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Nationale

L’ambassadeur des Pays-Bas au Jeune Indépendant : “Nous espérons davantage d’ouverture de la part de l’Algérie”

L’ambassadeur des Pays-Bas au Jeune Indépendant : “Nous espérons davantage d’ouverture de la part de l’Algérie”

L’ambassadeur du Royaume des Pays-Bas en Algérie, Robert Van Embden, dont le pays fut l’hôte de la ville des Ponts durant une journée intitulée « Journée des Pays-Bas à Constantine » revient dans un entretien au Jeune Indépendant sur les relations algéro-néerlandaises, les perspectives de coopération entre les deux pays, et sur l’évènement auquel l’humanité entière est suspendue : le coronavirus. 

Le Jeune Indépendant : Peut-on savoir ce qui a motivé l’organisation d’une journée des Pays-Bas à Constantine?

Robert Van Embden : C’est la première fois qu’on propose une telle formule en Algérie avec laquelle les Pays-Bas entretiennent des relations de longue date. Nous sommes en train d’intensifier ces relations, et par conséquent nous avons jugé utile de ne pas seulement se focaliser sur la capitale Alger, mais aussi sur les autres régions de ce vaste pays, en l’occurrence l’Est, l’Ouest et le grand Sud. Nous estimons que c’est aussi important.

Y a-t-il un intérêt particulier pour ces régions ?
Il y a plusieurs secteurs économiques où il est possible de coopérer, notamment dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et le secteur maritime. Il y a de multiples options de partenariat réalisables à travers le pays. Et nous sommes certains que cette coopération ne peut seulement se limiter à des échanges commerciaux, mais elle devrait aussi s’articuler autour du partage du savoir-faire, et sur ce point nous sommes prêts à soutenir l’Algérie dans cette nouvelle étape de son histoire à travers, par exemple, l’accompagnement des jeunes aspirant à créer leur propre entreprise, ou encore accompagner le processus de diversification, surtout dans un secteur que l’on considère comme traditionnel dans notre pays, celui de l’agriculture. Lequel nous intéresse en particulier. Nous avons une longue tradition en ce sens. Les Pays-Bas sont le deuxième pays exportateur de produits agricoles et agroalimentaires au monde, pas au niveau du volume, mais en termes de valeur ajoutée. La filière lait contribue à elle seule à plus de 7% dans la balance commerciale de notre pays.

Quelles perspectives pour la coopération entre les deux pays ?
L’Algérie est notre premier partenaire économique au Maghreb. Le volume des échanges avoisine deux milliards de dollars. Nous importons des hydrocarbures, notamment au GNL, et nous exportons des produits agricoles, principalement laitiers et de la semence de pomme de terre. Hormis ces deux derniers que nous souhaitons avantager, nous aimerions aussi développer d’autres filières comme la culture maraîchère. Ce sont les trois filières où l’Algérie a un grand potentiel pour la production in situ et plus encore pour l’exportation de ces produits, en plus des fruits et légumes comme c’est d’ailleurs le cas des dattes.

Quid des opportunités de partenariat à l’est du pays ?
La région Est et particulièrement la ville de Constantine, troisième ville d’Algérie, est très importante de par ses potentialités. C’est pour cela que nous avons organisé lors de cet évènement « Journée des Pays-Bas » plusieurs activités qui vont dans le sens de cette diversité pour une éventuelle coopération. Ce rendez-vous a touché plusieurs secteurs dont celui économique, avec évidemment le lancement ce matin du programme « Orange corners », une initiative du Royaume des Pays-Bas destinée au Proche-Orient Mena et Afrique qui vise la promotion de start-up et destinée notamment aux jeunes promoteurs. Le secteur de l’agriculture via la contribution d’experts néerlandais qui mettent leur savoir-faire à la disposition des agriculteurs algériens. Et enfin ce soir un rendez-vous culturel avec l’inauguration de l’exposition « World Press Photo », une manifestation organisée l’année dernière à Alger et Oran et que nous avons jugé utile d’en faire profiter cette année Constantine. Autre activité proposée, l’organisation d’un débat par rapport aux défis auxquels fait face le journalisme moderne, et je crois que c’est à vous d’apporter votre jugement sur la teneur et la qualité des débats qui, à mon sens, ont été riches.
J’ai noté aussi un dynamisme dans toutes les sessions auxquelles j’ai pu assister aujourd’hui, que ce soit à l’université avec les jeunes et les enseignants, à l’Institut vétérinaire avec les investisseurs et les agriculteurs, et maintenant avec les journalistes, en attendant l’exposition qui sera inaugurée au plus tard dans la soirée.
Je tiens par ailleurs à vous préciser que vu l’importance que nous accordons à la production laitière, un centre d’excellence verra bientôt le jour à Guelma. Il sera dédié à la formation dans la filière et encadré par des experts néerlandais. Via cette journée, on aimerait aussi cibler d’autres wilayas de l’est du pays.

