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Nationale

L’Algérie terre bénie pour les étrangers

L’Algérie terre bénie pour les étrangers

La prise d’otages massive menée du 16 au 19 janvier 2013 par « Les Signataires par le sang », un groupe terroriste dissident d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, sur le site d’exploitation gazière de Tiguentourine, dans le Sahara algérien, a ému le monde entier.

Plus de deux années après cette tragédie qui a coûté la vie à 39 personnes, dont la plupart sont des travailleurs étrangers, la vie sur la plateforme gazière exploité par le consortium BP, Statoil et Sonatrach a repris de plus belle.

Les expatriés qui y travaillent gardent, toutefois, un souvenir encore vivace de l’attaque terroriste. C’est le cas d’ailleurs de tous ceux d’entre eux qui travaillent dans le secteur des Hydrocarbures.

Malgré l’énorme traumatisme causé par l’expédition punitive des sanguinaires du groupe terroriste de Mokhtar Belmokhtar, très peu sont partis. Est-ce de la témérité ? Le goût du risque l’emporterait-il sur la peur ?

« Ni l’un ni l’autre », objecte Nour-Yasmine, une Française d’origine maghrébine qui travaille comme superviseur dans une société de Catering, implantée à Hassi Messaoud, une commune de la wilaya d’Ouargla se trouvant à 800 km au sud-est d’Alger. C’est dans cette localité que se trouve l’un des plus importants gisements de pétrole en Algérie. Forcément, la main-d’œuvre étrangère y est très nombreuse et diverse.

La trentaine passée, Nour-Yasmine sait de quoi elle parle. En dépit de son jeune âge, cette Lilloise a travaillé dans les quatre coins du globe. Le risque, elle connait donc très bien. Spécialiste en hygiène et sécurité, Nour-Yasmine admet que l’attaque de Tiguentourine a provoqué un véritable séisme au sein de la famille des expatriés. « Lorsque le drame a eu lieu, beaucoup n’ont pensé qu’à fuir le pays.

Certains d’ailleurs ont pris de longs congés. Mais une fois l’émotion retombée, tout le monde est revenu. Ensuite, le travail a repris le plus normalement du monde », affirme-t-elle. Et, elle, a-t-elle pensé à quitter le pays ? Nour-Yasmine répond par la négative sans hésiter.

« Lorsque nous partons travailler dans un pays étranger, nous intégrons toujours une part de risque dans l’équation mais, par expérience, je puis vous affirmer que l’Algérie est loin d’être le plus difficile des pays. Comparé aux dangers que les travailleurs étrangers encourent en Irak, en Asie Centrale ou dans certains pays africains, on peut dire que c’est plutôt tranquille ici », soutient-elle.

Et d’ajouter que les sites dans lesquels les étrangers vivent ou opèrent sont passés depuis fin janvier 2013 de « sécurisés » à « ultra-sécurisés ». De quoi rassurer, en effet, les plus méfiants. Mais beaucoup de travailleurs refusent quand même de se « bunkeriser » et se mêlent volontiers à la population. « L’affaire Tiguentourine », ajoute-elle, n’a pas également dissuadé de nouveaux étrangers de venir exercer leurs talents en Algérie…y compris au Sud.

Le constat de Nour-Yasmine est d’ailleurs corroboré par une étude réalisée récemment par Mohamed Saïb Musette, sociologue au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement. Selon cette étude, l’importation de la main-d’œuvre, l’installation des entreprises étrangères et l’amélioration de la situation sécuritaire ont même fait doubler le nombre de ressortissants étrangers en Algérie.

La population étrangère en Algérie est ainsi passée de 113 000 personnes en 1998 à quelque 400 000 en 2014. Mais, bien entendu, tout le monde ne vit pas dans le sud algérien.

John, de nationalité américaine, est directeur d’un centre de recherche dans le nord du pays. Il n’habite donc pas à plein temps dans le sud algérien mais son travail le contraint à y rendre souvent.

Ce Texan de souche se rend, en effet, régulièrement dans les universités des villes du Sahara pour y donner des conférences. Avide de découvertes, John consacre aussi ses moments perdue à la découverte du pays profond algérien.

Malgré tout ce qui se dit ou s’écrit sur le risque terroriste en Algérie, il n’a jamais cherché à se faire « chaperonner » durant ses déplacements. Le raisonnement vaut également pour ses voyages dans les endroits les plus reculés du pays.

« C’est vrai qu’en termes de transport, de structures d’accueil ou de services, il y a encore beaucoup à faire. Ce n’est toujours pas facile de vivre ici quand on est habitué au mode de vie occidental. Mais au-delà, je ne me suis jamais véritablement senti en danger dans le Sud.

Au contraire, les gens y sont hospitaliers », explique-t-il. Tout en recommandant tout de même de ne pas prendre de risques inutiles, John estime, en outre, que l’Algérie d’aujourd’hui n’est plus celle des années 90. La nouvelle ambassadrice des Etats-Unis d’Amérique à Alger semble tellement partager l’opinion de John qu’elle a récemment lancé un appel à ses concitoyens pour venir découvrir l’Algérie.

Le vent poussiéreux qui envahit à longueur d’année les rues de Béchar, la plus grande ville du sud-ouest algérien, située à 1 150 km d’Alger, n’a jamais découragé Hervé M., propriétaire d’une entreprise de fabrication de PVC.

Cela fait sept ans depuis qu’il s’est installé dans la région. Très organisé dans son travail, tous les matins depuis 7 ans, il se pointe à 7 heures du matin à sa fabrique pour mettre ses machines en marche.

« Que voulez-vous que je vous dise, avec la concurrence qui se fait de plus en plus forte, il faut se lever tôt pour gagner sa vie. Mais je ne me plaints pas, il y a du travail….

« L’Algérie est un immense chantier », assure-t-il d’une voix rauque. La cinquantaine bien entamée, mais bâti comme un boxeur, Hervé ne s’était jamais imaginé qu’il s’installerait en Algérie. « Pour ne rien vous cacher, je suis tombé amoureux de ce pays un peu par hasard. Un ami algérien de mon quartier à Marseille m’a invité en 2005 à passer le réveillon à Taghit et là ce fut l’émerveillement. Je n’ai plus voulu repartir.

C’est comme ça que j’ai décidé de délocaliser ici une partie de mes activités », raconte-t-il. A la question de savoir si la vie était difficile à Béchar, il nous coupe tout de suite. « Il est vrai qu’il n’est pas toujours facile d’entreprendre dans ce pays ».

La bureaucratie est souvent paralysante, sinon décourageante mais la vie en elle-même n’est pas mauvaise même si beaucoup d’aspects peuvent être nettement améliorés. Surtout dans le Sud. Ici, les gens sont simples et vous acceptent pour ce que vous êtes vraiment. Et c’est ce qui me plaît le plus », explique Hervé avec philosophie. – Les risques ? – L’ancien marseillais se dit convaincu que toute est une question de « Mektoub ».

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