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Sports

L’Algérie et les coaches étrangers: La destination de tous les risques

L’Algérie et les coaches étrangers: La destination  de tous les risques

Etre entraîneur en Algérie. Exercice périlleux. Risqué. Généralement un petit calme avant une grosse tempête. Grosses zones de turbulences.
Tout récemment, et avant de rendre le tablier, le technicien français, Victor Zvunka, qui découvrait cette saison un football vraiment à part, savait-il qu’il n’était pas face à une mission de tous repos en acceptant l’offre belouizdadie ? Un début de saison timide, voire raté, le mettra très vite devant la réalité. Difficile de tenir le coup devant une pression terrible. Allant crescendo.

D’abord soutenu mordicus par son président, Malek, il prendra la porte de sortie sans demander son compte. A l’« amiable » pour rester dans le jargon. Dans la correction. Il partira sans se retourner. Conscient qu’il venait de passer à côté d’une expérience « unique ». Quelles conclusions en tirera-t-il ? Rien, sinon que cette déclaration laconique où il estimera que « travailler en Algérie est quelque chose de très spécial ». Forcément et il ne croyait pas si bien dire.

Chahutés, lui et ses joueurs par des fans n’acceptant pas la défaite (c’est le propre de tous les publics du pays), pris à parti à chaque raté, traités de tous les noms d’oiseaux, il repart avec la conviction qu’il est bien difficile, voire dangereux (le belge Broos et bien d’autres avant lui, en savent quelque chose et ne se sont pas posé trop de questions pour repartir chez eux) d’exercer correctement son métier.
Etre joueur. Ça peut être mortel. Et le cas du camerounais Ebossé de la JSK, décédé tragiquement après un jet de projectile balancé des tribunes du stade du « 1er novembre » de Tizi Ouzou par un supporter surexcité est là, sera là pour longtemps, omniprésent dans les consciences, à rappeler que nos pelouses ne sont plus aussi sûres. Confirmera, jusqu’à nouvel ordre, que nos stades, pour la plupart vieillissant mal et devant servir à autre chose qu’à la pratique du sport le plus populaire au monde, sont devenus de véritables coupe-gorges.

Du moins déconseillés. Etre joueur en Algérie, c’est rester constamment dans l’œil du cyclone d’une rue envahissante et décidant de tout. Jusqu’au limogeage de tout ce qui n’évolue pas dans le sens de la seule « victoire ». Quitte à faire du bruit. A faire désordre. A aller à la casse. Aux violences physiques. La saison 2014-2015, comme les précédentes, est une nouvelle saison à risques.

Tizi, Hadjout, Bel-Abbès, Blida. Autant d’étapes chaudes qui rappellent les responsables à leurs lourdes responsabilités (rarement tenues, en dehors des discours démagogiques servis à chaque dépassement) de mener la « guerre totale » aux fauteurs de troubles promise de très longue date. Sans succès probants.

Plus active, autrement plus présente, la rue impose son diktat. La marche à suivre. Celle de s’immiscer partout dans la gestion des clubs. Fait et défait les entraîneurs. Renvoie les joueurs pris en grippe. Zvunka et Broos sont partis. Velud, contesté à l’USMA, pourrait ou ne tarderait pas à les suivre. Ciccolini, le Corse, est arrivé.

Il a déposé ses valises dans la ville des Genêts. Au pied de la Kabylie. Dans un club qui paie cher le comportement violent de certains de ses pseudo-supporters. Sa mission : remettre sur les bons rails des « Canaris » aux ailes alourdies par le drame sans fin qui les a frappés.
Volent très bas. Combien de temps tiendra-t-il ? Seuls les résultats le diront. Des résultats qui pèseront lourd dans la nature des relations qui le lieront à un public local impatient de revoir ses favoris reprendre leur envol. Comprendre qu’il n’accordera aucune circonstance (comme partout ailleurs dans nos différents championnats où la durée de « vie »- professionnelle s’entend- d’un coach est en constante baisse) atténuante au nouvel arrivé. Et qu’on le lui fera savoir d’une manière ou d’une autre. Pas de cadeaux. 

Pas de quartier. Tu gagnes ou tu passes le témoin. Tu vois ailleurs. Marqué pour longtemps. Comme la mésaventure qu’a connue l’ex- joueur de la JSM Béjaia, le binational Mohamed Challali, évoluant désormais à Noisy Le Sec. Un passage douloureux qu’il raconte au journal « Le Parisien » en ces termes se passant de tout commentaire : « Après ce que j’ai vécu, je suis heureux de pouvoir rejouer dans un climat paisible.

J’ai retrouvé goût au foot. Cela vaut tout l’or du monde ! »Le bonheur retrouvé pour l’ex-capitaine des Espoirs algériens qui sort de deux années très difficiles successivement avec Sétif (six mois), la JS Kabylie (six mois) et Béjaïa (1 an). A vécu l’enfer à la JSM Béjaïa dont il était le joueur le plus en vue avant d’être pris pour cible par les supporteurs lui reprochant les mauvais résultats de l’équipe. « J’ai été menacé de mort, on sonnait en bas de mon immeuble, on m’appelait à toute heure… C’était insoutenable. 

Nous devions quitter le stade sous escorte policière. C’était déjà dur de vivre en Algérie sans ma famille restée en France, mais dans ces conditions, cela devenait invivable. » Vivant comme un choc la mort d’Ebossé, il revient en France. Un autre match commence pour lui maintenant : effacer son douloureux passé. Comme quoi, la destination Algérie (on parle football, ici) est loin d’être paisible. Une leçon à méditer. Beaucoup de leçons même.

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