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Algérie-Chine

L’ambassadeur de Chine au Jeune Indépendant : « 23 millions d’Algériens ont été soignés par des médecins chinois »

L’ambassadeur de Chine au Jeune Indépendant : « 23 millions d’Algériens ont été soignés par des médecins chinois »

L’Algérie et la Chine sont tout d’abord liées par une histoire de lutte contre l’oppression et l’hégémonie d’un Occident compradore. Lorsque le GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) cherchait, dès sa création en septembre 1958, des appuis pour faire entendre les cris de souffrance d’un peuple algérien soumis aux plus horribles actes de violence, de privation et d’humiliation durant la nuit coloniale, la Chine endossa, à bras ouverts, la cause algérienne. Ce soutien, conforté par ceux apportés par de nombreuses nations avides de liberté et de justice, s’est conclu par l’indépendance algérienne du joug colonial français. Depuis sont nés de véritables liens stratégiques, au demeurant marqués par les efforts déployés par la diplomatie algérienne en vue de consacrer le droit de la Chine d’accéder à l’ONU. C’est dans cet esprit que Son Excellence l’ambassadeur de Chine, Li Lianhe, a mis en relief, dans cet entretien au Jeune Indépendant, le niveau atteint en 60 ans par les rapports entre Alger et Pékin, les ambitions qu’ils partagent et les enjeux auxquels ils font face dans un monde en constante mutation. En diplomate chevronné puisqu’il brasse une carrière de 35 ans, Li Lianhe livre son appréciation et son analyse sur des sujets qui confortent la coopération entre les deux pays, mais aussi sur les thèmes qui interpellent le continent africain en matière de coopération, car aussi bien l’Algérie que l’Afrique constituent des partenaires stratégiques pour la Chine. Cette importance est censée trouver sa pleine mesure à travers la mise en place de l‘ambitieux projet de la route de la soie. En interlocuteur fin et mesuré, l’ambassadeur de Chine ne manque pas d’apporter des éclairages sur la guerre commerciale qui oppose son pays aux Etats-Unis, un différend qui exacerbe la tension dans les rapports mondiaux, déjà contrariés par de nombreux conflits, et menace la stabilité sur le marché mondial. Ce bras de fer ne peut être résolu que par le dialogue, estime-t-il.

 Le Jeune Indépendant Le 30 mai dernier, l’Algérie et la Chine ont renouvelé le Protocole portant sur l’envoi d’une équipe médicale par le gouvernement chinois en Algérie, est-ce qu’on s’achemine vers une présence plus accrue du personnel médical chinois en Algérie ?

M. LI Lianhe : En tant que représentants des deux gouvernements, j’ai renouvelé, le 30 mai 2019, le Protocole avec S.E.M. Mohamed Miraoui, Ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière. La coopération dans le domaine de la santé est un segment très important de la coopération amicale sino-algérienne. En 1963, la Chine a envoyé sa première équipe médicale en Algérie. C’est aussi la première équipe médicale chinoise à l’étranger. Depuis 1956, la Chine a mis à la disposition de l’Algérie 26 équipes médicales avec environ 3400 médecins chinois, qui ont traité gratuitement des patients algériens à travers tout le territoire national et ont gagné la confiance et le respect du peuple algérien. Selon les statistiques, les équipes médicales chinoises ont réussi à traiter 23,7 millions de personnes et participer à la venue au monde de quelque 1,6 million de nouveau-nés. En même temps, trois médecins chinois ont perdu la vie en Algérie et sont enterrés dans le pays.
Aujourd’hui, c’est la 26e équipe composée de 81 médecins chinois répartis dans huit wilayas qui prend le relais pour améliorer la santé de la population algérienne, renforcer la coopération médicale et sanitaire entre nos deux pays et consolider davantage l’amitié entre nos deux peuples.
Photo Riad Abada

