L’ambassadeur d’Iran au Jeune Indépendant : « La seule issue pour mettre fin à la guerre est la reconnaissance des droits légitimes de l’Iran »
Dans un entretien accordé au Jeune Indépendant, l’ambassadeur de la République islamique d’Iran à Alger M. Mohammad Reza Babaei brise le silence sur l’escalade sans précédent qui secoue le Moyen-Orient. Entre révélations sur les coulisses d’une diplomatie « sabotée » par Washington et détails poignants sur le bilan humain des récentes frappes, le diplomate livre une analyse sans concession. Alors que le spectre d’une guerre régionale totale plane sur la région, il clarifie la position de Téhéran sur la succession rapide à la tête de l’État après l’assassinat de l’Ayatollah Khamenei et pose les conditions non négociables d’un cessez-le-feu. Un plaidoyer de fermeté où l’Iran, entre souveraineté et résilience, évoque la fermeture définitive de la parenthèse diplomatique avec les États-Unis.
Le Jeune Indépendant : Quel est le bilan réel des pertes civiles et des infrastructures depuis le début de la guerre et comment répondez-vous aux allégations américaines concernant le ciblage des hauts dirigeants de l’État iranien dans le but de provoquer un « changement de régime » ?
L’Ambassadeur : Le 28 février, correspondant au dixième jour du mois de Ramadan, le régime sioniste et l’Amérique ont lancé une opération militaire conjointe contre la République islamique d’Iran. Cette attaque constitue une agression illégale et injustifiée, représentant une violation flagrante de la Charte des Nations Unies. Pour la deuxième fois en neuf mois, l’Amérique a attaqué l’Iran alors que des négociations étaient en cours.
Malgré nos suspicions, nous avions accepté de donner une chance à la diplomatie, à la demande de pays amis et via une médiation omanaise. Un accord était possible, mais l’Amérique nous a trahis et a cherché à imposer ses exigences par la force. Cette agression a débuté par l’assassinat du dirigeant légitime et grande autorité religieuse, Son Éminence l’Ayatollah Al-Udhma Khamenei, dans son bureau avec sa famille. Le même jour, 160 écolières ont péri en martyrs dans une école primaire de la ville de Minab. Les bombardements ont également touché des hôpitaux, des aéroports et des installations pétrolières, entraînant le martyre de plus de 1 400 citoyens, dont les deux tiers sont des civils.
L’objectif de l’ennemi était clairement le « changement de régime » et la partition de l’Iran. Mais grâce à la défense héroïque et à l’union du peuple autour de sa direction, leurs plans ont échoué. Ils ont alors eu recours à la vengeance contre les infrastructures et les centres économiques.
Rassurer les voisins du Golfe
Quel est votre message aux pays voisins touchés par les échanges de tirs pour garantir que la région ne bascule pas dans une confrontation globale ?
Ce n’est pas nous qui avons commencé la guerre, elle nous a été imposée. Nous utilisons nos capacités pour défendre notre souveraineté, et nos ripostes sont exclusivement dirigées vers la source de la menace. Nos missiles ciblant l’entité sioniste n’atteignent pas le territoire américain ; par conséquent, nous ciblons les bases et les intérêts américains dans la région, considérés juridiquement comme des « territoires américains ».

Nous sommes attachés à une politique de bon voisinage, mais nous avons averti les pays voisins que les Etats-Unis pourront exploiter leurs territoires pour nous agresser. Malheureusement, des missiles sont actuellement tirés et des espaces aériens de pays voisins sont utilisés pour attaquer l’Iran, ce qui nous oblige à frapper la source de la menace. L’insécurité dans les couloirs de navigation et de transport pétrolier est la conséquence directe de l’agression américano-sioniste. Il appartient à tous d’agir pour stopper cette agression avant que ses conséquences ne s’étendent au monde entier.
Le « Conseil des Experts » scelle la succession
Des tractations ont eu lieu au sein des hautes sphères du pouvoir iranien suite à l’assassinat du Guide Suprême. Quelle est la signification du dénouement rapide du dossier de la succession dans ce contexte sensible ?
Conformément à l’article 110 de la Constitution, et en l’espace d’une seule semaine malgré les conditions de guerre et les bombardements, le Conseil des Experts s’est réuni et a choisi le nouveau Guide, Son Éminence l’Ayatollah Sayyid Mojtaba Khamenei. Ce processus porte des significations catégoriques :
- L’Iran est un État doté d’institutions juridiques solides qui ne sont pas ébranlées par les crises.
- Ce choix a reçu une large adhésion de la part de tous les rouages du système, des courants politiques et du peuple.
- Le choix d’une personnalité ayant une telle proximité intellectuelle avec le Guide martyr garantit la continuité de la ligne politique.
- Le message le plus important est que l’Iran est un État indépendant ; aucune partie extérieure ne peut lui imposer un dirigeant. La gestion des affaires du pays se poursuit avec une force inébranlable dans cette nouvelle phase.
L’Iran ferme la porte au dialogue avec Washington
Alors que Washington insiste sur une « reddition inconditionnelle », la porte de la diplomatie reste-t-elle ouverte ? Quelles garanties internationales demandez-vous pour revenir à la table des négociations ?
Nous privilégions la diplomatie, mais notre expérience avec l’Amérique, particulièrement sous l’administration actuelle, a prouvé que négocier avec elle n’a aucun sens. Ils nous ont trahis en juin dernier en pleines négociations, et ont réitéré cette trahison cette année après trois rounds de dialogue, alors qu’ils prétendaient vouloir une solution pacifique avant de lancer leur agression.
Par conséquent, nous affirmons que la porte du dialogue avec l’Amérique est fermée et ne figurera plus à notre ordre du jour. La seule issue pour mettre fin à cette guerre est : l’acceptation des droits légitimes de l’Iran, le versement de réparations et un engagement international ferme à ne plus agresser l’Iran.
Conclusion: « L’Iran, fort d’une histoire civilisationnelle de sept mille ans, ne s’incline pas devant l’invasion et sortira victorieux de cette bataille. »