L’Ambassadeur Alexey Solomatine dresse un bilan exhaustif des relations bilatérales : Un axe stratégique renforcé entre Moscou et Alger
Les relations entre la Russie et l’Algérie connaissent une dynamique particulièrement soutenue, cimentée par la signature de la Déclaration de partenariat stratégique approfondi en juin 2023. Forts d’une convergence de vues sur la scène internationale et d’un dialogue politique régulier au plus haut niveau, les deux pays œuvrent activement pour l’émergence d’un ordre mondial multipolaire, dans lequel les intérêts des pays en développement seraient représentés de manière plus équitable, souligne dans un entretien accordé au Jeune Indépendant, l’ambassadeur de Russie Alexey Solomatine.
Cette coopération s’illustre également sur le plan économique à travers des échanges commerciaux bilatéraux en plein essor, l’intensification des partenariats dans l’énergie et l’agriculture, ainsi que des perspectives prometteuses de collaboration renforcée dans les domaines technologiques et douaniers. Dans un contexte international marqué par de profondes mutations, l’Algérie s’affirme comme un partenaire clé de la Russie, notamment en tant que pilier de la stabilité et de la sécurité sur le continent africain.
Cette position centrale se traduira par des participations majeures aux prochains grands rendez-vous diplomatiques et sectoriels accueillis par Moscou, à l’instar du troisième sommet « Russie-Afrique » et du VIIIe Sommet du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG) prévus en octobre 2026.
Parallèlement, Moscou maintient une position ferme concernant la crise ukrainienne, dénonçant l’impasse du régime de Kiev et affirmant sa détermination à atteindre l’ensemble des objectifs de son “opération militaire spéciale”, lancée en février 2022, pour garantir sa sécurité stratégique.
Le Jeune Independent: Comment évaluez-vous l’état actuel des relations russo-algériennes et du dialogue politique ?
Solomatine : La Russie et l’Algérie sont historiquement liées par des liens d’amitié et de coopération mutuellement bénéfique, fondés sur l’égalité et le respect. À l’heure actuelle, les relations bilatérales continuent de se développer de manière dynamique. Cela s’est traduit notamment par la signature lors de la visite d’État en Fédération de Russie en juin 2023 de S.E.M. Abdelmadjid Tebboune, Président de la République Algérienne Démocratique et Populaire, de la Déclaration de partenariat stratégique approfondi entre nos deux pays.
Un dialogue politique régulier et fondé sur la confiance est entretenu aux plus hauts niveaux. Une coopération interparlementaire fructueuse s’est mise en place, tant au sein des groupes d’amitié qu’entre les principaux partis politiques, la « Russie unie » et le « Front de libération nationale ». Je profite de cette occasion pour féliciter nos amis algériens pour le bon déroulement des élections des députés de l’Assemblée Populaire Nationale. Très prochainement, notre pays organisera à son tour les élections des députés de la Douma d’État, lors desquelles nous serons heureux d’accueillir des parlementaires algériens en tant qu’observateurs. Les citoyens russes résidant en Algérie pourront voter au bureau de vote installé à l’Ambassade. Nous exprimons notre gratitude aux autorités algériennes pour leur aide dans l’organisation de ce processus électoral. Ici, tout comme en Russie, on comprend l’importance de garantir la possibilité pour la communauté nationale de voter à l’étranger et on y accorde une grande attention.
En ce qui concerne l’agenda international, nous voyons en l’Algérie un partenaire fiable avec lequel nous entretenons une coopération fructueuse, tant dans le cadre bilatéral que sur les plateformes multilatérales. Sur de nombreuses questions, nos positions sont proches, voire convergentes. L’Algérie, tout comme la Russie, défend systématiquement la mise en place de l’ordre mondial multipolaire, dans lequel les intérêts des pays en développement seraient représentés de manière plus équitable.