Le partenariat dans le domaine de la santé constitue un des jalons de la coopération entre Alger et Pékin mais quels sont les autres segments auxquels s’intéressent la Chine en vue de diversifier cette coopération ou la rendre plus forte ?
La Chine et l’Algérie respectent toutes les deux les principes et attachent une importance particulière à l’amitié. La Chine, en tant que premier pays non-arabe qui a reconnu le Gouvernement provisoire de la République algérienne, a témoigné de manière ferme et généreuse son soutien moral et matériel aux amis algériens pendant leur lutte pour la libération nationale.
Et l’Algérie a aussi joué un rôle primordial dans le recouvrement des droits légitimes de la République populaire de Chine au sein de l’ONU et le gouvernement et le peuple chinois lui sont toujours reconnaissants.
Depuis l’établissement des relations diplomatiques entre la Chine et l’Algérie il y a plus de 60 ans, les deux pays s’en tiennent toujours aux principes de respect mutuel, de non-ingérence dans les affaires internes, d’égalité, de prospérité partagée et gagnant-gagnant, et ont entamé des coopérations sincères et fructueuses, rendant les relations sino-algériennes exemplaires dans la coopération amicale et mutuellement avantageuses entre, d’une part, la Chine et l’Afrique, et d’autre part, la Chine et les pays arabes. En 2014, la Chine et l’Algérie ont établi le partenariat stratégique global, les relations bilatérales sont entrées ainsi dans une nouvelle phase de développement.
Lors du Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine, en septembre 2018, les deux pays ont signé le Mémorandum d’Entente sur la construction conjointe de “la Ceinture et la Route de la soie”, ce qui a permis d’offrir de nouveaux domaines de coopération pour les deux pays. Ces dernières années, dans le cadre de la construction conjointe de “la Ceinture et la Route de la soie”, la Chine et l’Algérie ont mené des coopérations fructueuses dans les domaines politiques, économiques, commerciaux, culturels et autres. La confiance politique mutuelle et la coordination réciproque entre nos deux pays se sont renforcées sans cesse, les coopérations pragmatiques ont donné des résultats remarquables, et un grand nombre de projets d’infrastructures, tels que la Grande Mosquée d’Alger et la nouvelle aérogare d’Alger, ont été réalisés ou sont en cours de construction. Et l’Opéra d’Alger offert comme cadeau par le peuple chinois symbolise l’amitié entre les deux peuples tandis que les projets de Port-Centre et de phosphates font l’objet de discussions entre les deux gouvernements. En 2018, le volume des échanges commerciaux bilatéraux a atteint 9,1 milliards de dollars.
L’Algérie, dont les exportations vers la Chine ne cessent de croître, est devenue le 5e plus grand partenaire commercial africain pour la Chine.
Il faut aussi noter que les deux pays ont mené des échanges et des coopérations notables dans les domaines culturel et humain, ce qui a permis de consolider davantage l’amitié entre les deux peuples.
Après six mois de séjour en Algérie, j’ai pu me rendre compte de l’excellence des relations amicales entre nos deux pays. Je suis convaincu qu’avec les efforts conjugués de nos deux pays, la coopération mutuellement bénéfique dans le cadre de “la Ceinture et la Route de la soie” s’approfondira assurément et le partenariat stratégique global sino-algérien aura certainement un plus bel avenir.
L’Algérie est aux yeux de la Chine un acteur clef en Afrique en témoigne la participation d’une forte délégation algérienne au Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine en 2018.

Comment la Chine envisage-t-elle de promouvoir sa coopération avec l’Afrique au milieu d’une concurrence de pays qui ont fait de ce continent leur chasse gardée ?
Le Sommet de Beijing du Forum sur la Coopération sino-africaine a eu lieu en septembre 2018. En envoyant une délégation de haut niveau à Beijing, l’Algérie, a joué un rôle important dans le succès du Sommet. Les différentes parties ont obtenu une série d’acquis de portée et d’influence considérable notamment l’accord conclu par les parties chinoise et africaine pour construire ensemble une communauté de destin encore plus solide. Les “huit initiatives majeures” lancées par le Président chinois XI Jinping ont fait couler beaucoup d’encre. La Chine entend renforcer sa coopération pragmatique avec l’Afrique à travers les huit initiatives sur la promotion industrielle, l’interconnexion des infrastructures, la facilitation du commerce, le développement écologique, le renforcement des capacités, la santé, les échanges humains et culturels ainsi que la paix et la sécurité afin de faire profiter davantage le peuple africain. La partie africaine a hautement apprécié les “huit initiatives majeures”, et a apporté son soutien tout en prenant part à la construction conjointe de “la Ceinture et la Route de la soie”. Les parties chinoise et africaine ont été unanimes à estimer qu’il fallait s’en tenir au multilatéralisme, s’opposer aux actes unilatéraux et soutenir le rôle central de l’ONU dans les affaires internationales.
Le pragmatisme, la grande efficacité et le respect des engagements sont des mérites de la coopération sino-africaine et constituent un atout de taille du Forum sur la Coopération sino-africaine. Suite à la tenue du Sommet de Beijing, le Comité chinois de Suivi du Sommet a immédiatement entrepris la planification, l’attribution des tâches et la détermination de la feuille de route dans le cadre de la concrétisation des acquis. La partie chinoise et la partie africaine, en travaillant ensemble dans la désignation des domaines prioritaires et des projets bénéficiant d’une attention particulière, ont obtenu des avancées encourageantes et réalisé ainsi un bon départ.
Actuellement, la situation internationale traverse des changements aussi profonds que complexes. Les parties chinoise et africaine estiment qu’il y a lieu de tenir une réunion des coordinateurs afin d’assurer une meilleure coordination entre les deux parties, d’orienter la coopération sino-africaine vers la haute qualité et la durabilité au profit des peuples chinois et africain. Par conséquent, elles ont décidé d’organiser les 24 et 25 juin prochain à Beijing la réunion des coordinateurs pour la mise en œuvre des actions de suivi du Sommet de Beijing. Des délégations ministérielles chinoises et de 54 membres africains du Forum participeront à cette réunion et l’Algérie entend dépêcher une importante délégation à ce rendez-vous. J’ai la certitude que grâce aux efforts conjugués des parties chinoise et africaine, cette réunion jouera un rôle positif dans la meilleure mise en œuvre des acquis du Sommet de Beijing et la consolidation du partenariat de coopération stratégique global entre la Chine et l’Afrique.

