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Monde

L’Afrique à l’épreuve de l’administration Trump : Entre offensives hégémoniques et sursauts souverains

L’Afrique à l’épreuve de l’administration Trump : Entre offensives hégémoniques et sursauts souverains

Face au repli unilatéraliste et à la brutalité transactionnelle de la doctrine de la seconde administration Trump, les relations entre Washington et le continent africain connaissent une mutation aussi brutale qu’inédite. Il est question d’examiner en profondeur comment le grand échiquier géo-économique mondial est bousculé par la doctrine du commerce plutôt que de l’aide, provoquant sur le continent des ondes de choc contrastées, oscillant entre pragmatisme opportuniste, craintes sécuritaires et rejet frontal de l’hégémonisme.

Au lendemain du démantèlement de l’Agence des États-Unis pour le développement international en 2025, la politique extérieure américaine s’est affranchie des traditionnels leviers du soft power pour embrasser une logique purement mercantiliste.

Moins de vingt pour cent des anciens financements ont été absorbés par le Département d’État, et cette reprise est drastiquement conditionnée à des impératifs de sauvegarde vitale ou à un alignement strict sur les intérêts de Washington, à l’instar des accords bilatéraux de santé conclus fin 2025 avec huit pays africains ciblés. Bien qu’un projet de loi examiné au Congrès vise à réinjecter environ cinquante milliards de dollars dans l’aide extérieure pour l’exercice 2026, sa mise en œuvre concrète s’annonce ardue en raison du chaos organisationnel laissé par la destruction de l’USAID.

Pour de nombreux analystes, cette approche au cas par cas fragilise durablement l’influence douce des États-Unis et offre des boulevards stratégiques à d’autres acteurs internationaux, en premier lieu la Chine, mais aussi l’Union européenne et ses institutions financières de développement.

Ces coupes budgétaires massives illustrent la transition manifeste vers une doctrine axée sur le commerce plutôt que sur l’aide, qui caractérise les relations américano-africaines sous cette nouvelle mandature.

Cette orientation s’est matérialisée avec éclat lors du sommet de la Maison-Blanche en juillet 2025, réunissant les dirigeants du Gabon, de la Guinée-Bissau, du Liberia, de la Mauritanie et du Sénégal, tous choisis pour leurs ressources naturelles encore inexploitées afin de séduire les investisseurs d’outre-Atlantique.

Toutefois, les experts soulignent un paradoxe structurel : si le continent détient les matières premières indispensables aux transitions énergétique et technologique mondiales, il pèche encore par un manque cruel de gouvernance unifiée et de contrôle industriel pour peser significativement sur les termes des accords concernant les minéraux critiques.

Cette asymétrie se lit également dans la gestion erratique de l’African Growth and Opportunity Act. En vigueur depuis 2000, le dispositif accorde un accès en franchise de douane pour une large gamme de produits sur le marché américain. Néanmoins, les résultats restent mitigés. L’accord n’a pas réussi à dynamiser les relations commerciales bilatérales comme espéré, entravé par une réévaluation annuelle de l’éligibilité qui décourage les investissements à long terme sur fond de politisation croissante.

Arrivé à expiration le trente septembre 2025, l’accord a certes été prorogé de manière rétroactive le six février 2026, mais uniquement jusqu’à la fin de l’année, ravivant un climat d’incertitude chronique. Pour plusieurs secteurs clés comme le textile et l’agriculture, notamment au Kenya, l’AGOA reste un pilier des revenus d’exportation et de l’emploi, mais sa pérennité est chaque jour fragilisée.

 

Un continent relégué au second plan

Parallèlement, la hausse des droits de douane annoncée en avril 2025 par la Maison-Blanche a frappé de plein fouet plusieurs États bénéficiaires, tels que le Lesotho, le Nigéria et l’Afrique du Sud, alors même que Pékin ouvrait son marché en franchise de taxe aux pays africains. Pour les experts, ces contradictions érodent irrémédiablement l’image des États-Unis en tant que partenaire fiable.

Sur le plan diplomatique et sécuritaire, l’Afrique a été reléguée au second plan. En décembre 2025, le rappel de près de trente ambassadeurs américains à travers le monde, dont la moitié en poste sur le sol africain, témoigne d’un recentrage drastique dicté par l’agenda de l’Amérique d’abord. La Stratégie de sécurité nationale américaine de 2025 place l’Afrique au dernier rang de ses priorités géopolitiques.

Portée par le secrétaire d’État adjoint Christopher Landau, la diplomatie américaine privilégie désormais les impératifs économiques et sécuritaires immédiats au détriment de la promotion de la démocratie et des droits humains. Cette diplomatie transactionnelle cible ostensiblement les États offrant un levier stratégique dans la compétition mondiale pour les ressources. L’illustration parfaite de cette méthode réside dans l’accord de paix parrainé par Washington le quatre décembre 2025 entre le Rwanda et la République démocratique du Congo.

Si certains observateurs saluent cette initiative, les organisations de la société civile dénoncent un texte cynique qui marginalise les communautés locales et les acteurs armés clés au profit exclusif de l’accès aux minéraux stratégiques indispensables aux industries de pointe et de défense.

Ces bouleversements génèrent des tensions diplomatiques palpables à l’échelle du continent. Si certains dirigeants saluent ce virage comme la reconnaissance pragmatique du potentiel économique africain, d’autres doivent composer avec une instabilité permanente. Les relations avec l’Afrique du Sud, qui observe une posture de non-alignement et entretient des liens étroits avec la Chine et la Russie, se sont particulièrement envenimées après la saisine de la Cour internationale de justice par Pretoria contre Israël.

En guise de représailles, Washington a imposé des droits de douane de trente pour cent, suspendu son aide, boycotté le sommet du G20 à Johannesburg et exclu l’Afrique du Sud des réunions du G20 organisées par les États-Unis en 2026.

Les tensions ont atteint leur paroxysme avec la nomination d’un nouvel ambassadeur américain critique notoire du parti au pouvoir à Pretoria, exacerbant un climat déjà lourd, encore alourdi par la participation de navires de guerre iraniens à des exercices militaires au large des côtes sud-africaines en janvier 2026.

Enfin, les frappes menées par les États-Unis au Venezuela et la capture de Nicolás Maduro ont provoqué des ondes de choc profondément contrastées à travers le continent africain. D’un côté, des pays comme l’Égypte, l’Éthiopie, le Kenya et le Nigéria ont observé un silence prudent pour préserver leurs relations bilatérales. D’un autre côté, l’Union africaine a vigoureusement dénoncé l’enlèvement du président vénézuélien et les frappes, exhortant au strict respect de la Charte des Nations unies.

Le Ghana a quant à lui qualifié la suggestion de l’administration américaine d’administrer temporairement le pays et d’exploiter ses gisements pétroliers de démarche de l’ère coloniale et impérialiste. De surcroît, le rejet s’est fait frontal pour l’Érythrée et l’Afrique du Sud, tandis que le Burkina Faso, le Mali et le Niger ont qualifié l’arrestation d’ingérence inacceptable. À travers ces réactions en creux, l’Afrique démontre sa volonté d’affirmer sa souveraineté face aux dérives unilatérales d’un hégémon américain en quête de réinvention mercantiliste.

 



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