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Op-Ed

L’axe Rome-Moscou, la nouvelle donne en Libye

Rome donne-t-elle le coup de grâce à l’initiative française pour le règlement du conflit libyen ? En tout cas l’intense activité diplomatique du ministre italien des Affaires étrangères, Enzo Moavero Milanesi, laisse penser que Rome compte défendre mordicus ses intérêts et sa sphère d’influence en Méditerranée contre les visées françaises, jugées très encombrantes, voire comme une intrusion dans l’espace de l’ancien colonisateur, voisin immédiat et principal investisseur dans le domaine énergétique en Libye.
Dans sa démarche, Rome compte d’abord sur le soutien américain visiblement en faveur de la tenue d’un sommet en Italie, sur un accord de principe du maréchal Haftar, probablement grâce aux Russes. Or ces derniers ne font pas l’unanimité au sein de l’UE entre « Atlantistes » et « Européens » compte tenu des différends qui opposent actuellement l’UE et la Russie. Mais la Russie, forte de ses succès contre le terrorisme en Syrie et de son influence grandissante en Méditerranée orientale, s’impose de fait comme un acteur incontournable dans le règlement de l’équation libyenne. L’Italie, son partenaire privilégié, n’hésite pas à l’introduire dans sa stratégie, n’en déplaise à ceux qui voient de mauvais œil se revitaliser l’axe « Moscou-Rome », qui semble d’ailleurs plus prometteur que l’initiative française condamnée depuis son lancement à l’échec.
Au cours de sa visite à Moscou, le ministre italien des Affaires étrangères a d’ailleurs invité le président russe Vladimir Poutine à la conférence sur la Libye. Il est évident que l’Italie aux côtés de la Russie s’octroie plus de poids à la table des négociations en novembre prochain en Sicile. Et comme la position de l’Italie est différente de celle de la France sur la question des élections qui doivent se tenir en Libye, on devine clairement le sort réservé à l’initiative de Paris. D’ailleurs les salves accusatrices des médias occidentaux traduisent parfaitement ce malaise européen à l’égard de la Russie. La dernière attaque en date est venue du journal anglais « The Sun » qui affirme que « la Russie commence à s’installer en Libye pour soutenir le général Haftar et diriger des flux migratoires contre l’Occident ». Des accusations que rejette Moscou, les considérant comme « une tentative de rejeter sur la Russie la responsabilité pour la destruction » de la Libye. Reste à savoir dans ce cas l’objectif d’une telle animosité médiatique de la part des Britanniques contre la Russie ? Certains observateurs n’hésitent pas à voir se cristalliser une crainte d’un rapprochement entre Washington et Moscou sur le règlement du dossier libyen, avec une mise à l’écart d’autres acteurs influents de l’OTAN qui ont militairement participé à la chute du régime de feu Maâmar Kaddafi. Des acteurs qui risquent de se voir exclure du partage de marchés dans un pays marqué par la reprise du secteur pétrolier, rendu possible notamment grâce au retour de l’italien ENI et du géant russe Rosneft.

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