L’Algérien consomme 420 litres d’eau par jour : L’alerte sur une consommation excessive
La consommation moyenne d’eau par jour et par personne atteint 420 litres, soit près de quatre fois la moyenne mondiale. Un niveau de consommation jugé préoccupant par l’ancien ministre de la Prospective et des Statistiques, Bachir Messaïtfa, qui appelle à une mobilisation nationale pour enrayer le gaspillage et préserver une ressource de plus en plus stratégique face aux effets du changement climatique, à la sécheresse et à la hausse des besoins.
Intervenant lors d’une conférence, organisée samedi à Alger, sur les enjeux de la sécurité hydrique du pays, Bachir Messaïtfa a tiré la sonnette d’alarme sur les niveaux de consommation enregistrés à l’échelle nationale. Ce constat relance le débat sur la préservation des ressources hydriques et la nécessité d’une utilisation plus rationnelle de cette richesse stratégique. Dans ce contexte, l’ancien ministre a insisté sur l’urgence de lancer une vaste campagne nationale de sensibilisation associant les secteurs de l’éducation, des médias, de la culture, des affaires religieuses et de la communication, afin d’ancrer une véritable culture de préservation de l’eau et de garantir la sécurité hydrique du pays sur le long terme.
Bachir Messaïtfa a indiqué que la demande nationale en eau atteint actuellement près de 7 millions de mètres cubes par jour, soit environ 17 milliards de mètres cubes par an. Cette consommation est principalement destinée au secteur agricole, qui absorbe 59 % des ressources disponibles, suivi des usages domestiques (30 %) et du secteur industriel (10 %).
Evoquant les ressources hydriques du pays, il a souligné que l’Algérie dispose d’importantes réserves, notamment grâce au vaste aquifère du Sahara, souvent qualifié de « mer souterraine silencieuse ». Selon les données issues des observations satellitaires, ce réservoir renfermerait près de 700 000 milliards de mètres cubes d’eau, un volume considérable susceptible de répondre aux besoins de la population mondiale pendant plusieurs siècles.
Il a précisé que les ressources en eau du pays proviennent aujourd’hui à hauteur de 50 % des nappes souterraines, de 30 % des barrages et de 20 % des stations de dessalement de l’eau de mer.
Le conférencier a rappelé que l’Algérie compte, actuellement, 81 barrages de grande et moyenne capacité, offrant une capacité globale de stockage de 8,6 milliards de mètres cubes. Le pays dispose également de 23 stations de dessalement opérationnelles et de cinq autres en cours de réalisation, réparties sur 14 wilayas.
Malgré ces infrastructures, Bachir Messaïtfa a regretté que près de 80 % des eaux de pluie ne soient ni récupérées ni valorisées et finissent par se déverser en mer, ce qui représente une perte considérable de ressources hydriques.
Abordant les perspectives de la sécurité hydrique, l’ancien ministre a mis en garde contre une hausse continue de la demande en eau, liée notamment à la croissance démographique, la population algérienne pouvant atteindre 80 millions d’habitants à l’horizon 2050.
Il a également évoqué plusieurs facteurs de vulnérabilité, parmi lesquels l’augmentation des coûts de mobilisation des ressources hydriques, l’entretien des barrages, le développement du dessalement de l’eau de mer, l’épuisement progressif des nappes souterraines, les effets du changement climatique ainsi que les épisodes récurrents de sécheresse.
Face à ces défis, Bachir Messaïtfa a plaidé pour l’adoption d’une stratégie nationale fondée sur une gestion plus rationnelle de l’eau. Il préconise notamment la création d’une cellule nationale de veille hydrique, le développement de petits barrages de proximité au profit des zones agricoles, la révision de la loi d’orientation sur l’eau de 2005, ainsi que la mise en place d’une politique nationale de rationalisation de la consommation.
Dans ce cas, il recommande de revoir le système de tarification afin d’encourager un usage plus responsable de l’eau, de développer les technologies d’exploitation des ressources souterraines du Sahara, de généraliser la récupération des eaux pluviales et de renforcer la réutilisation des eaux usées dans les secteurs agricole et industriel.