Actuellement, la communauté internationale prête une grande attention au conflit économique et commercial entre la Chine et les Etats-Unis notamment à travers l’affaire Huawei, quel serait l’issue de ce conflit selon vous ?
Depuis un certain temps, la communauté internationale suit de près l’évolution du conflit économique et commercial entre la Chine et les Etats-Unis, les deux plus grandes économies mondiales, ce qui témoigne de leurs immenses et étroits liens économiques et commerciaux qui influencent de façon considérable l’économie mondiale. En effet, les deux pays sont des partenaires importants en matière de coopération économique et commerciale et constituent l’un pour l’autre le plus grand partenaire commercial et l’un des investisseurs principaux. En 2018, l’import-export des marchandises et services s’est chiffrée à plus de 750 milliards de dollars. Et les investissements directs accumulés de part et d’autre totalisent près de 160 milliards de dollars. La coopération économique et commerciale ont permis de profiter tangiblement aux deux pays et aux deux peuples et de contribuer considérablement à la prospérité et à la stabilité de l’économie mondiale. La coopération sino-américaine sur le plan économique et commercial se caractérise par la réciprocité et le gagnant-gagnant et l’assertion américaine selon laquelle « la Chine gagnante et les Etats-Unis perdants » est infondée et contraire à la réalité. Si la Chine s’accaparait seule les bénéfices et que les Etats-Unis n’en obtiennent pas leur part importante, cette coopération n’aurait été ni durable ni aurait atteint une telle dimension.
Cependant, depuis l’entrée en fonction du nouveau gouvernement américain en 2017, les Etats-Unis ont déclenché des conflits économiques et commerciaux avec leurs partenaires commerciaux principaux dont la Chine tout en les menaçant de sur-taxation.
Face aux menaces américaines, la Chine a été amenée à prendre des mesures adéquates pour défendre ses intérêts légitimes.

Et la Chine s’est attachée à régler le problème par le dialogue et la concertation et en faisant preuve de raison et de retenue.
Elle a eu onze rounds de consultation économique et commerciale avec les Etats-Unis en vue d’aplanir les divergences et préserver la relation économique et commerciale entre les deux pays. Le livre blanc intitulé “La position chinoise sur la consultation économique et commerciale entre la Chine et les Etats-Unis” publiée récemment par la Chine révèle clairement l’historique de cette consultation, expose les actes américains caractérisés par le changement très fréquent de position, le non-respect des engagements et l’exercice de pression excessive sur la Chine, réaffirme la position chinoise consistant à ne pas vouloir engager une guerre commerciale et à ne pas la craindre. La Chine a toujours pris une position en partant des principes de l’égalité, de la réciprocité et du respect des engagements dans les onze rounds tours de consultation. La Chine considère que les deux pays doivent résoudre leurs différends à travers le dialogue franc sur la base du respect mutuel, de l’égalité, de la réciprocité, de la bonne foi et du respect des engagements pour assurer ensemble la stabilité et le développement de l’économie mondiale. La Chine a toujours respecté ses principes et a des lignes rouges dans le dialogue bilatéral. Plus précisément, elle ne cédera jamais sur les questions majeures de la souveraineté, des intérêts vitaux et du droit au développement.
Dans un monde où la multi-polarisation et la mondialisation se développent en profondeur et que les pays deviennent de plus en plus interconnectés et interdépendants, tous les peuples aspirent à la paix, au développement, à la coopération et au gagnant-gagnant, l’unilatéralisme, le protectionnisme et l’hégémonisme, détestés par la communauté internationale, seront voués à l’échec.
Entretien réalisé par Lilia Aït Akli

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