mettre en place dans toute l’Algérie des centres de renseignement opérationnel.
Toute la politique du renseignement va se faire à la lumière de l’expérience indochinoise. Dès décembre, une structure du 11e choc, le bras opérationnel du SCEDE, est mise sur pied pour les besoins d’opérationnelles spéciales en Algérie. Les choses s’accélèrent à partir de 1955. Un arrêté interministériel daté du 11 mai définit la stratégie du renseignement français et en fixe les priorités. Un comité « Algérie » est installé auprès du directeur du SDECE. L’immigration algérienne est particulièrement sont surveillée. Outre la DST et les RG, on mobilise le SDECE pour la première fois en métropole.
Fixées par le pouvoir politique, elles sont principalement au nombre de deux : l’élimination des chefs politico-militaires et le démantèlement des réseaux d’armement du FLN. Des bateaux ont été détruits et des filières démantelées, notamment en Allemagne.
Sur le premier point, citons l’opération qui a ciblé au moyen d’un poste piégé le chef de la wilaya 1 ou le plan avorté de liquidation de Ben Bella au Caire’’. Les services de renseignements ciblent également les dirigeants de la Révolution dont Boudiaf, Aït-Ahmed, Ben Bella et Khider qui se trouvaient – en compagnie de Mostéfa Lacheraf – à bord de l’avion détournée par l’armée française. ‘’A l’origine, un renseignement du chef de poste du SDECE à Alger, le lieutenant-colonel Germain, selon lequel quatre des chefs historiques du FLN, Ait-Ahmed, Ben Bella, Boudiaf et Khider allaient emprunter un avion de la Royale air Maroc desservant Tunis via l’Algérie.
Max Lejeune, secrétaire d’Etat aux forces aux armées dans le cabinet de Guy Mollet, dit ‘’ok’’ pour le détournement. Jusqu’à la fin de la guerre, le SDECE s’efforcera de suivre à la trace les dirigeants du FLN au Maghreb, en Egypte, dans les pays de l’Est, en Allemagne, en Suisse et en Italie. Il mobilisera à cet effet ses antennes locales et sollicitera un échange d’infos avec les services alliés ».