-- -- -- / -- -- --
Nationale

L’Appel de Londres, halte prédominante du parcours du Zaïm

L’Appel de Londres, halte prédominante du parcours du Zaïm

Le plus célèbre opposant politique algérien n’a jamais cessé, depuis son évasion de la prison d’El Harrach et son installation en Suisse en 1966, de brocarder les régimes qui se sont succédé depuis juillet 1962 à Alger. Ses conférences sur le devenir de l’Algérie, tant sur les bords du Lac Léman, à Paris, à Bonn ou à Madrid, suscitaient un intérêt particulier.

D’abord pour la presse européenne, mais aussi pour les Algériens émigrés en Europe, en particulier des intellectuels berbérophones classés plutôt« à gauche ». Mais il faut dire que la sortie jugée comme étant la plus importante dans le parcours de l’exilé politique reste le « Sommet » de Londres en 1985, qui avait réuni le fondateur du FFS et le défunt Ahmed Ben Bella, premier président de la République algérienne et, par la suite, président du Mouvement de la démocratie en Algérie (MDA).

Les deux hommes ne s’aimaient pas, bien qu’ils fussent deux grands responsables du FLN de l’Algérie combattante. « Aït Ahmed était pragmatique. C’était un homme qui savait passer l’éponge pour la bonne cause. Pour faire avancer le processus de démocratie en Algérie en mettant la pression sur les dirigeants d’Alger », estime un journaliste d’un quotidien francophone d’Alger.

Notre interlocuteur, qui a eu à se frotter pendant des années au plus vieux parti d’opposition d’Algérie,indique que la rencontre de Londres ne pouvait avoir l’importance qu’elle a eue n’était la présence de deux grosses pointures de la Révolution algérienne.

Les deux « historiques » étaient contraints d’oublier leurs différends car affrontant un « adversaire » commun, mais tenant à préciser que leur action, essentiellement politique, était avant toute chose d’essence pacifique.

La Constituante, le crédo du FFS

Le communiqué qui a sanctionné leur réunion fait office d’un véritable livre blanc sur la démocratie en Algérie. En témoigne cet extrait qui relève que les signataires du communiqué (Aït Ahmed et Ben Bella) « tiennent à préciser qu’ils ne se présentent pas comme alternative de gouvernement ou équipe de rechange ». « Le but étant d’animer une profonde dynamique politique en vue de la démocratisation des institutionset de la société algérienne ».

La réunion de Londres fait ressortir que « la seule voie de salut pour l’Algérie est l’instauration d’un régime démocratique véritable » fondé sur les principes du respect des droits de l’homme, la tolérance, la liberté de conscience, le pluralisme idéologique et politique.

Visionnaires, les deux compagnons du FLN historique avaient évoqué le « droit d’association, de constitution de partis politiques », à quatre ans seulement du vote de la Constitution de 1989 consacrant le multipartisme et ses « à côtés » telle la liberté de la presse, la liberté syndicale et la protection du droit de grève.

Hocine Aït Ahmed était resté constant dans sa vision politique, préconisant à chaque sortie médiatique la nécessité absolue d’aller vers une Constituante, « le prélude unique pour asseoir une démocratie pérenne en Algérie ».

Pour lui, « c’est le pouvoir constituant qui définit le pouvoir constitué et non l’inverse. Le pouvoir constituant revient au peuple algérien ». « L’élection au suffrage universel d’une Assemblée nationale constituante est l’unique source de légitimité. Il appartient à cette assemblée de doter le pays d’une Constitution.

Le respect des droits de l’homme et la promotion des libertés démocratiques doivent y être incorporés sous forme de lois fondamentales s’imposant tant aux gouvernants qu’aux citoyennes et citoyens », recommandait le chef du FFS, qui devait inclure cette manière de gouverner dans le communiqué commun cosigné avec Ahmed Ben Bella, sous résidence surveillée sous Boumediene et libéré ensuite par Chadli Bendjedid.

Ni Etat policier ni Etat intégriste

Après 23 ans d’exil, Aït Ahmed rentre en Algérie en décembre 1989. Après moultes péripéties, le FFS est finalement reconnu. À l’occasion de l’annulation du premier tour des élections législatives de 1991, Aït Ahmed met en garde contre le danger de voir les armes prendre le pas sur les urnes. Son parti organise, le 2 janvier 1992, la plus grande manifestation que la capitale ait connue depuis l’indépendance, avec pour credo « Ni État policier ni République intégriste ». En juin 1992, une semaine avant l’assassinat de Mohamed Boudiaf, Aït Ahmed propose une conférence nationale destinée à promouvoir une sortie de crise sur le modèle sud-africain. Après l’assassinat de Boudiaf, le climat de terreur et le verrouillage total de la vie publique s’aggravant, Aït Ahmed préfère s’exiler pour continuer à mener son combat pacifiquement.

Commentaires
Email
Mot de passe
Prénom
Nom
Email
Mot de passe
Réinitialisez
Email