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Nationale

L’APN tourne le dos au peuple

L’APN tourne le dos au peuple

Les centaines de députés vont officiellement prendre deux mois de vacances. Au plus fort du mouvement populaire et de la crise politique qui règne dans le pays, les deux chambres du Parlement vont se mettre en mode silencieux. Pour certains, la situation exceptionnelle que vit le pays exige de la part de ces institutions un minimum de responsabilité et de vigilance pour peser sur le futur immédiat et, notamment, l’amorce du processus électoral. Le départ en vacances, décidé d’une manière solennelle, est déjà qualifié comme une sorte de mépris à l’endroit même des autres institutions de l’Etat, comme l’ANP, qui tentent et œuvrent à faire régner le calme et la stabilité, et à trouver ou accompagner les acteurs politiques et sociaux dans leur quête d’une sortie de crise.

Bien qu’au-delà de l’insolence de cette décision de la part des responsables parlementaires, il est notoirement connu que l’APN et le Conseil de la nation n’ont jamais été des fers de lance dans la vie politique nationale, ni les lieux de prédilection de luttes réelles. Jamais ce Parlement n’a daigné tenir une seule session plénière pour débattre de la crise, des revendications des millions de marcheurs et manifestants pacifistes.

Fermé au peuple, décrédibilisé auprès des citoyens et vidé de son élite, ce Parlement perd ainsi tout respect. Apanage de partis qui se nourrissaient au sein de la mouvance affiliée au régime de l’ex-président Abdelaziz Bouteflika, l’APN n’était qu’une caisse de résonance ou une boîte postale. Toutes les lois des anciens gouvernements, mêmes les plus impopulaires ou les plus controversées (comme la loi sur la planche à billets) étaient entérinées à main levée, en dépit des faibles résistances ou critiques de la part de l’opposition fragilisée et démembrée.

Bien plus grave, le bilan de ce Parlement en dix mois d’activité est catastrophique. Dominé par le FLN, le RND, Taj et le MPA, dont les chefs sont soit en prison, soit sous le coup de poursuites judiciaires et d’enquêtes anti-corruption, le Parlement a connu en automne dernier sa première crise, symptomatique d’une plus grande dérive des institutions de l’Etat. L’affaire du cadenas en octobre dernier, qui a vu interdire par ses propres alliés à l’ancien président de l’APN, Saïd Bouhadja, l’accès à son bureau, et son silence complice, ainsi que l’arrestation en flagrant délit de corruption d’un sénateur à Tipasa ont été des signes qui ne trompent pas.

Passés l’émoi et l’étonnement, c’est encore le hirak et le refus du cinquième mandat pour Bouteflika qui vont lever des couvertures et éclairer l’opinion sur l’ampleur de la corruption, la dilapidation des deniers publics, la rapine et les trafics d’influence. Aujourd’hui, une quarantaine de membres de ces deux chambres sont dans le collimateur de la justice. Cette dernière vient de demander la levée de l’immunité parlementaire à des députés (une trentaine déjà) ou sénateurs, impliqués dans des affaires délicates d’ordre pénal. Une descente aux enfers qui n’a pas encore livré tous ses secrets.

C’est donc en application de l’article 135 de la Constitution que Bouchareb et Goudjil, les présidents des deux chambres, vont tenir une ultime session plénière ce lundi. A l’ordre du jour, une validation de la qualité des nouveaux députés et faire des adieux.

Cependant, comme pour atténuer l’incartade auprès des citoyens, l’Assemblée a affirmé « sa pleine disponibilité » à examiner tout projet de loi dont elle sera destinataire durant la période de clôture et veillera, exceptionnellement, à son inscription à l’ordre du jour de ses travaux.

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