L’auteure Adila Katia au JI : «Khalice Jade incarne la créativité et la force des femmes du Sud»
Au terme d’une soirée marquante en hommage à Saliha Regad, alias Khalice Jade, Le Jeune Indépendant a échangé avec Adila Katia, ancienne chroniqueuse et autrice engagée pour les questions culturelles et sociales en Algérie. Elle y a célébré « une figure phare de la scène artistique du Grand Sud du pays », dans le cadre de la 10ᵉ édition du Festival culturel national de la création féminine.
Le Jeune Indépendant : Pour commencer, à l’occasion de ce Festival, vous avez pris part à un panel consacré à l’hommage rendu à Khalice-Jade. Pouvez-vous nous en dire un peu plus à ce sujet ?
Adila Katia : Ce festival a été une véritable célébration de la créativité féminine. J’ai eu l’honneur d’y évoquer, à ce titre, le parcours de Saliha Regad, connue sous le nom de plume Khalice Jade, une figure emblématique de la littérature et de l’art du Grand Sud algérien. Sa vie et son œuvre incarnent à merveille la force et la sensibilité des femmes du désert, des femmes ancrées dans leurs traditions tout en étant ouvertes sur le monde. Il y a, par ailleurs, lieu de noter que cette auteure est une pionnière, c’est la doyenne des écrivaines francophones du Sud, surnommée affectueusement par ses amis la Reine des Zibans. Son parcours est juste fascinant ! Sa sensibilité s’est peut-être exacerbée par le fait d’avoir perdu son père très jeune, d’avoir été déracinée à trois reprises dans sa vie.
Elle est née à Ouled Djellal. Adoptée par sa sœur, mariée à un cousin devenu son tuteur légal, elle s’est, ensuite, installée avec eux dans le nord de la France. Elle y a vécu près de vingt ans, période durant laquelle elle a nourri son talent artistique et découvert sa voix d’auteure. En 1964, à seulement onze ans, elle obtient un premier prix de poésie, salué par le quotidien La Voix du Nord. Ce fut le début d’une longue aventure artistique nourrie par la passion de l’écriture et de la création sous toutes ses formes.
Comment s’est poursuivie son aventure après son retour en Algérie ?
De retour au pays, elle s’est mariée, a eu quatre enfants et a adopté une fille, dont elle raconte l’histoire dans son roman Le vœu ou El Maram, publié en 2011 par le ministère de la Culture. Cette œuvre illustre parfaitement ses valeurs d’amour, de solidarité et de dévouement familial. Khalice Jade n’est pas qu’une écrivaine ; elle est aussi peintre, poétesse, nouvelliste, conteuse et professeure haïkiste. Une artiste complète.
Son œuvre est riche et diversifiée. Quels titres retenir selon vous ?
Il y en a tellement… Parmi les plus connus, on peut citer Parmi les gazelles, L’intégral d’un passé, Abnégation, La rage des mots – absurde réalité, Tourmente silencieuse, Le vœu dans le patio, Au-delà du Noshaq – Femme louve, ou encore Ma plume ? Mon arme !. Elle a également publié des recueils de poésie tels que Cristal – éclats de vers ou À l’encre de mon âme – j’écris vos maux. Ses œuvres traversent les genres et les générations. Certaines ont même été adaptées au théâtre, en Algérie comme en France. La diversité de ses œuvres reflète son indéniable créativité et sa capacité à toucher un large public. Elle a quinze anthologies et les plus récentes sont aussi publiées au pays à Aframed Editions. Elle est en train de finaliser un essai sur Albert Camus. Depuis quelques mois, Khalice Jade est directrice de traduction à Inner Child Press aux USA.
Elle est aussi très engagée dans des projets collectifs et solidaires, si je ne me trompe pas ?
Oui, c’est une dimension essentielle de son parcours. Elle a initié et coordonné plusieurs recueils internationaux en faveur d’œuvres caritatives : Femmes en vers, Les enfants du désert, Diadème de la Nation, Orphelins, Ces petits vieux d’ici et d’ailleurs, ou encore Femme divine – matrice du monde. À travers ces projets, elle a contribué à donner la parole à ceux et celles qu’on n’entend pas assez, à défendre les droits des femmes et des enfants.
Le festival lui a rendu un hommage appuyé cette année…
L’hommage qui lui a été rendu cette semaine célèbre non seulement ses talents artistiques, mais aussi son profond engagement en faveur des valeurs de solidarité, de paix et d’amour. Saliha Ragad, alias Khalice Jade, incarne la puissance de la créativité mise au service du changement et de la justice. Son parcours exemplaire inspire un grand nombre de personnes, artistes et de citoyens engagés.

Quels sont les principaux tableaux qu’elle a réalisés et quelle en est la particularité ?
Elle a signé plusieurs tableaux parmi les plus connus, tels que « L’Araignée », une pièce issue de la série Les Insectes Robotisés de l’An 4000, mêlant encre de Chine et art numérique. « Un trait c’est tout », une toile abstraite explorant les possibilités de l’art numérique. « Hallucination », une œuvre représentant une silhouette mystérieuse et des formes ondulantes, accompagnée d’un poème. « El-Ksar », une création numérique mettant en valeur l’architecture et la culture algériennes. Et enfin, « L’Homme bigarré », une peinture mixte alliant acrylique et retouches numériques. Certains de ces tableaux ont d’ailleurs été utilisés comme couvertures de livres.
Vous avez aussi rencontré d’autres femmes venues du Sud pendant le festival. Qu’avez-vous retenu de ces moments de partage ?
Ces femmes du Sud symbolisent la force, la résilience et la richesse d’une culture profondément enracinée dans l’histoire et la tradition.
En tant qu’auteure, j’ai eu, lors du Café littéraire, le bonheur de rencontrer ces autrices venues du Sud, qui, à travers leurs écrits, racontent l’histoire de leur région — des récits de courage, de lutte et de beauté, malgré les défis du quotidien.
D’autres participantes ont, quant à elles, mis en avant un savoir millénaire : l’art du tissage, la teinture des laines avec des produits naturels, la confection de produits biologiques et l’usage des remèdes traditionnels. La nouvelle génération, inspirée par cet héritage, a su créer des œuvres originales dans le domaine du stylisme et de la bijouterie artisanale, offrant aux visiteurs des pièces uniques.
Le Festival a ainsi mis en lumière ces femmes en honorant leurs parcours, leur vécu et leurs contributions, participant à une meilleure reconnaissance de leur rôle prépondérant dans la société. Elles sont le cœur battant d’un patrimoine précieux.
Un dernier mot ?
Je crois que ce festival est une belle leçon de fierté et d’unité. Ces femmes du Sud ne représentent pas seulement leur région. Ces dernières portent en elles l’âme de l’Algérie, sa diversité et sa force. Leur créativité est notre héritage commun. De quoi être fiers de la diversité et de la richesse de nos cultures !