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Culture

L’artiste peintre Dounia Hedid : «Ne jamais oublier d’où l’on vient..»

L’artiste peintre Dounia Hedid : «Ne jamais oublier d’où l’on vient..»

L’artiste peintre Dounia Hedid revient avec une nouvelle exposition. Cela se passe à la galerie d’art de l’hôtel Sofitel (Alger).

Cet événement qui durera jusqu’au 31 Octobre, est intitulé « Identité ». Il s’agit d’un voyage nostalgique qui interroge l’Algérie par le biais de son patrimoine culturel et folklorique.

Des peintures qui résonnent comme un appel sincère, exhortant le spectateur à revenir aux sources. Très attachée aux racines, Dounia Hedid veut être au four et au moulin. Son pinceau a revisité des ruelles, des costumes, des bijoux du tifinagh et surtout des femmes. Le fait est irréfutable.

L’algérianité est l’élément central de ses œuvres. Tout compte fait, notre artiste clame à tue tête l’enracinement culturel. C’est ce qu’elle nous livre à travers cet entretien où il était question de revenir sur ses choix, son style et sa démarche artistique.

Le Jeune Indépendant : vous évoquez l’attachement aux racines à travers vos peintures. C’est même la prolongation de votre première exposition (voyage nostalgique). Comment ce choix s’est-il imposé ?
Dounia Hedid : Je ne voulais pas focaliser mon attention sur un seul aspect de la culture algérienne. C’est une multitude de sensations, de ressentis qui renvoient au thème principal, à s’avoir l’identité.Pour répondre à votre question, le patrimoine algérien était un choix spontané, mais il représente tout pour moi. Disant que je le vois comme mon domaine de prédilection. Il s’agit d’un héritage, d’une histoire assez riche porteuse de traditions ancestrales. On le voit à travers la musique, les chants et les costumes. Autrement dit, tout ce qui accompagnait la vie de nos aïeux. 

Le patrimoine matériel et immatériel reste quelque chose d’incommensurable. Nous, en tant qu’artistes, on a vraiment de la matière pour mettre en valeur tout ce qui est algérien.
La femme est assez présente dans vos œuvres, en témoigne : son de l’âme et la femme bleue. Que voulez vous lui attribuer comme image ?

La femme algérienne représente cette identité par excellence. Beauté, élégance et pudeur, elle suscite tant d’admiration. Ce qui explique mon dévouement bien entendu. Cela n’a rien d’extrémiste, les hommes ont aussi une place dans mes peintures. Je dois préciser une chose à ce propos : je ne suis pas féministe. Mon choix est véhiculé par une raison particulière. En fait, la figure maternelle avait joué un rôle déterminant dans ma vie. Quand j’évoque ma mère, cela me fait penser à une personne qui m’a tout appris.

C’est ainsi que j’ai découvert le rôle que jouent les femmes dans notre société. Je fais du mieux que je peux pour véhiculer cette image, et ce, partout où je vais.
Vous alternez entre le figuratif et une certaine forme d’expressionisme abstrait. De quel style artistique vous sentez vous le plus proche ?

J’aime bien tout ce qui est figuratif. C’est-à-dire, représenter les choses telles qu’elles sont. Je veux surtout mettre les spectateurs du 3ème art dans une position plutôt confortable. Autrement dit, lui laisser assez d’espace pour apprécier la beauté de la chose.

Le public algérien est rarement attiré par l’abstrait, le figuratif lui permet justement de l’initier, d’apporter une certaine clarté. Les réactions sont positives, mais j’estime qu’il y a tout un cheminement si on veut vraiment aider le spectateur à décortiquer nos œuvres. Et cela passe par une certaine simplicité.

Quel regard portez-vous sur le tifinagh que vous avez introduit sur l’une de vos toiles ?

J’aurais aimé maitriser le tifninagh. Seulement voilà, il n’y a pas assez d’écoles pour apprendre cette langue qui est intimement liée avec notre histoire. Je me suis beaucoup intéressée aux proverbes berbères, qui parlent de la vie et qui donnent des leçons.

C’est une source de sagesse et de méditation. Je ne parle pas Kabyle mais peu importe, cela ne m’a pas empêché d’adopter cette langue.
Sur l’une des toiles, j’avais repris ce fameux proverbe en tifinagh : Tu peux aller ou tu veux mais n’oublies jamais d’où tu viens. Une chose qui correspondait au thème de l’exposition.

Compteriez-vous rester dans le même contexte, à savoir mettre en valeur la richesse de notre patrimoine ?

Pour le moment je ressens le besoin de peindre l’Algérie, de mettre en exergue sa beauté, son histoire et sa richesse culturelle. Cela m’inspire dans le sens où j’ai beaucoup de choses à découvrir.

Donc, je ne compte pas aller vers d’autres thèmes. Certes, il m’arrive de m’évader avec certaines toiles qui abordent d’autres sujets. Mais dans les expositions que je fais, je me contente de représenter notre patrimoine. C’est tout un monde pour moi. Je parle ici d’un fil conducteur : ne jamais oublier d’où l’on vient.

La mondialisation n’est elle pas un obstacle pour s’adresser aux algériens d’aujourd’hui ?

La peinture est considérée comme une nouveauté pour les jeunes, rares sont les gens qui s’intéressent à notre travail. Je pense qu’il s’agit d’un cercle restreint. Cependant, les amateurs du 3ème art sont ouverts à toutes les disciplines artistiques, une chose impressionnante que je ne soupçonnais même pas.

Qui dit mondialisation, dit réseaux sociaux. Cela pourrait être un excellent support pour inciter les jeunes à adopter la peinture. C’est une question de volonté, car l’accès à l’information est devenu facile.

Dernière question. Que voudriez-vous ajouter à votre parcours artistique ?

Autant qu’artiste autodidacte, je cherche à m’améliorer, à développer mon propre style, et ce à travers l’opinion des autres. Le chemin est encore long car je dois parfaire mes connaissances. J’espère pouvoir voyager, partager ma culture et m’inspirer de ce que je pourrai voir, et pourquoi ne pas faire des rencontres fructueuses et enrichissantes. 

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