Je suis toutefois convaincu qu’il ne faut pas s’arrêter là et qu’il est nécessaire de poursuivre nos efforts pour renforcer encore davantage nos relations. Nous disposons à cet effet à la fois du potentiel et de perspectives prometteuses.
À quels événements internationaux organisés en Russie l’Algérie devrait-elle participer prochainement ?
Le troisième sommet « Russie-Afrique », qui se tiendra en octobre 2026 à Moscou, constituera sans aucun doute l’événement le plus important du calendrier de la politique étrangère.
La République Algérienne Démocratique et Populaire est l’un des partenaires clés de la Russie sur le continent et participe toujours au dialogue russo-africain depuis sa création. Lors du premier sommet en 2019, l’Algérie était représentée par le chef de l’État, et lors du deuxième en 2023, par le Premier Ministre. Ahmed Attaf, Ministre d’État, Ministre des Affaires étrangères, de la Communauté Nationale à l’Étranger et des Affaires africaines, a assisté aux deux conférences ministérielles du Forum de partenariat Russie-Afrique : à Sotchi en 2024 et au Caire en 2025.
Cette année, S.E.M. Vladimir Poutine, Président de la Fédération de Russie, a adressé à S.E.M. Abdelmadjid Tebboune une invitation officielle à participer au troisième sommet Russie-Afrique. Nous espérons qu’il pourra y assister en personne.

Un potentiel et de perspectives prometteuses.
Malgré les tentatives désespérées de l’« Occident collectif » de défendre à tout prix le fameux « ordre fondé sur des règles » hégémonique, nous assistons ces dernières années à un rééquilibrage des forces en faveur de nouveaux pôles de développement. Le continent africain s’affirme comme l’un des piliers d’un ordre mondial multipolaire durable et a déjà obtenu des résultats impressionnants. Compte tenu du rôle de premier plan joué par l’Algérie dans l’élaboration de l’agenda panafricain, notamment en matière de paix et de sécurité, d’intégration continentale et de renforcement des positions de l’Union Africaine, la participation de l’Algérie à ce sommet nous semble d’une importance capitale.
Nous comptons sur la participation active de nos partenaires algériens, qui ont toujours manifesté leur intérêt pour le développement de relations amicales et mutuellement bénéfiques entre le continent africain et la Russie, aux travaux de préparation et d’élaboration du programme de cette prochaine échéance.
En ce qui concerne d’autres événements multilatéraux, compte tenu de l’importance de la coopération entre nos pays dans le secteur de l’énergie, ainsi que de la coordination des approches dans le cadre de l’OPEP+ et du Forum des pays exportateurs de gaz (FPEG), il convient de mentionner les principales réunions sectorielles à venir.
L’événement phare dans ce contexte est le VIIIe Sommet du FPEG, qui se tiendra le 27 octobre 2026 à Moscou. Nous le considérons comme une tribune permettant d’élaborer des initiatives communes visant à développer le marché mondial du gaz et à renforcer la sécurité énergétique. L’Algérie est l’un des acteurs clés de l’organisation et une invitation officielle a bien entendu été adressée à la Partie Algérienne.
Comme à l’accoutumée, nous comptons également sur la participation de représentants des autorités compétentes et des entreprises algériennes à la Semaine de l’énergie russe.
Comment évaluez-vous les perspectives de développement de la coopération économique entre la Russie et l’Algérie ?
Depuis de nombreuses années, l’Algérie figure parmi les principaux partenaires commerciaux de la Russie en Afrique. À la fin de l’année 2025, les échanges commerciaux bilatéraux avaient plus que doublé, et au premier semestre 2026, la tendance est à la poursuite de cette croissance. On constate également une amélioration des indicateurs relatifs aux livraisons de produits agricoles : au cours de cette année, les échanges commerciaux ont augmenté de plus de 40 % par rapport à la même période de 2025. Il est important de préserver cette dynamique positive et de la rendre durable.

