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Nationale

Lamamra, l’étoffe d’un président

Lamamra, l’étoffe d’un président

Le ministre d’Etat, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération Internationale, Ramtane Lamamra, s’est déplacé, hier, à Paris dans le cadre des échanges préparatoires de la 21ème Conférence des parties de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015 dans la capitale française. Calendrier officiel à respecter, sauf cas de force majeure, dans le cadre des engagements bilatéraux ou multilatéraux. Néanmoins, la diplomatie algérienne aurait pu capitaliser d’autres événements de l’actualité internationale qui viennent de confirmer la clairvoyance des positions de principe de notre politique étrangère. Lecture.

Lamamra l’a déclaré publiquement. « La diplomatie algérienne a son style ». Entendre ici sa façon de faire, de réagir- souvent de ne pas réagir trop vite. Le ministre très au fait des mœurs qui dominent dans les relations internationales, ayant eu, avec plus de conviction que beaucoup de ses prédécesseurs, à défendre la souveraineté de l’Algérie qui assume son credo en matière de non ingérence, de bon voisinage, de retenue et de sagesse dans les situations conflictuelles. On l’a vu à l’œuvre durant ces longs mois de médiation entre le gouvernement malien et les groupes de rebelles politico armés. Le petit homme souriant, modeste et affable, ne perd jamais son sang froid. Il a choisi d’incarner la patience, la générosité et de cultiver l’espoir. Pas pour son propre compte ni par ambition maraboutique en ces terres d’Afrique encore sensibles à la sagesse. Non, le diplomate Ramtane Lamamra n’a pas d’ego surdimensionné. Ses proches témoignent : « Pétri des plus belles pages de notre action diplomatique révolutionnaire pour les causes justes, Ramtane n’a pas de mal à prendre en charge ses missions de MAE algérien au service de la paix dans la région ou dans le monde. » Notre témoin rajoutant, en baissant la voix, que le ministre n’a pas du tout protesté contre le dernier cafouillage lors du dernier remaniement ministériel. « Il partait pour Bamako afin d’assister au fruit d’un long travail de médiation qui devait aboutir à la signature de l’accord après que les plus radicaux aient enfin paraphé ledit document la veille à Alger. Lamamra aurait accepté son remplacement si cela avait été la volonté du Président, Abdelaziz Bouteflika, ce grand frère exemplaire des AE. Mais, au contraire, le premier magistrat du pays déclare souvent que Lamamra lui remonte le moral… ».

Le cas iranien

Est-ce donc cette personnalité, peut-être trop humble de l’actuel MAE, qui interdit le triomphe ou la capitalisation d’une actualité forcément favorable aux positions traditionnelles de l’Algérie sur la scène internationale ? Au sein d’un gouvernement composé en majorité de technocrates qui ont bien du mal à mener les affaires intérieures en ces temps de crise, Ramtane Lamamra fait figure de surdoué. Le rebondissement spectaculaire dans le dossier du nucléaire iranien ne peut pas lui avoir échappé, lui qui représente cette Algérie qui n’a jamais hésité à côtoyer l’axe du mal, dont Téhéran cible obsessionnelle des grandes puissances. Plus que le dernier communiqué du Ministère des Affaires étrangères se félicitant de l’accord de Vienne, on aurait pu rappeler l’appréhension algérienne sur la question relative à la maîtrise de l’atome en faveur d’un usage civil et pacifique, dans le cadre du TNP qui devrait s’imposer à tous et non pas qu’aux Iraniens… L’occasion de rappeler la participation courageuse et souveraine de l’Algérie à la conférence internationale pour le désarmement nucléaire organisée en 2009 à Téhéran. Une rencontre au caractère plus propagandiste qu’opératoire. Le moment de se souvenir aussi des escales techniques de l’ex-président iranien sur le tarmac de l’aéroport d’Alger où les hauts représentants de l’Etat algérien recevaient cet invité particulier sans aucun complexe et à qui « la voie de la sagesse a toujours été conseillée par le président Bouteflika lui-même », selon notre source, « quand Ahmadinejad prenait les airs pour l’AG annuelle de l’ONU. »

Fidèle à Cuba…

Une assemblée générale habituée aux brillantes interventions de la diplomatie algérienne capable d’interpeller sans offense les consciences des dominants sur des problèmes sensibles comme le paiement des rançons aux terroristes et ses conséquences désastreuses. Un marbre foncé de la toute puissante institution onusienne domiciliée aux Etats-Unis comme arrière-plan d’audacieuses plaidoiries algériennes pour que le blocus économique criminel contre le peuple cubain soit levé…Aujourd’hui, alors que les deux capitales, Washington et la Havane, rouvrent mutuellement les ambassades, Ramtane Lamamra aurait pu s’offrir ce voyage d’une chancellerie à une autre. Personne n’aurait eu à redire sur sa présence. L’Algérie ayant toujours officié pour un rapprochement entre les deux parties. Comme Alger a su conseiller à chacun le respect du gouvernement de Bachir El Assad, au nom du principe de non ingérence et se basant sur sa conviction de ne devoir reconnaître que les Etats plutôt que les régimes. Ces derniers mois, face à un pourrissement de la situation sur le front syrien, les Etats-Unis et la France, pour ne citer que ces deux pays, ne se sont-ils pas résignés à composer avec El Assad contre les miliciens de l’Etat Islamique ? Jamais l’actualité n’aura été si édifiante dans son illustration de la clairvoyance de notre diplomatie pacifique et solidaire mais aussi du talent de l’actuel ministre de tutelle. C’est pourquoi, alors que les succès de la politique intérieure sont loin d’égaler ceux du rayonnement de la politique extérieure, au moment où certains veulent anticiper sur la succession au pouvoir, il est des voix qui s’interrogent sur une question pas très diplomatique : Ramtane Lamamra ferait-il un bon président de l’Algérie ?

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