Au vu de ce constat, y a-t-il un moyen de renforcer la coopération ?
On veut évidement promouvoir les relations bilatérales entre nos pays, principalement entre les opérateurs économiques et la communauté scientifique et aussi entre les deux peuples. L’Algérie a un grand potentiel économique indéniable, en même temps le pays fascine beaucoup de Néerlandais qui ont eu à le visiter dans le cadre de l’intensification de nos relations via les déplacements de délégations. En tout cas, en ce qui concerne mes compatriotes, beaucoup furent impressionnés lors de leur première visite en Algérie et tous ou presque espèrent y retourner dès que l’occasion leur sera offerte.
Je voudrais bien faire en sorte que l’on puisse augmenter le nombre d’étudiants algériens admis à faire des études aux Pays-Bas dans le cadre de programmes de formations spécialisées dans différents domaines.

La mobilité des personnes entre les deux rives est donc appelée à se fluidifier ?
La mobilité des personnes reste de nos jours un défi et la gestion du flux migratoire s’impose non seulement pour nous, mais évidemment aussi pour l’Algérie et pour tous les pays nord-africains, vu leur position géographique. Mais en même temps la migration est aussi une opportunité. Je précise en ce sens que le nombre de visas délivrés par l’ambassade des Pays-Bas aux Algériens a connu une hausse de plus 20% durant l’année 2019 comparativement à l’année d’avant. En chiffres, alors qu’en 2018 le nombre de visas a été de 2 150, il s’est établi à 2 600 en 2019 avec une proportion avoisinant 50% de demandes satisfaites dont la plupart, je tiens aussi à le préciser, avaient une bonne raison de séjourner dans le pays, des étudiants, des hommes et des femmes d’affaires, des visites familiales et même des touristes.
La communauté algérienne aux Pays-Bas est évaluée entre 5 000 et 6 000 personnes installées dans différentes régions. On peut dire que toutes les catégories sont représentées et nous sommes tout à fait ouverts pour accueillir les Algériens avec l’esprit de vouloir promouvoir le contact entre les deux peuples.

Que pensez-vous du hirak et du mouvement populaire en Algérie ?
C’est une époque fascinante pour l’observateur étranger et je considère comme un privilège le fait de pouvoir être témoin de ce développement. A titre personnel, quand j’étais plus jeune dans les années 1980, avant la décennie noire, j’ai pu me rendre en Algérie. Personne n’ignore que votre pays a connu des moments très difficiles de son histoire, un peu trop peut-être comparé à d’autres pays.

On a constaté qu’il y a un dynamisme énorme surtout parmi les jeunes qui veulent vraiment avancer non seulement pour eux, mais aussi pour développer le pays. Je suis convaincu que le système démocratique et l’Etat de droit sont les deux formules les plus aptes à libérer toute l’énergie que peut receler un peuple. Si le citoyen ressent la liberté, il va l’utiliser de manière positive, politiquement et économiquement, et on constate que le gouvernement algérien va dans ce sens. Il veut promouvoir la diversification par le remplacement du modèle qualifié par les experts de rentier, qui dépend exclusivement de l’exploitation des hydrocarbures, par un autre qui permette d’utiliser d’autres atouts que recèle l’Algérie, notamment la ressource humaine. Les histoires de réussite ailleurs sont là pour en témoigner.
Nous espérons en tout cas que davantage d’ouverture va être opérée par l’Algérie pour justement promouvoir sa coopération avec les autres pays et qui ne peut être que bénéfique pour son développement.

Pour finir, comment avez-vous trouvé la ville de Constantine ?
C’est la quatrième fois que je viens à Constantine. Trois fois en mission officielle et une fois avec mon épouse et ma fille pour une visite touristique. Ce fut une balade magnifique. Avec une guide on a pu visiter tous les ponts et on a eu droit à des sensations exceptionnelles que procurent les hauteurs et surtout le ravin. C’est spectaculaire ! On a eu droit à une virée au Musée des antiquités « Cirta » et aussi le privilège de visiter la grande mosquée. La gastronomie constantinoise ne fut pas en reste et on a pu aussi apprécier le riche patrimoine musical de la région, « le malouf ». Et au-delà de cette virée constantinoise, nous avons aussi lors de ce séjour et sur le même itinéraire pu visiter les sites de Djémila et de Timgad. Franchement je ne peux qu’encourager mes compatriotes à venir visiter la région et surtout la ville de Constantine, une ville historique et millénaire qui recèle un grand potentiel pour un tourisme de qualité pour ceux qui s’intéressent à l’histoire ou au patrimoine humanitaire. Cette année, quelques touristes néerlandais ont visité la ville mais il faut reconnaître que le potentiel touristique de la cité est sous-exploité. Il faut le dire, la ville est là, les gens sont très accueillants, je suis sûr que le tourisme va arriver. Comme vous savez, on va inaugurer une exposition photo au niveau d’un ancien palais situé au centre de la vieille cité, je vous invite à y prendre part.
 

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