L’expertise russe de pointe dans le domaine de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.
La 13e session de la Commission mixte Russo-Algérienne de coopération commerciale, économique, scientifique et technique, qui s’est tenue en juin à Moscou, a permis de faire le point sur l’ensemble des questions d’actualité relatives au développement de notre coopération. À l’issue de cette réunion, Dmitri Patrouchev, Vice-Président du Gouvernement de la Fédération de Russie, et Mohamed Arkab, Ministre d’État, Ministre des Hydrocarbures de l’Algérie, ont signé un protocole final qui constitue en quelque sorte une « feuille de route » : il consacre les priorités convenues, la liste des mesures concrètes et les mécanismes de contrôle de leur mise en œuvre.
« En marge » de cet événement, une série d’accords bilatéraux portant sur un large éventail de domaines a également été signée. L’accord intergouvernemental sur la coopération et l’assistance mutuelle en matière douanière revêt une importance particulière dans ce contexte. Sa mise en œuvre permettra d’accélérer les procédures en la matière et de faciliter les échanges commerciaux entre nos deux pays. Cela facilitera sans aucun doute l’accès au marché algérien, porteur de perspectives, pour les produits russes qui y sont en demande.
Nous constatons la volonté commune de nos deux pays de donner une dimension concrète à ce partenariat stratégique approfondi. Au cours de cet événement, une attention particulière a été accordée au renforcement de la coopération entre les entreprises russes et algériennes. Des projets sont actuellement à l’étude dans divers domaines : agricole, pharmaceutique, bancaire, des transports, etc. Nous espérons que ces accords porteront leurs fruits dans un avenir proche.
Le secteur de l’énergie constitue traditionnellement un axe important de la coopération commerciale. Nos entreprises pétrolières et gazières ont pour objectif de renforcer encore leur collaboration avec l’Algérie, notamment dans les domaines de la fourniture d’équipements, de la maintenance des infrastructures et de l’exploitation des gisements d’hydrocarbures.
Par ailleurs, l’Algérie souhaite bénéficier de l’expertise russe de pointe dans le domaine de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Nous sommes prêts à développer ce volet, d’autant plus que des contacts de travail directs ont déjà été établis entre les structures compétentes des deux pays. Les technologies nucléaires russes sont les meilleures au monde.
La conclusion d’un accord de coopération économique avec l’Union Économique Eurasiatique (UEEA), dont la Russie est membre, contribuerait à renforcer encore davantage la coopération commerciale et économique. Il s’agit d’une organisation internationale d’intégration économique régionale dont font partie, outre notre pays, l’Arménie, la Biélorussie, le Kazakhstan et le Kirghizistan. Dans le cadre de l’UEEA, un marché unique a été créé, avec un potentiel de plus de 184 millions de consommateurs et un PIB cumulé de plus de 2 500 milliards de dollars américains. Des accords de libre-échange entre l’organisation et six pays sont déjà en vigueur, et plusieurs autres sont en cours d’élaboration.
L’UEEA est ouverte au développement de la coopération avec des partenaires de toutes les régions du monde, y compris l’Afrique. D’autant plus que des préférences tarifaires s’appliquent déjà aux États de ce continent : pour les pays en développement, dont fait partie l’Algérie, les droits de douane à l’importation s’élèvent à 75 % des taux fixés par le tarif douanier unique de l’UEEA, tandis que les pays les moins développés bénéficient de taux zéro. Au total, ce régime tarifaire préférentiel s’applique à 47 des 54 États africains.
Comment évalue-t-on à Moscou l’état actuel de la crise avec L’Ukraine ?
Le régime de Kiev, en recul constant dans le Donbass et sur tous les autres fronts, est passé, par désespoir, à des activités ouvertement terroristes. Les Ukrainiens présentent désormais cyniquement leurs frappes contre des cibles civiles comme un « tournant décisif dans la guerre contre la Russie ».
