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Op-Ed

L’Algérie et l’après-Salamé

Ghassan Salamé, l’envoyé spécial de l’ONU en Libye, a jeté l’éponge. Essoré depuis 2017 par d’éprouvants efforts qui se heurtaient à une implacable réalité faite de guerre et de sang, le médiateur onusien a préféré claquer la porte.

Sa démission sonne comme un aveu d’impuissance. Les motifs qu’il a invoqués pour la justifier ne sont que des excuses édulcorées de quelqu’un qui s’est pourtant engagé, une semaine auparavant, à concilier les Libyens à Genève. Cela d’autant que son départ intervient à un moment où l’Union européenne et l’Union africaine pesaient de tout leur poids pour imposer un cessez-le-feu entre les belligérants dans ce conflit fratricide vieux de neuf ans.
A Genève, Salamé a subi les volte-face des négociateurs libyens, leurs reniements, ainsi que les tirs à boulets rouges de ses détracteurs au sein des cercles politico-médiatiques en Turquie et dans les pays du Golfe qui prédisaient un flop aux pourparlers helvétiques.

En diplomate chevronné et rompu aux complexités des conflits, pour avoir été en 2003 émissaire onusien en Irak, Salamé s’est rendu à l’évidence que les Libyens qui négociaient dans les salons feutrés genevois n’étaient pas les véritables maîtres du jeu.
C’est d’ailleurs un sentiment largement partagé par des observateurs de la dramatique scène libyenne selon lequel les décideurs au sein du Conseil de sécurité sont ceux-là même qui se battent en Libye et agitent leurs pions au gré des circonstances.
A ceux-là s’ajoutent des pays comme la Turquie, le Qatar, parrains du gouvernement de Faiz Al-Sarraj et pourvoyeurs en mercenaires et armes, d’un côté, et de l’autre, l’Arabie Saoudite, les Emirats et l’Egypte, impliqués militairement et financièrement dans le sable mouvant libyen derrière les forces du maréchal Khalifa Haftar. 
Ce sont ces bras longs qui bénéficient, en plus, des appuis des tribus, empêchent l’avènement de tout cessez-le-feu au grand dam des populations civiles. Neuf ans de guerre ont emporté des milliers de vies, fait plus d’un demi-million de déplacés et déstructuré le pays en dépit des activités de façade du gouvernement de Tripoli.

Au milieu de toutes ces contingences, Salamé collectionnait les coups d’épée dans l’eau, donnant l’impression d’être un figurant, réduit au rôle de porte-parole, chargé d’entretenir la presse et de diffuser des tweets.

Au demeurant, il était incapable de donner consistance à l’accord de Berlin.Toutefois, sa démission n’a pas manqué de susciter des inquiétudes sur le devenir du conflit libyen, notamment de la validité de l’option diplomatique sur la solution militaire tout comme la question de la relève. L’Union européenne qui s’ingénie à vouloir reprendre la main dans le conflit libyen est tiraillée par les luttes intestines et les rivalités entre la France et l’Italie. 

Il n’est pas exclu que la démission de Salamé nourrira les enthousiasmes de leaders africains pour prendre les devants et placer désormais la question libyenne sous la coupe de l’Union africaine.
La réunion du comité de haut niveau de l’Union africaine sur la Libye, le 12 mars au Congo-Brazzaville, à laquelle est conviée le président Abdelmadjid Tebboune, permettrait à l’Afrique de jouer un plus grand rôle dans le dossier libyen à condition que les pays arabes ne s’obstinent plus à considérer la Libye comme leur chasse gardée. L’Algérie, qui a endossé par le passé l’idée du règlement du conflit par l’UA, tente justement de trouver l’option qui ferait l’unanimité au sein des parties en conflit.
Ainsi sa neutralité depuis 2011 et son plaidoyer en faveur d’un dialogue inter-libyen sans exclusif, loin de toute ingérence étrangère et dans le cadre du respect de la souveraineté libyenne trouveront-ils preneur ou tourneront-ils court comme les efforts de Salamé ?
D’ailleurs, la neutralité algérienne n’arrange pas à la fois ceux qui croient que le règlement de la crise libyenne passe par la voix des armes, une option que l’Algérie abhorre tant elle constituera le pire scenario pour sa sécurité d’abord et la stabilité de la région ensuite, et ceux qui prônent l’option pacifique qui la trouvent trop accommodante avec les tenants de la guerre.

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