En réalité, nos forces armées poursuivent, dans le cadre de l’opération militaire spéciale, leurs actions offensives sur toute la largeur du front. Nous progressons chaque jour, pas aussi vite que nous le souhaiterions, mais en préservant nos hommes. L’ennemi, quant à lui, dans son agonie, comble ses défaillances sur cette même ligne de contact, en tentant, par des actes terroristes, de bouleverser le mode de vie auquel les gens sont habitués. Les commandants ukrainiens donnent l’ordre de frapper des civils non armés, des femmes et des enfants. Les normes du droit international humanitaire sont régulièrement violées : des attaques ciblées sont menées contre des infrastructures civiles (écoles, crèches, hôpitaux, infrastructures essentielles), ainsi que de véritables attentats terroristes et des assassinats à l’aide d’engins explosifs artisanaux dans les villes russes.
Pourtant, alors qu’elle croule sous les dettes et implore de l’aide sous toutes ses formes, la junte de Kiev parvient à se mettre en avant sur la scène internationale, en tentant de présenter l’Ukraine comme un État autonome et « inébranlable ». En réalité, il n’y a pas lieu de parler d’une quelconque indépendance de Kiev. Les pays occidentaux ont privé l’Ukraine de toute capacité juridique, en instaurant une administration extérieure et en la transformant en « bélier » contre la Russie.
L’Ukraine est la victime des ambitions néocoloniales des pays de l’OTAN. Zelensky et son équipe sont entièrement à la solde de leurs commanditaires occidentaux et agissent exclusivement dans leur intérêt. Or, malheureusement, ceux-ci ont tout intérêt à ce que la guerre dure « jusqu’au dernier Ukrainien ». En effet, pour affaiblir la Russie, l’Occident exploite jusqu’à la dernière goutte ce qui reste à l’Ukraine : ses ressources humaines et naturelles.
Zelensky, arrivé au pouvoir sous les slogans de la paix et de la démocratie, a, sur ordre de ces mêmes mentors occidentaux, bafoué les institutions démocratiques, privant la population d’élections à tous les niveaux. Sous prétexte de l’état d’urgence, il concentre entre ses mains des pouvoirs dictatoriaux. Il a élevé la glorification des collaborateurs nazis au rang de politique d’État. Le régime de Kiev recourt également à des méthodes terroristes contre sa propre population, qui s’oppose à sa ligne néonazie.
L’Ukraine est devenue le principal exportateur d’instabilité dans le monde. Les services secrets de Kiev s’infiltrent en Afrique, au Proche-Orient et en Asie du Sud-Est. Ils font leur apparition dans de nombreux foyers de crise afin de s’enrichir et de tirer profit du malheur d’autrui. Les membres de groupes criminels d’Amérique latine, après avoir acquis une expérience du combat en tant que mercenaires dans le conflit ukrainien, rentrent dans leur pays et poursuivent leurs activités destructrices avec une énergie renouvelée.
Tout cela démontre clairement le danger que représente toute interaction avec le régime terroriste toxique de Kiev. En développant leur coopération avec lui, les pays de la majorité mondiale risquent de tomber dans une dépendance encore plus grande vis-à-vis de l’Occident. Et comme les appétits des mondialistes sur la scène internationale ne cessent de croître, n’importe qui pourrait devenir la prochaine victime de leurs expériences géopolitiques.
En menant cette opération militaire spéciale, la Russie freine non seulement les activités terroristes de Zelensky et de ses acolytes, mais aussi les agissements néocoloniaux des pays de l’« Occident collectif », qui ont déclenché une guerre hybride contre notre Patrie et proclament la nécessité de nous infliger une défaite sur le champ de bataille. L’histoire de notre grand pays montre qu’une telle approche n’a jamais fonctionné contre nous, mais a produit des résultats contraires. Tous les objectifs de l’opération militaire spéciale seront atteints, et la Russie assurera sa sécurité stratégique.